
Les éleveurs biologiques apprécient le nouvel Indice de
sélection des taureaux
La recherche montre que les producteurs biologiques mettent
plus d’accent sur les caractéristiques fonctionnelles et
la facilité de vêlage
par Frances Anderson, journaliste au Ontario Farmer
Guelph, Ontario
Les exploitants de fermes laitières biologiques qui cherchent
des caractéristiques génétiques différentes
chez leurs animaux disposeront bientôt d’un nouvel indice
de sélection pour les aider à choisir leurs taureaux géniteurs.
La généticienne spécialisée en bétail
laitier Paola Rozzi a commence à travailler à ce projet
à la fin 2003, grâce à une subvention de l’OntarBio
Organic Farmers Co-op Inc. « J’avais besoin de données
normalisées », précise-t-elle.
Elle a opté pour du lait MCR aux fins de comparaison parce qu’il
s’agit d’une mesure de production qui tient compte de la race,
de l’âge et de la période de lactation.
Rozzi a commencé par une étude approfondie auprès
de 18 exploitants laitiers biologiques, soit la moitié des producteurs
laitiers bios de la province à l’époque. Elle a mené
des entrevues de deux heures avec eux et obtenu leur permission d’utiliser
les données de production émises par la Dairy Herd Improvement
Association « afin de voir ce qu’ils obtiennent et ce qui
les différencie des fermiers classiques. »
En moyenne, les éleveurs biologiques ontariens qui ont fait l’objet
de cette étude ont produit 20 % de lait de moins par vache (1,9
kg de moins) que les producteurs classiques. « Ça correspond
aux données des autres pays », ajoute Paola, qui collabore
étroitement avec des chercheurs en production laitière biologique
d’Allemagne, de Suisse et dernièrement de Scandinavie.
Cependant, Rozzi a également divisé les producteurs bios
en trois groupes distincts fondés sur leur niveau de production,
car elle a constaté des différences marquées en matière
de reproduction et de choix des races.
Les quatre producteurs biologiques affichant la production la plus élevée
(près de 9 500 kg de lait) avaient des numérations des cellules
somatiques plus faibles (244 000), un moins grand nombre de têtes
(44 en moyenne) et une plus grande superficie de pâturages et en
foin par vache (1,8 ha ou 4,5 acres).
En comparaison, les six producteurs biologiques affichant la production
la moins élevée par vache (environ 7 000 kg de lait) avaient
des numérations de cellules somatiques plus élevées
(368 000), davantage de vaches (55) et un demi hectare (1,6 acre) de moins
en pâturages et champs à foin par vache (1,2 ha ou 2,9 acres).
Fait intéressant à noter, le groupe avec la production la
plus faible était en production biologique depuis plus longtemps
–– 18 ans en moyenne –– que le groupe avec la
production plus élevée dont les membres avaient été
certifiés il y a seulement quatre ans, en 2000.
Les trois groupes distincts avaient également des pratiques différentes
pour la reproduction. Le groupe à production élevée
recourrait à 100 % à l’insémination artificielle
et élevait uniquement des vaches Holstein (100 %). Toutefois, plus
les fermiers avaient pratiqué l’agrobiologie sur une longue
période, plus ils avaient expérimenté l’insémination
naturelle et les croisements.
Neuf pour cent des vaches dans le groupe à production moyenne étaient
issues de croisements, la plupart avec des Brunes des Alpes, et le recours
à l’IA avait diminué à 76 %. Dans le groupe
à la production la plus basse, 43 % des vaches étaient issues
de croisements, la plupart avec des Shorthorns laitières, et l’IA
avait baissé à 60 %.
« Ce sont des petits échantillons; il faut donc prendre ces
moyennes avec un grain de sel », prévient la chercheure.
« Je me suis intéressée aux différences seulement
lorsque j’observais un gradient. » Cependant, lorsqu’elle
a demandé aux éleveurs biologiques de classer leurs priorités
en matière de sélection génétique, les réponses
des trois groupes ont été très similaires et très
éloignées de celles des exploitants classiques.
Pour les producteurs biologiques de l’Ontario, la sélection
se fonde à 70 % sur les caractéristiques fonctionnelles
et à seulement 30 % sur la production. Ils accordent davantage
de priorité à la facilité de vêlage, à
la persistance et à la capacité de lactation que les producteurs
classiques, qui fondent leurs choix à 60 % sur la production et
à 40 % sur la fonction.
Les producteurs biologiques ontariens ont montré des priorités
de sélection assez semblables à celles des producteurs bios
suisses, qui utilisent un indice de sélection biologique depuis
deux ans.
« Les fermiers classiques des pays scandinaves pratiquent la sélection
pour les caractéristiques fonctionnelles depuis encore plus longtemps
», ajoute Rozzi. « Maintenant, on sait ce qu’ils recherchent.
C’est un groupe trop petit pour bénéficier d’un
programme de sélection spécialisée. La seule chose
que l’on peut faire, c’est de classer les taureaux dans un
indice qui reflète les besoins des fermiers biologiques. »
Facilité de vêlage, capacité laitière, et une
longue courbe plate de lactation (persistance de lactation) sont des priorités.
« On est encore en train d’essayer de mettre au point une
mesure pour la capacité », commente Rozzi, laissant entendre
qu’elle pourrait résulter d’une combinaison de caractéristiques
incluant le critère de hauteur (frame score).
Rozzi a déjà présenté les résultats
de sa recherche en Allemagne et au FiBL, le centre de recherché
biologique de la Suisse, ainsi qu’à la Guelph Organic Conference.
Elle fera une présentation lors du colloque sur l’élevage
laitier biologique organisé au Collège d’Alfred au
début d’avril.
Rozzi indique qu’elle veut rencontrer à nouveau les producteurs
laitiers biologiques pour travailler sur le critère de capacité
avant d’élaborer un classement des taureaux reproducteurs
destinés à ce type d’élevage. Elle aura tout
de même une liste de taureaux à recommander d’ici l’été
2005.
Les producteurs laitiers biologiques ne seront pas les seuls à
tirer parti de ces renseignements. Ils devraient également être
utiles pour les producteurs classiques exploitant des pâturages
intensifs.
Cet article a été publié à l’origine
dans l’Ontario
Farmer, le 22 mars 2005
© Copyright 2005, Sun Media Corporation
Indice de sélection
pour les fermes laitières biologiques en Ontario
Reproduit avec autorisation
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