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Les granulés de produits végétaux s’avèrent une bonne idée - L’agriculteur croit que la transformation des cultures comme l’avoine et le panic raide (switchgrass) en biocarburant a un avenir prometteur

Par Frances Anderson, membre du personnel de l’Ontario Farmer, 4 avril 2006

L’automne dernier, le producteur de cultures industrielles Don Nott a reçu un appel téléphonique qui a changé sa vie. L’appelant voulait savoir si Don Nott croyait que les granulés d’avoine qu’il commercialise pouvaient brûler.

Depuis presque dix ans, Nott fabrique des granulés d’écales et d’autres sous-produits de son entreprise spécialisée dans la mouture de l’avoine, mais il ne croyait pas qu’on pouvait les utiliser comme carburant jusqu'au jour où Roger Samson l’a appelé.

Six mois plus tard, on constate que les granulés brûlent proprement en produisant de la chaleur dans les chaudières, et ils sont suffisamment bon marché pour impressionner les serriculteurs. Nott est un homme converti qui se prépare pour la fin de l'ère du pétrole et à un avenir meilleur pour les agriculteurs qui veulent cultiver de l’avoine pour produire des carburants à court terme, et éventuellement du panic raide (switchgrass).

« L’agriculture a un avenir prometteur pour certaines raisons assez ténébreuses », dit Samson avec sarcasme en déclarant : « un jour, les producteurs de cultures herbagères de l’Amérique du Nord produiront plus de carburants que les sables bitumineux ».

Au cours des 15 dernières années, Samson a tenté de promouvoir les biocarburants à titre de membre fondateur et directeur exécutif de l’organisme de charité sans but lucratif REAP Canada (Resource Efficient Agricultural Production) ayant pour objectif de mener des activités de recherche. Les étoiles se sont finalement alignées puisque les coûts énergétiques sont à la hausse, la technologie utilisée pour brûler ces carburants a évolué considérablement, et les biocarburants préservent davantage la couche d’ozone, comparativement aux produits pétrochimiques. « Nous travaillons actuellement en utilisant quatre différents types de chaudières industrielles », mentionne Nott.

Les aspects économiques de la production de cultures industrielles constituent également un facteur à prendre en compte. Nott n'avait pas d'autre choix que de cultiver du maïs à perte; il a donc dû vendre plusieurs milliers d’acres de terrain et il est en train de vendre son équipement de production de cultures industrielles. Il fera exécuter le travail à contrat sur les autres 5 300 acres.

Quatre cents de ces 5 300 acres serviront à une importante expérience de culture du panic raide. Pourquoi? Les recherches effectuées par Samson permettent de croire que c’est le choix le plus éconergétique.

Et Nott mentionne qu’il n’y a pas assez de granulés d’avoine en Amérique du Nord pour répondre aux besoins futurs de l’industrie de la biomasse.

Nott demande actuellement 105 $ pour une tonne de ses granulés combustibles « densifiés » et prévoit que les serriculteurs peuvent s’attendre à en utiliser 0,82 tonne par jour en moyenne, sur une période de 12 mois, pour chauffer une acre de cultures herbagères. Il en coûte donc quotidiennement moins de 100 $ l’acre pour chauffer les cultures herbagères sur une période de 365 jours. « Notre coût d’exploitation se situe actuellement à 2 $/gigajoule (y compris le coût de livraison) au-dessous du prix au comptant actuel du gaz naturel, ce qui représente environ 9,5 $/gigajoule », affirme Nott. (Un gigajoule est équivalent à 943 000 BTU.)

Le panic raide est une plante vivace de saison chaude provenant du Centre-Ouest. Il met du temps à s’établir, mais il peut vivre pendant 20 ans. Les espèces de Caven Rock que Nott a achetées atteindront une hauteur de six à sept pieds. L’agriculteur discute avec son agronome et avec le chercheur de la façon de planter les semis, soit en semant des graines détachées comme pour la luzerne et en utilisant ensuite un tasseur, soit en utilisant la technique du faux semis sur planches d'ensemencement sans labourer le sol pour enfouir les graines. On doit utiliser une planche de semis solide.

La récolte constituera le prochain défi puisqu’on dispose d’une plage de temps très restreinte pour couper et mettre en balles la récolte après le premier gel. Nott se propose de faire un essai en laissant sécher le panic raide en andain pendant l’hiver, et en le retournant au printemps alors que tous les autres sont en train de travailler la terre.

Entre-temps, Nott a acheté 50 balles de panic raide d’un producteur de l’Est de l’Ontario et a l’intention de tenter de fabriquer des granulés cet été.

Nott tente de faire preuve de prudence, mais Samson est zélé. « Je pense que c’est la nouvelle occasion la plus importante pour les agriculteurs de l’Ontario… La solution pour le secteur agricole est de créer de nouveaux marchés non alimentaires avec capacité de production prouvée », mentionne Samson avec enthousiasme.

« Aux États-Unis, on a cultivé un million d’acres de terrain dans le cadre des programmes de retrait des terres; ce n’est donc pas un nouveau type de culture en Amérique du Nord. C’est la même chose que de cultiver la fléole des prés ».

Le chercheur encourage les agriculteurs à « planter des semis sur de petites superficies s’ils veulent l’essayer ». Ils devront peut-être mélanger le panic raide avec du foin pour les vaches taries ou ils devront peut-être le vendre dès le départ pour la paille; mais, ajoute-t-il, « nous sommes confiants que le marché verra le jour ».

« Nous croyons que l’agriculteur doit être payé 75 $/TM pour les cultures herbagères livrées à l’usine pour que cela en vaille la peine », mentionne Samson. On suppose un rendement de 10 T/hectare ou 4 T/acre. « Vos coûts d’intrants sont réellement bas et la machinerie agricole est probablement très utilisée à cette période de l'année (en fin de printemps) ».

Nott cultivera du panic raide uniquement pour sa valeur en carburant, et on n’a pas élaboré de dossier d'incitation gouvernementale concernant son analyse de rentabilisation. « Si vous attendez que le gouvernement prenne des mesures quelconques, vous n'allez nulle part », mentionne-t-il.

Mais Samson entrevoit des possibilités au niveau des crédits pour le carbone. « Ces cultures herbagères sont comme des sources de carbone en boucle fermée. » On observe que certaines émissions sont associées aux récoltes, mais 93 pour cent du carbone se retrouve dans la boucle, principalement dans le système radiculaire.

Étant donné l’engagement du premier ministre Stephen Harper à mettre en œuvre une solution « élaborée au Canada » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au Canada, Samson prévoit recevoir 10 $/T pour chaque tonne de CO2 stockée. Il y a 12 tonnes de CO2 qui sont stockées dans huit tonnes de systèmes radiculaires pour chaque hectare de panic raide. Ceci pourrait donc représenter un paiement supplémentaire de 120 $/hectare pour les producteurs de panic raide.

« Cette mesure pourrait fortement encourager la production de biomasse », mentionne Samson.

En fait, REAP estime que les agriculteurs de la province pourraient rapidement convertir 1,5 million d’acres pour produire des biocarburants, en utilisant 10 pour cent des terrains de cultures industrielles et un tiers des superficies de cultures fourragères. À un taux de quatre tonnes par acre, ceci permettrait de produire six millions de tonnes de biocarburant, soit l’équivalent de 18 millions de barils de pétrole, ce qui est suffisant pour chauffer deux millions de maisons.

Alors que Samson est dans la course, les objectifs de Nott sont plus modestes. « Nous ne serons pas en mesure d’offrir un produit avant deux ans. Même si notre production s’élevait éventuellement à un tiers de celle des entreprises qui exploitent des serres, il faudrait 50 000 acres de panic raide », mentionne Nott.

Pour cette raison, « nous devons mettre en service une usine de fabrication de granulés ». L’usine serait « entièrement éconergétique » puisqu’on utiliserait la biomasse pour produire de l’électricité ou la puissance de la vapeur pour fabriquer des granulés.

Et puisque le coût de transport de la biomasse est élevé, on devrait la stocker directement dans l’arrière-cour des utilisateurs industriels.

 

 

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