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Amender les sols pour une meilleure fertilité

Desiree Jans, Ph.D.

La pérennité des systèmes est l'un des principaux objectifs de la régie biologique.

À cette fin, les producteurs biologiques gèrent la fertilité de leurs sols principalement par le recyclage des éléments nutritifs et de la matière organique provenant de la ferme en y incorporant des engrais verts, des résidus de culture, du compost et du fumier et en variant les rotations de cultures. Une faune microbienne adéquate dans le sol permet également d'assurer la disponibilité des éléments nutritifs pour les cultures futures. Cela dit, l'autosuffisance est une utopie. Éventuellement, certains intrants extérieurs seront nécessaires pour répondre aux besoins précis de certaines cultures. Quels amendements de sol peut-on alors utiliser en régie biologique?

Les normes biologiques sont assorties de listes des substances autorisées. Il importe de s'informer auprès de son organisme de certification avant d'utiliser quelque amendement que ce soit puisque la liste des substances autorisées varie d'un organisme à l'autre et avec le temps. Le projet de Norme nationale du Canada sur les systèmes de production biologiques, rédigé en 2005, établit certains critères d'identification des substances autorisées. En général, les substances autorisées ne doivent pas nuire aux organismes utiles présents dans l'agroécosystème, épuiser des ressources non renouvelables, compromettre la qualité de l'eau ou de l'air, ni mettre en péril la santé des êtres humains. Certaines substances sont absolument interdites. C'est le cas notamment de tout matériau issu de la manipulation génétique, des engrais et du compost contenant des substances de synthèse prohibées et des boues résiduaires. 

Avant d'utiliser un amendement de sol, il faut l'avoir identifié comme « nécessaire », c'est-à-dire qu'il existe une insuffisance spécifique malgré l'application des meilleures pratiques de gestion biologique (rotation des cultures, engrais verts, etc.), par exemple, si les essais réalisés sur des échantillons de sol démontrent qu'un apport en magnésium est nécessaire pour répondre aux besoins en micronutriments d'une culture de pommes de terre. L'utilisation d'une source de manganèse biologique homologuée pourrait, en ce cas, être justifiée. 

Autre considération d'importance : la source et la production de la substance choisie. Les amendements de sol peuvent être d'origine végétale, animale, microbienne ou minérale et peuvent être produits au moyen d'un processus physique (mécanique ou thermique), enzymatique ou microbien (compostage ou digestion).

Alfalfa pellets. Photo by Andy HammermeisterLes substances de source vivante (donc renouvelable) sont privilégiées et sont aussi diversifiées que le fumier de compost et les différents sous-produits dérivés des opérations de transformation. Les substances suivantes constituent des exemples de substances autorisées dérivées de source végétale : les granules de luzerne (3,5 % d'azote, 1 à 4 % de potassium et des oligo-éléments), le tourteau de soja (7 % d'azote, des petites quantités de phosphore, doit être de source biologique) et la farine de varech (1 % d'azote, 2 % de potassium et des micronutriments). Les substances de source animale autorisées incluent : la farine de sang (11 % d'azote, doit être stérilisée), la farine de poisson (10 % d'azote et 6 % de phosphore) et la farine de plumes (7 à 13 % d'azote).

Plusieurs minéraux extraits peuvent également être utilisés dans une exploitation agricole biologique. Les substances autorisées ne sont pas transformées ni fortifiées au moyen de produits chimiques de synthèse et n'ont subi aucun changement en ce qui a trait à leur structure moléculaire au moyen d'un traitement thermique ou d'une combinaison à une autre substance. Les minéraux extraits autorisés incluent : la chaux calcitique (70 % de carbonate de calcium), le phosphate colloïdal (20 % de phosphate) et la langbéinite (27 % de soufre, 22 % de potasse et 11 % de magnésium).

Quand vient le temps de choisir un amendement de sol, il importe de vérifier les apports en éléments nutritifs des produits sélectionnés. Dans le cas des substances à décomposition lente, il existe un écart important entre la quantité totale d'éléments nutritifs apportés et la quantité disponible immédiatement après l'application. Par exemple, le phosphate sous forme minérale contient, au total, entre 20 et 30 % de phosphate, mais seulement 2 à 3 % de phosphate est disponible la première année. 

Il faut également tenir compte de la forme sous laquelle l'élément nutritif est présenté sur l'étiquette. Ainsi, la norme dans l'industrie des engrais chimiques veut qu'on liste le phosphate (P2O5) et la potasse (K2O), tandis que dans l'industrie des aliments pour animaux, on liste plutôt le phosphore élémentaire et le potassium élémentaire. Or, il existe des différences dans les étiquettes d'un même produit selon qu'il est destiné à amender le sol ou à nourrir les animaux. Par exemple, une des deux étiquettes indiquerait 2,3 fois plus de phosphate que l'autre. Dans le même ordre d'idées, une des deux étiquettes indiquerait une quantité de potasse 1,2 fois supérieure à la quantité de potassium élémentaire. Conclusion : une teneur qui semble plus élevée ne l'est pas nécessairement dans les faits!

Le tableau ci-dessous présente un résumé des besoins en amendements pour répondre aux exigences des cultures cette année :

Tenez compte de la quantité « disponible » de l'élément nutritif contenue dans l'amendement et utilisez la même forme de l'élément pour toute l'équation.

Taux d'application de l'amendement (kg/ha) = « quantité requise de l'élément (kg/ha) » divisé par la « quantité contenue de l'élément dans l'amendement (kg/kg) »

Par exemple :  le phosphate colloïdal contient 20 % de P2O5 total, mais seulement 3 % de P2O5 disponible. Donc, si votre rapport d'analyse de sol indique que votre culture nécessite 6 kg de P2O5/ha, le calcul ci-dessous s'impose : 

Taux d'application de l'amendement (kg/ha) = 6 kg P2O5/ha divisé par 0,03 kg P2O5/kg phosphate colloïdal

Taux d'application (kg/ha) = 200 kg de phosphate colloïdal/ha


Naturellement, il faut également tenir compte des coûts. Bon nombre d'amendements sont vendus à des coûts prohibitifs pour une utilisation à grande échelle. Cela dit, il ne faut pas oublier que l'épuisement des réserves en éléments nutritifs du sol a des conséquences graves à long terme en ce qui a trait à la fertilité du sol. Songez à inclure dans vos rotations plus de cultures régénératrices du sol et moins de cultures exigeantes.

La plupart des renseignements sur les produits contenus dans le présent article ont été tirés du site ACORN Directory of Allowable Organic Inputs (http://www.acornorganic.org/acorn). Le site, en anglais seulement, constitue néanmoins une excellente source de renseignements sur les produits disponibles dans le commerce et les distributeurs au Canada. 

 


Desiree Jans, Ph.D., est formatrice Web pour le Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC). Pour en savoir davantage sur les cours offerts par le CABC ou pour nous faire part de vos commentaires, composez le 902-893-7256 ou écrivez-nous à oacc@nsac.ca.

 

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