
Agriculture biologique : adopter les bonnes pratiques pour sauvegarder
la qualité du sol
Le sol constitue un des facteurs clés pour accroître le rendement des
cultures. Il est donc important d'en sauvegarder la qualité dans le
cadre d'une gestion pérenne des terres agricoles.
Le sol a une qualité « statique » qui lui est conférée par
la nature de ses matériaux géologiques constitutifs, mais aussi une
qualité « dynamique » associée au contenu en matière organique
du sol, lequel est largement tributaire de l'activité humaine. Les scientifiques
ont démontré récemment que le recours à de meilleures pratiques de gestion
peut restaurer les stocks d'azote dans le sol qui, normalement, diminuent
à la suite des opérations culturales, ce qui réduirait par le fait même
le CO2 dans l'atmosphère. En outre, il a été démontré que
le recours au fumier d'origine animale permet d'augmenter le contenu
en azote du sol. Cela dit, peu d'études à long terme ont été réalisées
sur la qualité des sols sous régie biologique.
Des chercheurs suisses ont analysé les effets du type de fertilisation,
de l'intensité de la fertilisation (nombre d'animaux de bétail produisant
du fumier) et de la protection des cultures sur la matière organique
et biologique constitutive du sol, y compris l'activité microbienne,
dans des systèmes agricoles conventionnel et biologique contenant une
rotation de graminées et de trèfle.
Les expériences et les mesures ont été réalisées sur une période de
21 ans et ont démontré ce qui suit :
-
À la fin de la période de 21 ans, le contenu
en azote et en carbone du sol était 5 % et 12 % plus élevé
à la suite d'une fertilisation d'intensité normale (c'est-à-dire,
1,4 unité animale/ha), comparativement à une fertilisation à
intensité réduite (0,7 unité animale/ha). Comparativement aux
parcelles où aucun fumier n'avait été utilisé, le contenu en carbone
du sol était 26 % plus élevé sur les parcelles biologiques ayant
bénéficié d'un amendement normal en fumier. De plus, la matière organique
était jusqu'à 12 % supérieure à la suite de l'utilisation de
fumier d'étable composté, comparativement au fumier décomposé en tas.
-
L'indicateur de la qualité du sol, lequel prédit les
variations du taux de carbone dans le sol, était 20 % plus élevé
dans les fermes biologiques que dans les fermes conventionnelles et
ce, sans égard à l'intensité de la fertilisation.
-
L'activité microbienne (soit la respiration) était
environ 14 % plus élevée dans les sols biologiques que dans les sols
conventionnels, et environ 10 % plus élevée lorsque la fertilisation
est faite à intensité normale, comparativement à une forte intensité.
-
Les potentiels d'activité des microorganismes (déshydrogénase)
sont jusqu'à 71 % supérieurs dans les sols biologiques, comparativement
aux sols conventionnels.
Les auteurs ont conclu que le recours au fumier composté dans le cadre
de la régie biologique constitue la seule pratique agricole permettant
de réduire les pertes de carbone dans le sol. De plus, la qualité du
sol et l'activité microbienne sont favorisées par cette pratique, comparativement
aux autres pratiques étudiées.
Dans un contexte plus large, les effets des pratiques agricoles sur
la fixation de l'azote dans le sol constituent un sujet d'étude intéressant
en regard des changements climatiques. En outre, comme le sol est à
la base de la production alimentaire, il est essentiel d'en préserver
la qualité en ayant recours au fumier et en réduisant l'utilisation
de produits chimiques si l'on souhaite adopter des pratiques de gestion
pérennes, même si un tel système agricole n'offre pas le rendement le
plus élevé.
Source
Andreas Fließbach, Hans-Rudolf Oberholzer, Lucie Gunst et Paul
Mäder (2006) « Soil organic matter and biological soil quality
indicators after 21 years of organic and conventional farming »,
Agriculture, Ecosystems and Environment, 118:273-284.
Personne-ressource : andreas.fliessbach@fibl.org
Publication : mai 2007
|