
Le grand saut vers le bio!
Andy Hammermeister Ph.D., P.Ag.
Tout agriculteur qui est passé d'un système conventionnel à un système
sans labours sait que la transition est truffée d'embûches. Initialement,
on s'imagine qu'il suffit de se procurer un nouveau semoir et une nouvelle
désherbeuse. Mais à mesure que l'on avance dans la transition, on se rend
compte qu'il faudra vraisemblablement changer sa vision de l'agriculture
et même changer son système de production tout entier.
Bon nombre des pratiques et des connaissances de base doivent être modifiées.
Par exemple, les conditions des lits de semences font en sorte qu'il faut
revoir la gestion des résidus, de même que la profondeur et le calendrier
des semis. La gestion des mauvaises herbes doit également être modifiée,
ce qui a une incidence sur le calendrier de travail. Les champs sont aussi
affectés par la transition. Le profil des mauvaises herbes, l'état physique
du sol et la fertilité s'ajustent en fonction des nouvelles conditions
de régie. On cherche alors de nouvelles cultures, de nouvelles variétés
et de nouveaux assolements mieux adaptés au nouveau système. De plus,
à mesure que l'on en apprend davantage par essais et erreurs, on s'aperçoit
que la machinerie et les concepts avec lesquels on a toujours travaillé
doivent être remisés ou écartés.
Bien sûr, la transition en tant que telle peut être réalisée rapidement.
Mais le sol, les mauvaises herbes et les mentalités prennent du temps
à s'adapter. On s'interroge sur la pérennité du système, tant au chapitre
des sols que du compte bancaire. Comment gérer les mauvaises herbes, les
insectes et les maladies? Comment maximiser la fertilité du sol? Quel
sera le rendement des cultures? Quels changements faut-il apporter aux
cultures et aux rotations? À quoi peut-on s'attendre pendant la transition?
Pour répondre à ces questions, les agriculteurs commencent par discuter
avec leurs collègues, avec des spécialistes de la vulgarisation et d'autres
intervenants. Certaines questions, par contre, sont plus complexes. Il
faut alors se tourner vers les chercheurs scientifiques qui réalisent
des expériences et organisent des journées de vulgarisation agricole.
La transition de l'agriculture conventionnelle à l'agriculture biologique
soulève le même genre de questions. La gestion des résidus et les rotations
deviennent des questions primordiales pour le contrôle des mauvaises herbes,
des insectes et des maladies. La fertilité des sols et le profil des mauvaises
herbes changent également graduellement (et parfois même brusquement).
Il faut mettre au rancart l'équipement et les concepts anciens et adopter
une nouvelle façon de penser. Il faut modifier ses techniques d'ensemencement,
de gestion de la fertilité des sols et de désherbage. Il faut demander
conseil aux agriculteurs qui ont complété la transition, aux spécialistes
de la vulgarisation et aux chercheurs.
Les questions soulevées au moment de la transition vers l'agriculture
biologique sont similaires à celles qui surviennent lors de la transition
vers un système sans labours. Des ressources sont aujourd'hui mises à
la disposition des agriculteurs intéressés à se convertir à la régie biologique :
des manuels de production, des ateliers, des cours en ligne des bulletins
technologiques, des spécialistes de la vulgarisation et, bien entendu,
des collègues ayant réussi la transition et qui sont disposés à faire
part de leur expérience. En outre, de nombreux chercheurs de partout au
pays consacrent une partie de leur temps à étudier les systèmes de production
et de gestion sous régie biologique.
À l'aide du financement octroyé par le CRSNG et des organismes de financement
provinciaux, un projet mettant à contribution plus de 20 chercheurs,
40 étudiants et techniciens et 70 agriculteurs canadiens a été
mis en oeuvre en vue de répondre à ces questions. Les résultats sont les
suivants : La gestion de la fertilité doit tenir compte à la fois
de l'historique des cultures au moment où la transition est entreprise,
de l'incidence des rotations existantes sur la fertilité du sol et de
la quantité d'éléments nutritifs fournis par les amendements ou les résidus
de labour. Une gestion attentive est nécessaire pour éviter les problèmes
liés à la carence en phosphore. En ce qui a trait à la susceptibilité
à l'érosion, il n'existe aucune différence entre les terres biologiques
et les terres conventionnelles. L'élément le plus important à cet égard
est la fréquence des plantes fourragères dans les rotations (sans égard
à la régie).
Les cultures intercalaires peuvent être utiles pour maintenir le rendement
et réduire les risques de mauvaises récoltes. La fertilité du sol peut
avoir une incidence sur la compétitivité des mauvaises herbes. En augmentant
les taux des semis de 25 %, les cultures peuvent mieux faire concurrence
aux mauvaises herbes. Selon le cas, on peut recourir à la désherbeuse
à dents, aux rotations ou aux de traitements à la flamme pour éliminer
les mauvaises herbes. Les insectes comme le doryphore de la pomme de terre
ont des préférences pour certaines variétés de pommes de terre. On peut
contrôler cet insecte en utilisant des produits comme le Spinosad, le
traitement à la flamme ou les produits à base de neem (pas encore disponibles
au Canada).
La recherche dans le secteur biologique s'intensifie au Canada. Consultez
la section Recherche du site
Web du CABC pour en apprendre davantage sur les projets de recherche en
cours et abonnez-vous gratuitement à notre cyberbulletin intitulé Les
amis du bio. Vous pouvez également communiquer avec une association
locale de producteurs biologiques ou un spécialiste de la question.
Andy Hammermeister, Ph.D., P.Ag., est associé de recherche au Centre
d'agriculture biologique du Canada (CABC) et travail à la direction générale
nationale de l'organisme, dans les bureaux du Nova Scotia Agricultural
College. Il sera heureux de répondre à vos questions relatives aux cultures
de grande production biologiques. Pour le joindre, composez le (902) 893-7296
ou écrivez à : ahammermeister@nsac.ca.
Publication : mai 2007
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