
Approches biologiques et botaniques concernant le traitement des vaches
laitières
Hubert J. Karreman, D.M.V.
penndutch@earthlink.net
www.penndutchcowcare.org
Résumé
L’élevage laitier biologique aux États-Unis est assujetti
aux normes les plus strictes au monde en ce qui concerne les soins de
santé autorisés pour les animaux. En général,
tous les médicaments synthétiques sont interdits (sauf autorisation
expresse) et tous les médicaments naturels sont permis (sauf interdiction
expresse). Le point réglementaire 7CFR205.603 énumère
les produits synthétiques autorisés pour le traitement des
animaux ainsi que les produits naturels interdits (un seul, la strychnine).
Très peu de médicaments vétérinaires conventionnels
sont autorisés. De plus, le point 7CFR205.238(c)(7) stipule qu’on
ne peut s’abstenir d’utiliser les « médicaments
appropriés » pour traiter un animal afin qu’il demeure
certifié biologique; de plus, si des matières interdites
sont utilisées pour guérir un animal, l’animal doit
être retiré de la production biologique (pour toujours).
Ces deux sections de la réglementation se veulent des incitatifs
efficaces qui poussent les spécialistes en santé animale
à envisager la médecine vétérinaire complémentaire
et alternative (MVCA). Toutefois, afin que la prestation des soins aux
animaux d’élevage soit réellement holistique, il est
essentiel d’adopter des techniques de prévention axées
sur des méthodes de gestion intelligente avant de procéder
au traitement à l’aide de médicaments naturels. Autrement
dit, la substitution des apports ne doit pas être l’approche
générale adoptée par un fournisseur de soins de santé
qui travaille activement auprès d’éleveurs de bétail
biologique. De nombreuses associations vétérinaires prônent
le traitement alternatif et holistique des animaux; toutefois, ces associations
comptent généralement dans leurs rangs une majorité
écrasante de vétérinaires de petits animaux et de
chevaux.
Les petits animaux et les chevaux sont généralement considérés
comme des animaux distincts en matière de traitement, et des diagnostics
approfondis par le biais de la médecine traditionnelle chinoise
et l’homéopathie sont généralement effectués
avant la prescription de changements individualisés du régime
alimentaire pour l’animal, de plantes (chinois et occidental), de
traitements d’homéopathie (classique, clinique ou homotoxicologie)
et d’autres modalités.
Par comparaison, le traitement des différents animaux de bétail
(vaches, moutons, porcs et volaille) est peu approfondi (d’un point
de vue vétérinaire holistique). Les animaux de bétail
dépendent beaucoup plus des ressources naturelles de leur environnement
immédiat, et le « traitement de l’environnement »
peut être plus important que le traitement d’un animal donné,
dans certains cas. Par exemple, l’amélioration de la qualité
de l’eau peut faire une différence remarquable. Les responsables
des fermes biologiques doivent nourrir leurs vaches; toutefois, pour certains
cheptels, il pourrait être avantageux d’adopter un régime
plus riche en fibres. À cet égard, le traitement holistique
des animaux de bétail peut facilement signifier le traitement de
l’ensemble du cheptel. D’après l’expérience
de l’auteur, la plupart des cheptels de bétail biologique
sont généralement sains, probablement en raison de la grande
quantité de fibre dans leur régime et d’autres facteurs
environnementaux des fermes biologiques (notamment l’absence de
pesticides dans les aliments pour animaux). Une fois que les facteurs
liés à la qualité de l’eau, à la qualité
de l’air, à la litière et aux rations auront été
examinés, le traitement individuel des animaux sera plus efficace
et s’inscrira dans un contexte de traitement réellement holistique.
L’un des principes biologiques directeurs veut qu’un sol
sain engendre des récoltes saines, qui à leur tour engendrent
des animaux sains. Bien que cela soit vrai en général, il
est quand même possible qu’une maladie se développe.
Cela fait partie intégrante de l’élevage de bétail.
À cette étape, une simple substitution des apports par des
médicaments naturels peut être nécessaire. L’acétose
en est un exemple probant. Cette affection est due à un manque
d’énergie disponible pour les besoins de l’animal.
Comme la dextrose est autorisée aux termes du point 205.603, on
peut l’administrer par voie intraveineuse. Comme le propylène
n’est pas autorisé, la simple substitution par du glycérol
sera tout aussi efficace (les deux sont des composés 3-carboniques).
Au gré de l’agriculteur, cela peut constituer la diète
de traitement complète. Les agriculteurs qui prônent les
soins holistiques aiment également utiliser la combinaison suivante
: Hydrastis canadensis, Berberis vulgaris, Ceonothus americana, Silybum
marianum, Chelidonium majalis et Arctium lappa. Toutes ces
plantes sont bien connues pour leurs propriétés hépatoprotectrices.
Pour la digestion lente, avec ou sans acétose, des stomachiques
comme le Zingiber officinalis et le Foeniculum vulgare,
en combinaison avec des amérisants comme le Gentiana lutea
et le Coffea arabica, sont communément utilisés
avec du bicarbonate de sodium. L’aspiration gastrique à l’aide
de farine de luzerne, d’électrolytes et de combinaisons de
stomachiques/amérisants peut être très efficace. La
thérapie de remplacement par solution intraveineuse doit être
utilisée au besoin.
Le traitement des maladies infectieuses du bétail biologique est
toujours très difficile aux États-Unis, puisque tous les
antibiotiques sont interdits. Toutefois, par l’emploi de produits
biologiques en combinaison avec des herbes médicinales, on peut
réduire efficacement les taux de morbidité et de mortalité.
Par exemple, la pneumonie peut se développer à toute saison
dans une ferme. Elle peut causer des dommages permanents et même
entraîner la mort chez certains animaux.
Toutefois, les symptômes et la gravité peuvent être
atténués si des produits biologiques, qui fournissent des
anticorps passifs, sont administrés tôt dans la phase clinique
de la maladie. Certains produits biologiques confèrent l’immunité
passive contre les organismes gram négatif suivants : Pasteurella
multocida, Mannheimia hemolytica, Salmonella typhimurium et E.
coli. Ces produits peuvent être efficaces, surtout s’ils
sont utilisés avec une combinaison de Allium sativum,
Echinacea angustofolia, de Hydrastis canadensis et de
Panax ginseng administrés par voie intraveineuse avec suivi par
voie orale des herbes pour une période de 3 à 4 jours. Le
produit biologique peut être administré une fois, puis une
autre après une période de 24 à 36 heures, afin de
maintenir le niveau d’anticorps passifs, puisque la demi-vie biologique
est de 4 à 6 jours. L’huile essentielle d’eucalyptus
et le camphre permettent de dégager les voies respiratoires s’ils
sont administrés par voie topique ou à l’aide d’un
pulvérisateur. D’après l’expérience de
l’auteur, environ 90 % des animaux souffrant de pneumonie et traités
de la façon décrite ci-dessus se rétabliront. Toutefois,
le processus de guérison prendra quelques jours de plus que par
l’emploi d’antibiotiques.
D’autres produits biologiques pouvant être utiles sont des
stimulants immunitaires à action non spécifique comme les
dérivés du colostrum (lactosérum ultrafiltré)
et les dérivés de paroi cellulaire de mycobactéries.
Les produits du lactosérum ultrafiltré peuvent être
très utiles pour réduire les quantités élevées
de cellules somatiques et rétablir certains aspects du système
immunitaire. Avant l’arrivée des antibiotiques, les vaches
souffrant de mastite contagieuse étaient parfois traitées
avec leur propre lait (administré par voie sous-cutanée).
Les vaches n’ayant pas ou peu d’inflammation guérissaient
généralement plus rapidement que celles ayant de grosses
boursouflures après l’injection. Les dérivés
de paroi cellulaire de mycobactéries peuvent stimuler l’interféron
gamma pour une durée maximale de deux mois et sont donc applicables
pour les vaches taries ayant une grande quantité de cellules somatiques.
L’utilisation de produits biologiques homologués n’entraîne
pas de délais sur la production du lait. Toutefois, les herbes
médicinales administrées peuvent laisser des résidus
dans le lait en raison de leurs constituants pharmacologiques. Ce problème
doit être examiné de façon plus approfondie par le
milieu scientifique.
À propos de l’auteur
M. Karreman, D. Ph., a reçu son doctorat en médecine vétérinaire
en 1995. Depuis, il a intégré la médecine vétérinaire
complémentaire et alternative (MVCA) avec la médecine conventionnelle
dans 85 cheptels de bétail certifié biologique à
Lancaster, Pennsylvanie. Il est souvent convié à titre de
conférencier dans le cadre de réunions professionnelles
et a rédigé des chapitres pour trois ouvrages scientifiques
portant sur le traitement holistique des vaches laitières. Il a
aussi rédigé son propre ouvrage, intitulé «
Treating Dairy Cows Naturally ». Il a récemment présenté
un exposé au cours de la réunion annuelle de l’American
Veterinary Medical Association.
Tiré du compte rendu de la première conférence internationale
de l’IFOAM sur les animaux dans la production biologique.
© IFOAM, août 2006, autorisation de publier.
English
Affiché en décembre 2007
|