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Semis : labourer ou ne pas labourer?

Par Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.

En matière de décisions à propos du travail du sol de printemps, il est toujours question de compromis. Le travail du sol remplit plusieurs objectifs bénéfiques dans la lutte contre les mauvaises herbes et dans la préparation des lits de semences. En revanche, il consomme beaucoup de temps, d’énergie et d’eau en plus de réduire potentiellement la qualité des sols.

Jennifer Bromm a interrogé de nombreux producteurs biologiques de la Saskatchewan sur leurs modes de labour. Elle a découvert qu’un judicieux travail du sol printanier faisait souvent partie de leurs systèmes de gestion agricole. Ces producteurs y avaient plus souvent recours lorsque les champs étaient envahis de mauvaises herbes, si ce qu’ils cultivaient n’opposait qu’une faible concurrence aux adventices ou si les sols étaient froids et humides.

Un labour hâtif de printemps réchauffe et assèche le sol, et stimule la germination des adventices. Un labour plus tardif, après l’émergence des mauvaises herbes, les détruit et laisse un lit de semences propre et allégé. Dans des champs très infestés, ou pour des cultures particulièrement faibles au plan de la concurrence aux adventices, certains producteurs pratiquent une série de labours légers avant de semer. Chaque intervention élimine une vague de semis d’adventices et stimule la vague suivante. À des intervalles de 5 à 10 jours, ce type de travail peut réduire radicalement la population d’adventices. Un travail répété du sol l’assèche, et on ne devrait y recourir que si l’on dispose d’importantes réserves d’humidité. Jennifer a découvert que la plupart des agriculteurs biologiques qui utilisaient ce mode de préparation des lits de semence (travail du sol pré-semis) étaient situés dans la zone des sols noirs les plus humides.

Jennifer a également constaté que, dans des sols bruns et bruns foncés plus secs, les producteurs biologiques étaient plus préoccupés par la conservation de l’humidité du sol. Dans les sols plus secs, les techniques utilisées comprenaient un hersage hâtif en vue de stimuler la germination, avec un tasseur couplé à la herse afin de diminuer les risques d’érosion et de conserver davantage d’humidité. Le tasseur favorise encore plus la germination des adventices qui sont enlevées lors du sarclage précédant les semailles.

Dans des sols plus chauds, quelques producteurs préfèrent retarder le travail du sol jusqu’à ce que les mauvaises herbes soient assez hautes. Ils hersent alors, puis sèment. Un hersage intensif peut ramener les roches à la surface, refermer les craquelures du sol et réduire d’autant les pertes d’humidité.

Des agriculteurs biologiques sont conscients des problèmes que peut causer le travail du sol. Sur des terres où il y a déjà des risques d’érosion hydrique ou éolienne, il peut accroître ces risques. Le travail du sol réduit également l’activité des organismes du sol, particulièrement des champignons mycorhiziens qui jouent un rôle essentiel dans le cycle des éléments nutritifs du sol. D’autre part, le travail du sol utilise des combustibles fossiles. Le travail du sol pré-semis retarde les semailles, ce qui peut entraîner des problèmes au moment de la récolte.

Plusieurs fermiers biologiques interviewés par Jennifer ont confirmé qu’ils avaient globalement diminué le travail du sol, le réduisant au minimum et l’évitant totalement avec les sols légers et au cours des années de sécheresse. La plupart du temps, ils ne pratiquent plus de labour pré-semis, préférant semer avec un disque, un cultivateur et un semoir, ou à l’aide d’un semoir pneumatique. Ce travail limité du sol pendant les semailles semble suffisant pour réduire les populations d’annuelles d’hiver et de mauvaises herbes à levée hâtive, pour aérer le sol et pour enterrer les résidus de cultures.

La plupart des producteurs biologiques qui n’ont pas recours au travail du sol pré-semis sèment assez tôt – certains, dès qu’ils sont en mesure de conduire leur tracteur dans les champs. Le semis direct sans labour est plus courant sur du chaume de pois ou de céréales que sur du chaume de lin ou de chanvre. Des semailles hâtives peuvent permettre à la culture de lever avant les adventices, ce qui lui donnera un avantage substantiel. Ceci est particulièrement efficace si les principales mauvaises herbes sont des espèces à levée tardive, comme l’amarante à racine rouge ou la sétaire verte. Dans le cas de la folle avoine, il est particulièrement important que la culture ait une longueur d’avance au plan de la pousse, car la folle avoine qui lève avec la culture ou avant est beaucoup plus concurrentielle que celle qui lève plus tardivement.

Certains agriculteurs « écrèment » – ils pratiquent un travail du sol à l’aveugle ou de pré-émergence – à l’aide d’un labour léger, d’un arrachage mécanique, du passage de la roue rotative à pointes ou de la herse pour éliminer les mauvaises herbes de surface. Programmée au bon moment, cette méthode diminue la concurrence des adventices tout en réduisant le temps où le sol est laissé à nu. Il faut être attentif au moment choisi et à la profondeur du travail pour éviter d’endommager les semis. Cette technique est plus appropriée pour des cultures dont le point végétatif est plus profondément enfoui.

La technique du sans-labour a évolué en « partenariat » avec les herbicides. Les agriculteurs biologiques cherchent des façons de réduire les incidences néfastes du travail du sol sans recourir aux herbicides. Ce qui signifie, notamment, que l’on évite de travailler le sol lorsque le temps est sec et que l’on pratique un labour le moins intensif possible dans la lutte contre les adventices. Cela passe également par des solutions a long terme visant à réduire l’érosion –– accroître la matière organique par l’apport de fumiers verts, établir des plantations brise-vent et, si on a suffisamment d’humidité, planter des cultures de couverture.


Les entrevues avec des agriculteurs citées ici ont été menées par Jennifer Bromm, B.Sc, A.Ag., alors qu’elle était technicienne en recherche au CABC (Centre canadien d’agriculture biologique). Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est adjointe à la recherche et à la vulgarisation au Centre d’agriculture biologique du Canada au Collège d’agriculture de l’Université de Saskatchewan. Elle attend vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel à brenda.frick@usask.ca.


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Affiché en décembre 2007

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