
Mélanges de culture et transplantation biologique
par Rupert Jannasch
Les mélanges à transplantation qui produisent invariablement
des plantes robustes et à croissance rapide sont un élément
important pour la culture réussie de légumes. En agriculture
biologique, l’interdiction de recourir à des fertilisants
classiques et l’utilisation courante de composts débouche
sur un terreau de qualités et de consistances variées. Nous
donnons ci-dessous quelques conseils de production qui vous aideront à
assurer un bon départ à vos plants. La clef de la réussite
repose sur une action précoce.
Pourquoi se dépêcher? Parce qu’il faut du temps aux
matières inertes comme le sable et la tourbe pour se mélanger
à des ingrédients actifs sur le plan organique comme le
compost et former un mélange homogène. Ce temps de stabilisation
améliorera la structure du sol, et l’azote, présente
sous forme d’ammonium, se transformera en nitrate. Une préparation
précoce fournit le temps nécessaire pour tester le sol et
ajuster éventuellement la teneur finale en éléments
nutritifs. Le mélange demande au moins trois mois pour vieillir
et se stabiliser.
Peut-on acheter du mélange terreux? Oui, mais il faut se méfier
des produits commerciaux qui s’affichent comme « biologiques
» sur les emballages. Dans une exploitation biologique certifiée,
le mélange doit être approuvé par votre certificateur.
Le produit devrait être exempt de mauvaises herbes et de pathogènes,
avec une teneur modérée en éléments nutritifs
afin de produire des plants robustes sans trop de parties aériennes.
Bien entendu, le sol ne devrait pas contenir de fongicides synthétiques.
Méfiez-vous des dépliants publicitaires qui présentent
des données impressionnantes en matière de croissance ou
de pousse aérienne pour mousser la vente. On ne peut nier que les
feuilles et les tiges sont essentielles, mais des racines robustes sont
plus importantes pour le développement d’un plant en conditions
de culture bio.
Le compost est-il nécessaire? L’éloignement accru
entre cultures biologiques et activités d’élevage
a entraîné une baisse de l’approvisionnement en compost
de fumier. De plus, la qualité du compost dépend des matières
compostées, et on ne dispose pas toujours d’une analyse fiable
des nutriments. Par conséquent, nombre de producteurs ont recours
à des ingrédients de substitution comme les extraits d’algues
marines, les émulsions de poisson et autres sources de nutriments
concentrés qui peuvent répondre en partie à leurs
besoins. Ils viennent s’ajouter aux apports courants de suppléments
comme la chaux (calcium), la farine d’os (phosphore) ou même
la farine de sang (azote) et les sables verts (potassium) en plus de la
terre de champs ou de jardin.
Le site Web dont l’adresse apparaît à la fin du présent
article décrit plusieurs mélanges de sols sans compost.
Cependant, on n’encourage pas les apports de matière brute
sans compost dans les cultures biologiques. La recherche indique que le
compost peut agir autant comme agent de croissance que de lutte contre
les maladies. Même si on tend à surestimer parfois cet aspect,
il ne faut pas non plus en minimiser l’intérêt. Il
semble raisonnable de penser que si une plante est censée pousser
dans une terre biologiquement active, elle devrait également démarrer
dans des conditions semblables.
Les exploitations biologiques parviennent à l’équilibre
par la biodiversité. Il faut admettre que le compost peut introduire
une maladie dans une serre, mais en règle générale
un mélange de sol bien mûri, riche en bactéries, en
mycoflore et en matière organique fera davantage pour la prévention
des maladies que le contraire. Prendre des raccourcis pour éviter
le compost peut se retourner contre vous. Le risque demeure toutefois
car en agrobiologie on dispose de moins de solutions en matière
de pesticides naturels.
Doit-on pasteuriser les mélanges à repiquage? Si on a manqué
de rigueur, la stérilisation peut être une option, mais cela
va à l’encontre des objectifs de la culture bio. Selon le
maître jardinier Eliot Coleman, « des semis qui pourrissent
ou autres problèmes du genre, attribués généralement
à un sol non stérilisé, résultent en fait
d’une suite d’erreurs fréquentes comme l’arrosage
exagéré, un manque de circulation de l’air, un manque
de soleil ou la sur-fertilisation. »
Un bon compost doit mûrir. L’élément clé
d’un bon compost est le type d’azote qu’on y trouve.
Le processus de décomposition doit être avancé au
point où les microbes n’ont plus besoin d’azote pour
décomposer de la matière comme la paille. D’autre
part, cela dépend également de la forme sous laquelle on
trouve l’azote, ammonium ou nitrate. Une teneur élevée
en ammonium peut nuire au feuillage et aux racines et ralentir la croissance.
La plupart des repiquages de légumes, mais pas tous, réussissent
mieux lorsqu’il est sous forme de nitrate. Il faut 3 mois après
l’étape active de compostage pour que l’ammonium se
convertisse en nitrate. Si on ajoute trois mois pour que le mélange
à transplantation se stabilise, on aboutit à 6 mois pour
commencer à l’utiliser.
N’oubliez pas les racines! On n’insistera jamais assez sur
l’importance de systèmes radiculaires sains en production
bio. Prenez un plant de concombre dans une pépinière de
banlieue et il y a des chances pour qu’il ait l’air en bonne
santé. Retirez-le de son pot et vous ne verrez pas ce qui devrait
se trouver sous la surface du sol. Pas de racines, à peine quelques
maigres filaments dégarnis! Souvent le résultat de trop
de lait maternisé –– les fertilisants solubles utilisés
sur les semis.
Dans un sol biologique, un plant aux racines mal développées
n’aura pas un avenir prometteur. Les risques d’erreur sont
encore plus grands dans une exploitation classique parce qu’un plus
grand nombre de fertilisants à action rapide sont à la disposition
de l’agriculteur.
Souvenez-vous de la règle de l’art en agrobiologie : «
Nourrir le sol pas la plante ». Les plants repiqués doivent
être équipés pour aller chercher les nutriments, et
un système radiculaire bien développé leur est essentiel.
Une publication riche de renseignements sur les mélanges de culture
destinés à la production certifiée biologique qui
détaille une large gamme d’ingrédients, notamment
des recettes avec et sans compost est disponible sur le site de Appropriate
Technology Transfer for Rural Areas (ATTRA) ici.
Rupert Jannasch, M.Sc., P.Ag. est consultant pour le Centre d’agriculture
biologique du Canada (CABC). Veuillez transmettre vos commentaires et
questions par téléphone au (902) 893-7256 ou par courriel
à l’adresse oacc@nsac.ca.
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