
Portrait de la Springwillow Farm
Springfield
Île-du-Prince-Édouard
Par Kate Punnett
Raymond
Loo est agriculteur biologique à la ferme Springwillow, une belle
exploitation très diversifiée qui se trouve à Springfield,
dans l’Île-du-Prince-Édouard. La ferme regorge de souvenirs
nostalgiques du temps du père de Raymond, Gerritt, qui l’a
achetée en 1951. On trouve des arbres et des arbustes fruitiers,
des jardins potagers et des carreaux de légumes, des fleurs et
des animaux un peu partout, sur les terres qui entourent la propriété
familiale.
Gerritt était un architecte de la terre et Raymond a hérité
du talent de son père de gérer la terre tout en optimisant
les cycles naturels de sa beauté. Cette beauté est partout,
dans les buissons de framboisiers qui se propagent derrière une
vieille faucheuse à foin, dans les jonquilles qui fleurissent sous
les arbres, dans les collines de citrouilles qui s’amoncellent à
côté du carré de légumes familial, dans le
basilic odoriférant qui pousse dans les serres humides et dans
les canards, les oies et les poulets qui se promènent en liberté.
Raymond s’adonne avec passion aux activités agricoles. Ses
idées de la fertilité du sol, de la gestion des terres,
du bétail et du marketing sont enracinées très profondément
dans son respect de l’environnement et des membres de la collectivité
qu’il alimente.
Raymond Loo a commencé à travailler à la ferme familiale
alors qu’il était très jeune. L’un de ses premiers
souvenirs est celui où il se voit, debout à côté
de caisses-palettes, en train de s’étirer pour y placer le
brocoli frais cueilli, destiné à l’usine d’aliments
surgelés. Il travaillait en compagnie des membres de sa grande
famille, aidant son père à cultiver et à récolter
ses 10 acres de brocoli, de choux-fleurs et de choux de Bruxelles. Après
avoir grandi à la ferme, Raymond l’a quittée pendant
7 ans, en 1983, puis y est revenu pour travailler dans un milieu qu’il
avait appris à aimer.
Raymond a hérité de la passion pour l’agriculture
biologique de son père, qui s’intéressait de près
à l’activisme social de la communauté et à
l’environnement. Il reconnaît que cette passion ne se fonde
pas sur des intérêts financiers mais plutôt sur le
« sentiment de bien-être » lié au travail harmonieux
de la terre. Raymond veut bien tirer de sa terre le plus d’aliments
possible, mais en laissant l’empreinte environnementale la plus
petite qui soit.
La philosophie de Raymond, en ce qui concerne l’agriculture, commence
au niveau du sol. Il croit que, d’une année à l’autre,
il obtient une plus grande production et une meilleure productivité
du sol. Il reconnaît très vite que ce n’est pas à
lui que l’on doit ces résultats, mais à la santé
du sol.
Le fumier de son troupeau de bœufs Aberdeen Angus sert à
améliorer la fertilité du sol, mais il fait attention de
ne pas trop fertiliser ses champs. Raymond indique que de nombreux agriculteurs,
tant traditionnels que biologiques, mettent trop d’engrais sur leurs
terres car ils craignent le manque de disponibilité de l’azote.
Il est persuadé que la terre de son potager dispose de suffisamment
d’azote résiduel du fumier qu’il y a étendu
il y a trois saisons. Par conséquent, il n’a pas étendu
de fumier cette année. De plus, il croit qu’en ne fertilisant
pas trop la terre et donc, en cultivant un peu plus lentement, ses aliments
sont obtenus de façon plus « naturelle » et ont meilleur
goût. Par « naturelle », il entend ne pas utiliser autant
de nitrates d'ammonium ni d’engrais que les agriculteurs traditionnels.
Bien qu’il soit difficile de mesurer la saveur de façon
objective, Raymond reconnaît que « certaines personnes viennent
acheter des pommes de terre Kennebec et affirment qu’elles ont un
meilleur goût que les autres Kennebec, même s’il s’agit
de la même variété de pommes de terre. C’est
peut-être dans la production ou dans la perception. Il se peut aussi
que les gens croient qu’elles sont meilleures parce qu’elles
coûtent plus cher. » Malgré tout, il tient à
la culture lente des aliments pour obtenir un produit de la terre qui
se rapproche de ce qui pousserait à l’état naturel.
La culture lente et plus « naturelle » des aliments s’obtient
aussi par le programme prolongé de rotation de Raymond. Il utilise
une rotation de 6 ans pour créer, peu à peu, les conditions
dont le sol a besoin pour donner des aliments de qualité. La rotation
commence par des pâturages, qui sont retournés. Puis il cultive
des pommes de terre, suivies de céréales et de légumineuses,
le tout avec sous-semis. L’année suivante, il cultive du
blé de mouture, avec sous-semis, puis du foin pendant deux ou trois
ans. Chaque année, il conserve une section pour le potager. Dans
certains des champs réservés aux pâturages depuis
1992, du trèfle a été ensemencé à plusieurs
reprises sur sol gelé, pratique qui, selon lui, peut donner de
très bons résultats une année et de très mauvais
résultats une autre année.
Pour ajouter à cette diversité déjà très
riche, la ferme Springwillow abrite de nombreux animaux d’élevage.
Raymond indique que « le bétail est persuadé que la
ferme lui appartient » et que lui et sa famille « n’en
sont que les locataires ». Il élève des bœufs
Angus d’embouche surtout noirs (quelques-uns sont rouges). Cette
race est très indépendante, a une grande capacité
de maternage, est facile à élever et grossit vite à
partir de graminées. Ses clients se recrutent surtout parmi ceux
qui éprouvent des craintes relativement au bœuf importé.
Raymond espère donner de l’expansion à sa production
de poulets. Il prévoit qu’une coopérative de commercialisation
du poulet qui devrait bientôt voir le jour permettra aux agriculteurs
d’intervenir dans les divers aspects de la production, de la mouture
des aliments à l’éclosion des poussins. Il affirme
que « n’importe quelle petite exploitation peut avoir une
centaine de poulets sans grande infrastructure ». Il préfère
les possibilités de la production du poulet à celle du porc.
Il a des cochons à sa ferme et continuera d’en avoir quelques-uns
tous les ans, à moins d’une augmentation de la demande.
Raymond a aussi des canards et des oies en liberté. Les oies ont
commencé comme animaux de compagnie de son père. Il calcule
qu’il lui en coûte 5 $ de plus à élever un canard
que le prix qu’il en tire. Raymond indique, « il y en a qui
ont des poissons, il y en a qui dont des chats et des chiens; nous, nous
avons des canards ». Il dit qu’ils ont peut-être un
rôle inconnu à jouer dans l’écosystème
de sa ferme, par exemple manger les perce-oreilles.
En gros, Raymond souhaite vendre le plus possible ce qu’il tire
de sa terre à l’échelon local. Il vend ses produits
dans deux marchés de producteurs de l’Île, l’un
à Charlottetown et l’autre à Kensington. Il essaie
de vendre autant directement et localement. Sa stratégie de marketing
n’est pas coulée dans le béton; elle varie selon les
conditions. Il ne croit pas que les prix doivent être plus élevés
parce qu’il s’agit de produits biologiques, mais qu’ils
doivent l’être en fonction de ce qu’il faut à
l’agriculteur pour gagner sa vie.
L’un des problèmes qu’il éprouve relativement
aux prix élevés des aliments biologiques est que, en tant
que société, nous vendons les aliments les plus nutritifs
à ceux qui ont déjà accès à une bonne
nutrition. Ce qu’il aimerait, en fin de compte, c’est un programme
selon lequel il ferait don d’une partie de ses terres aux personnes
à faible revenu pour qu’elles y cultivent des aliments biologiques.
Il pense avoir la responsabilité morale d’aider ceux qui
ne sont pas capables de s’aider eux-mêmes. Ce sont ces préoccupations
qui font de Raymond non seulement un agriculteur exceptionnel, mais aussi
un exemple important dans sa communauté.
Les champs de la ferme Springwillow ont été traités
et soignés par un agriculteur qui éprouve un grand respect
pour la terre et les animaux qui y paissent. Les produits biologiques
qui y sont récoltés sont le résultat du travail acharné
et des aptitudes de Raymond, de nombreux bénévoles et des
membres de sa famille qui l’aident dans les divers aspects des activités
agricoles au quotidien.
© CABC, Décembre 2006
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