
La production biologique, ça marche!
Rhea Gala pour l'Institute for Science in Society (ISIS)
La transition vers la production biologique
La demande accrue, de la part des consommateurs, pour des produits issus
de l'agriculture biologique fait progresser les bénéfices engrangés par
les agriculteurs certifiés biologiques tant et si bien que certains producteurs
conventionnels songent à se tourner vers un mode de production biologique.
Aux États-Unis, les ventes de produits issus de l'agriculture biologique
ont augmenté de 20 % en 2001 pour atteindre 8 milliards
de dollars. Le Farm Bill, déposé en 2002, prévoit bon nombre
d'incitatifs (partage des coûts et paiements directs à la suite de l'application
de pratiques de conservation comme des rotations de cultures prolongées)
pour les producteurs agricoles désireux d'adopter le mode de production
biologique.
Les chercheures Kathleen Delate de la Iowa State University
et Cynthia A. Cambardella du ministère de l'agriculture des
États-Unis ont étudié le rendement de l'agroécosystème des exploitations
agricoles pendant les trois années transitoires nécessaires à l'adoption
du mode de production certifiée biologique. Elles ont analysé les stratégies
visant à atténuer les risques de pertes de rendement initiales au cours
de la période de transition et attribuables à l'élimination des engrais
et des pesticides. En revanche, le rendement des exploitations ayant adopté
un mode de production biologique progresse au cours des années subséquentes
pour atteindre celui des fermes conventionnelles. Les résultats de cette
étude indiquent qu'il est possible de produire des cultures céréalières
biologiques dès la troisième année de transition et que d'autres avantages
économiques découlent d'une plus grande rotation des cultures.
Cette expérience a été réalisée sur quatre ans (soit trois années
de transition et une première année de production certifiée biologique)
et visait à éprouver l'hypothèse selon laquelle les systèmes de production
biologique qui dépendent de ressources locales sont tout aussi capables
de maintenir un rendement stable tout en préservant la qualité du sol
et en assurant la protection des végétaux que les systèmes conventionnels
disposant de rotations moins diversifiées et dépendant de ressources externes
à base de combustibles fossiles. Le plan d'expérience comportait quatre répliques
entièrement aléatoires de quatre traitements liés à des systèmes
culturaux différents.
Les chercheures ont étudié les effets des pratiques aratoires biologiques
(dont la rotation des cultures, les cultures de couverture, l'application
de compost et les mesures non chimiques de lutte contre les mauvaises
herbes) sur la fertilité du sol, le rendement des cultures et la qualité
des céréales produites comparativement au système cultural conventionnel.
Elles ont également analysé les réactions des ravageurs et des végétaux
à différentes rotations de cultures et déterminé quelles rotations de
cultures certifiées biologiques permettent d'atténuer les risques de réduction
du rendement tout en améliorant les propriétés du sol et les revenus agricoles.
Le mode de production biologique : tout aussi efficace, sinon
plus
Au cours des quatre années qu'a duré l'étude, le rendement moyen
d'une culture de maïs biologique a atteint 91,8 % du rendement d'une
culture de maïs conventionnelle; le rendement moyen du soja biologique
a atteint 99,6 % du rendement du soja conventionnel. À la troisième
année, il n'y avait plus de différence entre le rendement des cultures
biologique et conventionnelle. À la quatrième année (c'est-à-dire la première année
de production certifiée biologique), le rendement des cultures biologiques
de maïs et de soja a dépassé le rendement du maïs et du soja conventionnels.
Pendant la première année de la transition, des avantages économiques
peuvent être tirés de l'établissement de cultures de foin de luzerne ou
de cultures à faible exigence en azote dans les sols à faible rendement
de manière à accroître la fertilité du sol pour les prochaines cultures
de maïs. La deuxième année, les écarts de rendement ont été atténués grâce
aux effets de la rotation et à l'application de compost qui a produit
suffisamment de nutriments pour une culture céréalière biologique. Les
rendements ont été semblables la troisième année, et à la quatrième année,
la pertinence d'une culture-abri régénératrice du sol ou d'un mélange
légumineuse / graminée (telle que le mélange avoine / luzerne
utilisé dans la présente étude) est devenue évidente alors que les rendements
du maïs et du soja biologiques ont dépassé les rendements des cultures
conventionnelles.
Autres avantages
Les chercheures estiment que la gestion des mauvaises herbes en temps
opportun, alliée à des niveaux suffisants d'azote, de phosphate et de
potassium dans les sols du système biologique, ont contribué aux rendements
élevés observés pendant la période de transition. L'augmentation du rendement,
après trois années de transition, est attribuable à la teneur élevée
en azote disponible découlant de l'utilisation d'amendements biologiques
comme le compost de fumier de porc et de l'inclusion de légumineuses fourragères
et autres engrais verts dans les rotations de culture prolongées.
La fertilité du sol est tributaire du renouvellement continu d'azote
biologiquement disponible afin d'assurer le réapprovisionnement des ressources
en azote organique disponibles pour les plantes. Le niveau total d'azote
a augmenté de 457 kg par hectare dans les sols des systèmes biologiques
sur quatre ans, ce qui représente une augmentation annuelle moyenne
de 114 kg d'azote par hectare et est suffisant pour maintenir des
ressources adéquates d'azote dans un système biologique. Le niveau total
de calcium organique a augmenté de 9 % dans les sols des systèmes
biologiques pendant la période de transition, alors qu'aucune augmentation
importante à cet égard n'a été enregistré dans les sols des systèmes conventionnels.
Les chercheures ont jugé raisonnable la compétition des mauvaises herbes
dans les cultures de maïs et de soja biologiques. Cette compétition était
moindre dans les peuplements de soja biologique que dans les peuplement
de maïs où le seigle n'était pas utilisé comme culture-abri. La densité
des mauvaises dans la rotation soja / seigle s'est avérée égale
à celle des systèmes conventionnels pendant les deux premières années
et nettement inférieure la troisième année. Les peuplements de mauvaises
herbes graminées et de dicotylédones ont varié selon les années et les
systèmes (biologique ou conventionnel), mais ont eu une incidence jugée
négligeable sur les rendements. Les populations de charançon du maïs et
de chrysomèle du haricot étaient similaires pour les deux systèmes et
n'ont eu aucun effet sur les rendements.
Les avantages économiques découlant des rotations de maïs-soja-avoine / luzerne
et de maïs-soja-avoine / luzerne-luzerne dans le système biologique
ont été nettement supérieurs que ceux engendrés par la rotation maïs / soja
du système conventionnel puisque les prix du soja biologique sont supérieurs
en raison d'une demande accrue.
Une étude antérieure avait permis d'établir une corrélation entre, d'une
part, l'augmentation de la fertilité du sol et de la biodiversité et,
d'autre part, la diminution de la dépendance à l'endroit des ressources
énergétiques dans le système biologique, ce qui a permis de réduire l'utilisation
des engrais et des ressources énergétiques de 44 % et des pesticides
de 97 %.
L'étude se poursuit
Cette étude se poursuit et continuera d'analyser les effets de la séquence
et de la durée des rotations de cultures sur les dommages à long terme
causés par les ravageurs et le pouvoir d'attraction d'insectes bénéfiques
dans le système biologique. Des recherches effectuées précédemment par
Miguel Altieri à la University of California, Berkeley
ont démontré que les systèmes biologiques qui maintiennent un biote diversifié
en réduisant le recours aux pesticides obtiennent de meilleurs résultats
au chapitre de la lutte biologique (se référer à « Agroecology
vs ecoagriculture », Rapport
ISIS, www.i-sis.org.uk).
Les variations potentielles de la qualité des aliments sera contrôlée
à long terme de manière à faire ressortir de manière plus éloquente l'évaluation
que l'on fait des avantages liés à la production biologique par rapport
à la production conventionnelle. Comme les agriculteurs biologiques arrivent
à produire des aliments de grande qualité sans avoir recours aux ressources
conventionnelles du secteur agroalimentaire, ce dernier a tout intérêt
à critiquer le secteur biologique de quelque manière que ce soit. La présente
étude se veut une réponse essentielle à cette campagne de désinformation
de la part de l'industrie.
Cet article a été publié en premier lieu par la Institute
of Science in Society (ISIS) et est reproduit avec la permission de
cet organisme.
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