
Rôle clé des méga-acheteurs dans la pérennité de l'environnement
Services des nouvelles environnementales, 24 juillet 2003
Washington, DC
D'après une récente étude du Worldwatch Institute, les méga-acheteurs
tels que les ministères gouvernementaux, les grandes entreprises, les
organisations internationales et les universités jouent un rôle essentiel
dans l'atteinte de l'objectif d'un environnement durable.
Les environnementalistes visent souvent les changements dans les habitudes
de consommation des individus. Cependant, les milliards de dollars dépensés
annuellement en produits et services par les grandes organisations influencent
bien plus considérablement la santé et la stabilité des fragiles écosystèmes
mondiaux.
Des flottes de véhicules aux produits de nettoyage, l'immense pouvoir
d'achat de ces grandes organisations « peut avoir des conséquences nettement
plus importantes pour l'avenir de notre planète que les décisions de monsieur
et madame tout-le-monde », affirme l'auteure du rapport et associée de
recherche chez Worldwatch, Lisa Mastny.
« Acheter vert ne représentera jamais une solution miracle à la surconsommation
débridée des ressources, mais constitue certainement une option valable
pour en amoindrir les effets néfastes », ajoute cette dernière.
L'étude de l'organisme de recherche international, intitulée « Purchasing
Power: Harnessing Institutional Procurement for People and the Planet
» (Pouvoir d'achat : aménager l'approvisionnement pour les gens et la
planète) décrit comment l'approche systématique à grande échelle pratiquée
par la plupart des grandes organisations peut influencer le choix d'un
produit plutôt qu'un autre par des centaines, voire des milliers d'individus.
Dans certains pays industrialisés, la valeur des achats gouvernementaux,
par exemple, représente 25 % du produit intérieur brut.
La valeur de l'approvisionnement des organismes gouvernementaux dans
l'Union européenne totalisait à elle seule plus de 1 G$ en 2001, soit
14 % du produit intérieur brut. En Amérique du Nord, ce montant atteint
2 G$ ou 18 % du produit intérieur brut.
Worldwatch remarque que les universités dépensent des milliards de dollars
chaque année sur une multitude de choses, de la construction de bâtiments
jusqu'à la nourriture servie dans les cafétérias.
Aux États-unis, les collèges ont dépensé 25 G$ en produits et services
en 1999, soit l'équivalent de près de 3 % du produit intérieur brut.
Les organisations internationales sont des méga-acheteurs. Les dépenses
des Nations Unies ont presque atteint 14 G$ en 2000.
« Une seule politique ou directive d'achat environnemental, si elle
est mise en vigueur et encouragée adéquatement, peut profiter à une organisation
sous plusieurs aspects, explique Mme Mastny. En optant pour le choix environnemental
pour tout l'approvisionnement, de la lampe écoénergétique au menu biologique,
de plus en plus d'entreprises, de ministères, d'hôpitaux et d'autres organisations
créent des lieux de travail plus sains et plus sécuritaires tout en économisant
de l'argent. »
Selon les Nations Unies, les dépenses mondiales de consommation sont
aujourd'hui six fois plus élevées qu'en 1950, et la majeure partie de
ces dépenses est attribuable à 20 % de la population la plus riche. Cependant,
Mme Mastny soutient qu'une demande suffisante pour les produits verts
peut influencer l'ensemble des marchés.
Par exemple, en 1993, le Président Clinton a émis une directive enjoignant
le gouvernement des États-Unis à n'acquérir que de l'équipement informatique
qualifié Energy Star, la norme de haute efficacité énergétique la plus
élevée. Ce geste a initié une tendance lourde sur les produits offerts
aux consommateurs.
Le gouvernement américain est le plus gros acheteur d'équipement informatique
au monde, et Worldwatch a constaté que la directive de M. Clinton a amorcé
un changement du marché vers la situation actuelle alors que 95 % des
moniteurs, 80 % des ordinateurs et 99 % des imprimantes vendus en Amérique
du Nord répondent à la norme Energy Star.
Le rapport mentionne en outre que les politiques d'approvisionnement
des gouvernements sont responsables de la hausse de la consommation du
papier recyclé comme fourniture de bureau dans plusieurs pays européens
où le papier recyclé détrônera bientôt le papier régulier.
Les grandes entreprises jouent un rôle crucial dans l'implantation de
pratiques de développement durable. Le rapport relate l'incidence de la
politique d'achat écologique adoptée en 1999 par Home Depot aux États-Unis.
Réagissant en partie aux pressions exercées par le Rainforest Action
Network, la décision de la chaîne Home Depot a forcé les détaillants à
privilégier les produits du bois provenant de forêts aménagées selon les
principes du développement durable plutôt que les produits issus de forêts
menacées. À l'heure actuelle, les marchands responsables de plus de 20
% du bois vendu aux États-Unis sur le marché de la rénovation ont maintenant
adopté des politiques semblables et deux des plus gros constructeurs résidentiels
du pays se sont engagés à ne pas acheter du bois des forêts menacées.
Malgré la percée indéniable des programmes d'achat vert dans le monde
industrialisé, Worldwatch admet que le problème est loin d'être réglé
dans les pays en développement où la consommation est en pleine croissance.
Mme Mastny soutient que les organisations peuvent favoriser l'approvisionnement
vert dans les pays en développement en y appliquant leur propre politique
d'achat écologique et renforcer les entreprises vertes locales.
Les Nations Unies, la Banque mondiale et les multinationales peuvent
encourager le commerce vert en privilégiant l'achat d'une proportion accrue
de produits et services offerts par les fournisseurs verts locaux. Mme
Mastny ajoute qu'un tel effort aide à faire taire les détracteurs de ces
organisations relativement à l'incidence de leurs efforts sur l'environnement.
« Puisqu'un nombre grandissant d'organisations se rendent compte que
l'approvisionnement vert peut améliorer la santé des employés et l'environnement,
les groupes qui négligent les facteurs environnementaux risquent d'accuser
un recul important», conclut Mme Mastny.
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