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Rapport de la coordinatrice pour les Prairies - août 2003
Brenda Frick, Ph.D
Je travaille à l'Université de la Saskatchewan à
Saskatoon et je participe au projet national du Centre d'agriculture biologique
du Canada (CABC) situé à Truro, en Nouvelle-Écosse.
La mission du CABC est de mener, coordonner et diffuser des recherches
et de la formation axée sur le producteur. Mon mandat inclut la
recherche, la vulgarisation et la « gestion de réseaux »
pour l'agriculture biologique au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta.
Cet été, j'ai commencé à travailler sur différents
projets de recherche et jai collaboré avec des chercheurs
appartenant à divers centres de recherche et universités
à travers les Prairies. J'ai été également
eu le privilège de visiter plusieurs fermes biologiques et des
parcelles où sont effectués des essais en agriculture biologique.
Je voudrais partager avec vous certaines choses que j'ai apprises au cours
de lété, lors de mes voyages.
Visites privées de fermes
Wayne Hovdebo, de Hovdebo Farms Ltd. à Birch Hills en Saskatchewan,
est lun des producteurs qui nous ont permis d'observer leurs opérations
de sarclage et de compter les plantes dans leurs champs avant et après
les passages. Le sarclage est un outil efficace de lutte contre les mauvaises
herbes utilisé par de nombreux producteurs, mais le succès
obtenu repose énormément sur les conditions du site. Cela
semble fonctionner mieux si les mauvaises herbes sont de petite taille,
les conditions sèches et les sols légers.
Kirby McCuaig, de Nature's Acres Organic Farm Inc. à Eastend en
Saskatchewan cultive de la gesse pour enfouir, du Kamut® et du lin.
Kirby affirme bien maîtriser les mauvaises herbes grâce au
sarclage et trouve que la gesse apporte beaucoup dazote à
ses sols.
Robert Guilford, de Guilford's Organic Seed & Feed à Clearwater
au Manitoba, cultive de la luzerne, du lin et du blé biologiques
cette année. Robert a constaté que, cette année,
le lin semé sur un retour de luzerne enfouie au printemps sest
aussi bien comporté que le lin semé sur un retour de luzerne
enfouie en automne. Selon lui, cette expérience vaut la peine dêtre
répétée.
Marc Loiselle, de Loiselle Ferme Biologique Familiale à Vonda en
Saskatchewan, cultive de l'avoine, du blé Red Fife, des pois, de
l'orge, de la moutarde jaune et du seigle dautomne. Pour réduire
l'érosion du sol en hiver et au printemps, il garde ses champs
les plus élevés, doù leau ruisselle,
recouverts de luzerne et de graminées vivaces, et il cultive des
variétés dautomne ou bisannuelles dans les autres
champs sujets à l'érosion en hiver. Marc met des parcelles
à la disposition des chercheurs Diane Knight et Steve Shirtliffe
de l'Université de la Saskatchewan. Diane effectue des recherches
sur des traitements biologiques visant à augmenter le phosphore
disponible, et Steve étudie des types de cultures et variétés
qui concurrencent bien les mauvaises herbes.
Robert et Marc participent à l'étude nationale du CABC,
qui étudie la maîtrise des mauvaises herbes et le rendement
des céréales semées à des taux pouvant atteindre
le double des recommandations. Les agriculteurs biologiques ont souvent
recours à une densité de semis accrue, mais le succès
peut être limité par la sécheresse ou par les maladies
quand l'humidité est abondante.
Jack Lovell, de Manitou Organic Marketing située dans la magnifique
vallée de Pembina au Manitoba, transforme des champs de luzerne
en transition en terre cultivée, où il récoltera
de lail pour la première fois. Le fait que Jack mette en
marché les hampes dail (la tige bouclée allie la saveur
de l'ail avec la fraîcheur et le côté croustillant
de l'asperge) m'ont rappelé que les productions biologiques sont
les plus passionnantes lorsquelles sont innovatrices et sortent
des sentiers battus.
Steve Snider, de Little Red Hen Mills à New Norway en Alberta,
m'a fait visiter sa ferme quelques jours seulement après avoir
reçu le trophée du jeune agriculteur délite
de lannée en Alberta. Steve croit que la culture intercalaire
augmente les possibilités qui se présentent et permet de
mieux réagir aux conditions variables et réduire les problèmes
tels que le charbon, les insectes et la verse. Il produit des céréales
comme l'avoine ou l'orge conjointement avec une légumineuse comme
le pois ou la féverole. Il enfouit parfois ces cultures pour lutter
contre les mauvaises herbes et les d'insectes ou améliorer la fertilité.
Il moissonne occasionnellement la plante compagne et sépare les
grains dans sa propre installation de criblage. Steve a sarclé
son blé cette année, après lémergence.
Il n'a pas été satisfait des résultats. Il a constaté
que cela a affecté certains plants plus que dautres, ce qui
a rendu la culture inégale. Ses champs de céréales,
particulièrement ceux de seigle dautomne, étaient
luxuriants et comportaient peu de mauvaises herbes. Il effectue des arrosages
foliaires d'algue pour nourrir les plantes.
Journée portes ouvertes à la ferme
Visite des fermes biologiques dInterlake, Manitoba Cette
fantastique journée, organisée par John Hollinger, Janine
Gibson, et Julie Fine a permis de découvrir un aperçu des
défis et des succès de l'agriculture biologique. Nous avons
pu observer lutilisation des oies pour lutter contre les mauvaises
herbes dans les fraisières et du sarcloir dans les champs de blé.
Nous avons vu de la luzerne infestée de punaises et du chanvre
menacé par les vers gris. Nous avons vu de nombreux types de cultures
et différentes approches de production. Pendant cette journée,
nous avons nourri nos corps avec de fantastiques aliments biologiques,
nos esprits avec des techniques biologiques innovatrices et nos âmes
avec de la bonne musique et de la camaraderie. Lisez larticle de
John Hollinger dans ce bulletin pour plus de détails.
Lors de la journée portes ouvertes no 8 de lOCIA de la Saskatchewan,
nous avons pu visiter la ferme de Dwayne et Jenny McGregor près
de Chaplin en Saskatchewan et des champs de Paul Gaucher à Coderre.
Dwayne nous a montré quel niveau de maîtrise des mauvaises
herbes on peut atteindre en effectuant plusieurs passages du sarcleur
avant de semer et en retardant les semis. Ses champs de céréales
étaient remarquablement exempts de mauvaises herbes. Paul nous
a fait découvrir une philosophie différente du travail de
la terre. Il considère que les mauvaises herbes dominantes qui
prolifèrent dans un champ servent à déterminer quelles
sont les cultures qui y donneront les meilleurs résultats. Par
exemple, il sème de l'avoine sur une terre où la folle avoine
pousse naturellement et a fait d'autres choix de cultures en se basant
sur le type de mauvaises herbes qui croissent dans chaque champ. Il fait
une grande utilisation des cultures intercalaires, comme l'avoine et les
pois. Il constate que cette formule donne de bons résultats quelles
que soient les variations du climat chaque année. La plante la
mieux adaptée aux conditions qui prévalent cette année-là
réussira le mieux. Cette technique de cultures intercalaires est
également bénéfique pour la fertilité, la
maîtrise des mauvaises herbes, des insectes et de la verse, et lagriculteur
trouve quà la moisson, les andains se tiennent mieux en raison
de la présence de paille d'avoine.
La journée porte ouverte no 5 de lOCIA SK à Muenster,
Saskatchewan a présenté des parcelles biologiques à
l'abbaye où on cultive du lin, des lentilles, du blé et
des légumes. Le fauchage du chardon des champs au-dessus des plants
de lentilles a permis à ceux-ci de mûrir. Des larves de vanesses
de Virginie consommaient activement les têtes de chardon.
Le marché biologique Prairie Sun a offert une activité fantastique
et des produits merveilleux J'ai eu la chance dy assister le 9 août.
Cela se poursuit jusqu'à la mi-septembre.
Recherche
Yvonne Van Den Bosch étudie les densités de semis optimales
pour la lentille, le pois et la gesse utilisés en tant que couvre-sol
et engrais vert, dans des conditions où les mauvaises herbes sont
présentes ou non, à l'Université de la Saskatchewan.
Sa recherche en est à ses débuts.
Matthew Wiens de l'Université du Manitoba a recours au paillis
de luzerne pour ajouter de l'azote, pour éliminer les mauvaises
herbes et pour conserver l'humidité dans le blé. Le travail
de Matthew en est toujours à létape préliminaire,
mais on peut déjà observer un certain potentiel daccroissement
de lassimilation dazote et du rendement, mais la maîtrise
des mauvaises herbes obtenue fut plutôt variable.
Alden Braul examine, à l'Université de Manitoba, lincidence
du type de culture et de rotation sur l'établissement de jeunes
plantes de luzerne lupuline. La luzerne lupuline est une annuelle qui
se ressème et qui sert de paillis vivant dans la culture.
Martin Entz et Allison Schoofs m'ont fait découvrir l'expérience
de Glenlea. Il sagit de létude de comparaison la plus
ancienne entre les systèmes biologiques et conventionnels au Canada.
Parmi leurs résultats, la réaction des mauvaises herbes
à la fertilisation ma frappée. La présence
de mauvaises herbes semble beaucoup plus problématique là
où on épand des engrais chimiques ; lors des rotations où
on intègre de la luzerne, on a pu observer une bonne maîtrise
de plusieurs espèces de mauvaises herbes. De plus, les mauvaises
herbes poussant sur une grande part des parcelles biologiques n'ont pas
semblé empêcher la production dune récolte forte,
vigoureuse et rentable.
Allison Schoofs m'a également montré les parcelles quil
cultive à Carman. Dans une étude où aucun produit
chimique n'a été employé dans la culture de l'avoine,
on n'a observé aucune baisse significative du rendement de la récolte
d'avoine et aucune différence dans la capacité à
lutter contre les mauvaises herbes lannée suivante. Cela
suggère que les applications de produits chimiques dans lavoine
se révèlent inutiles. Ce type de conclusion contribuera
peut-être à briser lemprise psychologique que les produits
chimiques exercent auprès de certains producteurs. Allison m'a
également fait découvrir une étude sur une rotation
biologique intégrant de l'orge, des pommes de terre, du blé
et du foin. Les céréales comportaient beaucoup moins de
mauvaises herbes lorsquelles suivaient une récolte de pommes
de terre.
Heather Mason, Ali Navabi et Dean Spaner m'ont amenée visiter les
parcelles où on fait des recherches sur la sélection à
l'Université de l'Alberta. Les parcelles de Dean comportaient différentes
cultivars de blé et des mélanges de différentes espèces
de céréales. Il croit que les mélanges peuvent surpasser
la monoculture, particulièrement quand il y a concurrence de mauvaises
herbes. Les parcelles de Heather à l'Université de l'Alberta
et sur la ferme de Steve Snider incluent plusieurs cultivars du patrimoine
et modernes de blé, cultivés selon des méthodes biologiques
ou conventionnelles. Elle croit que les cultivars qui donnent les meilleurs
résultats sous régie biologique peuvent être différents
de ceux qui produisent le mieux dans un contexte conventionnel. Si cette
hypothèse se vérifie, elle cherchera à savoir quelles
sont les caractéristiques des plantes qui donnent les meilleurs
résultats sous régie biologique. Malheureusement, certaines
de ses parcelles situées sur la ferme de Steve ont été
données en pâturage juste avant ma visite.
Gisela Duerr du CABC au centre de recherches de Lethbridge, et Dean Spaner
étudient un certain nombre de mélanges de plantes-abris
dont des légumineuses, des céréales et des oléagineuses.
Les données préliminaires montrent que les résultats
obtenus varient selon les mélanges, la plupart dentre eux
se comportant mieux dans les conditions plus humides de la région
d'Edmonton.
La visite de la ferme expérimentale de Scott d'Agriculture et Agroalimentaire
Canada a permis de constater lintérêt que l'agriculture
biologique commence à soulever. Plus dune douzaine de projets
furent présentés à la centaine de personnes qui se
trouvaient sur place. Voici quelques-uns des faits saillants de ces projets,
selon moi :
Gord Rowland tente de développer une variété de lin
hâtif qui pourrait être semé plus tard dans les systèmes
biologiques.
Sue Boyetchko met au point des agents bactériens pour la lutte
contre la folle avoine et la sétaire verte.
Eric Johnson a fait la démonstration de plusieurs méthodes
de lutte mécanique contre les mauvaises herbes, dont le fauchage
de lorge au stade de 2 à 3 feuilles pour détruire
les mauvaises herbes qui ont envahi la culture, les semis de pois en profondeur
pour améliorer les possibilités de lutte mécanique
contre les mauvaises herbes et les différents outils de travail
du sol.
Wally Vanin a abordé la question de lutilisation de différentes
variétés de céréales comme fourrage : lorge
et avoine cultivées ensemble pour mieux répondre aux conditions
variables et le millet allemand doré comme espèce tardive
et vigoureuse que les sauterelles napprécient pas. Sherrilyn
Phelps nous a montré un navet fourrager qui peut offrir des possibilités
intéressantes pour le pâturage dautomne.
Stu Brandt nous a fait découvrir le Alternate Cropping System (système
alternatif de récolte) où on étudie les rotations
biologiques depuis 10 ans. Le taux de présence de mauvaises herbes
varie selon les cultures et les rotations, mais n'a jamais atteint des
niveaux inacceptables. Toutefois, une carence en phosphore commence à
se manifester.
Owen Olfert a réussi à sauver des essais dune variété
de céréale qui avait été envahie par les sauterelles.
Il a constaté que l'avoine était moins mangée que
le blé ou lorge, et que les sauterelles préféraient
certains cultivars tandis que d'autres étaient moins attaqués.
Steve Shirtliffe a mis à lépreuve la compétitivité
des cultivars d'avoine par rapport aux mauvaises herbes. En général,
l'avoine fourragère était plus concurrentielle et les cultivars
semi-nains se sont révélés moins concurrentiels.
Tom Wolf a essayé de faire découvrir les joies de larrosage
à la communauté biologique en effectuant des essais avec
du vinaigre et de l'huile de pin comme herbicides. Le vinaigre a donné
de bons résultats pour maîtriser les mauvaises herbes sans
quil soit nécessaire de travailler le sol avant les semis
de céréales, préservant ainsi l'humidité.
Il est encore trop tôt pour affirmer sil sagit dune
solution économique de lutte contre les mauvaises herbes.
Stu Brandt, Sherrilyn Phelps et moi-même avons pu montrer le début
dune recherche portant sur lutilisation de la luzerne lupuline
et du trèfle kura comme couvre-sol dans les cultures de céréales.
La journée portes-ouvertes du CABC à Truro en Nouvelle-Écosse
m'a également fait découvrir des choses que je suis en mesure
dadapter aux conditions qui prévalent dans mon coin de pays.
Roxanne Beavers, Andy Hammermeister et Ralph Martin ont fait des essais
sur la densité de semis dans le blé, avec ou sans application
d'engrais. Ils étudient linfluence de laugmentation
du taux de semis et de la fertilité du sol (surtout lazote)
sur la concurrence des mauvaises herbes. Les mauvaises herbes ont réagi
davantage à la fertilisation que le blé. Les parcelles à
densités de semis plus élevées semblaient contenir
moins de mauvaises herbes. Tara Moreau, Phil Warman et Jeff Hoyle ont
mis à lépreuve des produits pour la lutte contre le
doryphore de la pomme de terre. Les parcelles de Neem ont été
moins dévastées. Derek Lynch, Claude Bertheleme et Hans
Nass étudient les mélanges de pois fourragers, dorge
et d'avoine pour lalimentation des animaux délevage.
Ceux-ci offrent le potentiel de remplacer le soja qui est plus difficile
à produire biologiquement.
La visite des parcelles d'Elmer Laird, de la fondation de recherche Back
to the Farm, démontre que les mélanges avoine-pois, le radis
huileux et les mélanges de moutarde orientale et dorge constituent
des cultures fortement compétitives qui posent peu de problème
de maîtrise des mauvaises herbes. Elmer a également cultivé
le lin seul, ou en culture intercalaire avec du blé, de l'orge,
des lentilles, des pois ou des haricots pinto. Il est trop tôt pour
déterminer si la culture intercalaire offre des avantages ou pas.
Elmer a sarclé une bande d'essai par parcelles, où on a
pu observer une excellente maîtrise des mauvaises herbes dans certains
secteurs et très faible dans d'autres.
Je voudrais remercier tous les producteurs, chercheurs et étudiants
qui m'ont accueilli, répondu à mes nombreuses questions
et manifesté une fantastique générosité et
ouverture. Merci.
Je vous invite à communiquer avec moi pour me faire part de vos
commentaires, suggestions, conseils ou innovations.
Personne à contacter :
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Coordonnatrice pour les Prairies
Centre d'agriculture biologique du Canada
a/s Département de phytologie
Université de la Saskatchewan
51 Campus Drive, Saskatoon
(Saskatchewan), Canada S7N 5A8
Tél : (306) 966-4975
Télécopieur : (306) 966-5015
Courriel : brenda.frick@usask.ca
Sites Web : celui-ci et organic.usask.ca/
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