Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC) Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC)

Page d'accueil du CABC

Un agriculteur biologique de l’Alberta mérite un titre exceptionnel

par John Dietz

L’adoption de techniques de production biologique peut favoriser la survie, voire la prospérité d’une exploitation agricole. La tâche peut toutefois être complexe. L’agriculteur albertain qui a mérité le titre de jeune agriculteur de l’année en 2003 a maîtrisé les mauvaises herbes grâce à la culture intercalaire et à l’utilisation d’un nettoyeur-séparateur sur place.

Steven dans un champ de seigle

Steve Snider, d’Edberg, en Alberta, a été tour à tour président régional de l’Ag Society, diplômé du Olds College (1990) et jeune agriculteur albertain de l’année (2003).

À cela, il faut ajouter un autre titre : producteur déterminé de céréales biologiques.

Avec des membres de sa famille, Steve Snider exploite Little Red Hen Mills (LHRM), près de Camrose. Il utilise des méthodes de culture biologique depuis 1986. Conférencier en demande, il aime enseigner les techniques qu’il a apprises. Depuis nombre d’années, il fait la promotion active de la rotation des cultures et de la production biologique en Alberta et dans d’autres provinces. Il organise des visites régulières de Little Red Hen Mills et y présente les avantages de la culture biologique et les méthodes de rotation qu’il utilise.

La culture biologique et le nettoyage des grains vont comme un gant à la famille Snider. « Comme nous pouvons nettoyer les grains et en faire des grains de meunerie, nous acheminons nos produits directement aux transformateurs. Cela a été crucial au début de l’industrie biologique », déclare-t-il. « Nous vendions principalement en Californie, dans l’État de Washington et l’Idaho – ce qui est encore le cas aujourd’hui. »

Robert, le père de Steve, produisait de la farine de blé biologique dans les années 1970. Il est producteur de semences sélectionnées depuis 1967. L’exposition à des produits chimiques l’ayant rendu malade, il les a éliminés de son exploitation. C’est finalement l’agriculture intercalaire qui, dans les années 1980, est devenue la clé d’une production biologique durable.

La culture intercalaire est une technique de culture simultanée de deux espèces dans les mêmes champs. Après la récolte, LRHM utilise un nettoyeur-séparateur et une table densimétrique afin de séparer les légumineuses des céréales. On pourrait également employer des trieurs en spirale, des séparateurs à tambour rotatif ou des décortiqueurs.

À l’origine, les Snider prévoyaient améliorer la qualité de leur pois de semence. Grâce à la culture intercalaire, la paille céréalière servait de tuteur et les plants de pois restaient au-dessus du sol, exempts de moisissure. Entreposés ensemble, les deux types de graines profitaient de l’humidité de l’autre, lorsqu’un type durcissait. De nos jours, la famille possède 2 080 acres certifiées par l’OCIA, et elle en cultive 1 600. La rotation varie, mais la production biologique occupe approximativement 675 acres, auxquelles il faut ajouter 500 acres d’engrais vert et 425 acres de foin. La culture de blé et de seigle biologiques se fait séparément. D’autres champs sont constamment ensemencés en cultures intercalaires -- toujours une légumineuse (lentilles, pois ou féveroles) et une céréale (avoine, orge, sarrasin ou triticale). Il faut que les légumineuses et les céréales ainsi cultivées arrivent à maturité à peu près en même temps. Elles doivent aussi avoir la vigueur nécessaire pour lutter contre la maladie et les attaques des ravageurs, que la plupart des exploitants combattent au moyen de produits antiparasitaires chimiques.

L’approche choisie par les Snider réduit le choix de semences. « Les variétés anciennes semblent mieux résister à la maladie et aux ravageurs, mais nous devons mener des recherches sur les variétés qui conviennent le mieux à notre système, » ajoute-t-il. Son meilleur mélange de semences est fait de triticale et de féverole. Elles arrivent à maturité presque au même moment et résistent à l’égrenage. Il n’est pas facile de trouver le bon mélange d’orge ou d’avoine avec les pois. Certains pois sont plus sujets à l’égrenage. Il faut que la plante parvienne à maturité avant que les gousses sèchent et éclatent. Les Snider cultivent les pois verts Radley avec l’avoine Derby ou l’orge Bonanza ou Klages. La famille cultive également un pois jaune à cycle court, First-And-Best, avec l’orge Klages.

Steve utilise de l’engrais vert et des engrais biologiques ou des oligoéléments mélangés avec des semences pour fertiliser ses cultures. Le phosphate de roche molle, extrait et granulé dans l’Idaho, est un élément clé. Parfois, il enduit la semence d’un produit émulsifiable à base de poisson ou d’algues marines. Le mélange de Steve contient deux types de semences, un inoculant pour la légumineuse et des oligoéléments ou un engrais biologique. Il plante les semences à l’aide d’un semoir à houe de 30 pieds, en un seul passage. « C’est pas trop compliqué », affirme-t-il.

Le labour
Le labour hâtif des cultures d’engrais vert favorise la fertilité et contribue à la lutte contre les herbes adventices. Mélange d’avoine, d’orge, de pois et de féverole, l’engrais vert de Steve remet des fibres et de l’énergie dans le sol. « Nous mélangeons les quatre afin de maximiser la diversité de la biomasse. Nous obtenons un important tonnage par acre à labourer, » explique-t-il. Il laisse pousser les légumineuses assez longtemps afin de fixer l’azote pour la prochaine récolte. Les céréales ajoutent du tonnage et stimulent la concurrence contre les mauvaises herbes. Le labour s’effectue à la fin juillet, au moyen d’une déchaumeuse de 32 pieds. L’engrais vert est enfoncé à une profondeur de 4 pouces, puis il est tourné de nouveau au besoin. Ancienne terre « traditionnelle » ajoutée à l’exploitation biologique il y a quelques années, son sol est plus meuble et il retient mieux l’humidité. « On n’extirpe pas de grosses mottes, et le sol plus sablonneux a moins tendance à être balayé par le vent. Les labours effectués tous les deux ou trois ans permettent de retourner une forte quantité de fibres », ajoute-t-il. La quantité accrue de fibres compense la perte d’humidité causée par le travail du sol. « Comme notre sol contient plus de fibres, il retient mieux l’humidité », conclut l’agriculteur.

On obtient de meilleurs résultats lorsqu’il y a une poussée de mauvaises herbes au début de mai. Steve se sert alors d’un cultivateur et d’une sarcleuse à tiges à la fin de mai pour éliminer les adventices. Le lendemain ou surlendemain, il plante dans un sol sec, à deux pouces de profondeur. « Les céréales vont se mettre à pousser et prendre le dessus sur les mauvaises herbes. Si les plants précèdent les adventices de 4 ou 5 jours en juin, cela fait toute la différence en ce qui concerne les impuretés, avoue-t-il. « Nous désherbons avant de semer. S’il fait sec ou froid, les mauvaises herbes ne sont pas éliminées. Il faut attendre et attendre. C’est difficile pour tout le monde. »

Les mauvaises herbes
La sécheresse extrême observée en 2001 et en 2002 a mis à l’épreuve toutes les techniques agricoles de la région. Les Snider ont noté la présence accrue de mauvaises herbes, mais cela ne les inquiétait pas. « On peut s’en débarrasser au moment de retourner la terre, et on aura moins d’impuretés. » Les semences et les voisins rendent l’agriculteur biologique volubile. « Le producteur biologique n’élimine jamais les mauvaises herbes : il les gère. Nous nous efforçons de produire des cultures qui peuvent concurrencer les herbes adventices. Il faut une culture dominante pour les supprimer. Il n’y a pas d’excuse pour un champ mal géré. »

Les voisins et les autorités rurales sont mécontents s’ils voient des chardons jonchant la route qui proviennent d’un champ biologique. « Il faut être très diligent, affirme-t-il. Si l’une de vos mauvaises herbes a tendance à prendre la clé des champs, contenez-la le mieux possible. » Il estime que les producteurs biologiques doivent faire des efforts supplémentaires pour maintenir les mauvaises herbes dans les fossés. Il suggère aux agriculteurs de les faucher régulièrement et de les garder propres. Ce genre de comportement contribuera à entretenir de bonnes relations et éliminera le besoin d’arrosages des bords de routes en herbicides qui peuvent nuire à l’agriculteur biologique.

La rotation
Dans un système biologique, la rotation des cultures peut être compliquée. Au fil des années, Steve a essayé la plupart des options. Le système de base, qui a donné d’excellents résultats dans les années 1990, consistait en une rotation de six ans :
1. Labour
2. Seigle d’automne
3. Pois et avoine
4. Labour
5. Blé
6. Pois et orge
« Cette rotation très stable a donné d’excellents résultats », indique-t-il.

L’entreposage de cinq ou six cultures accroît les débouchés et sert d’indicateur de la stabilité financière. La sécheresse récente a incité la famille à adopter une rotation égale entre les cultures et les labours. « De toute évidence, le sol en profite, mais l’exploitation doit s’autofinancer. Elle s’est maintenue jusqu’à présent, » ajoute-t-il.

Les céréales biologiques de meunerie fournissent les meilleurs rendements par acre et par boisseau. Jusqu’à présent, en augmentant la fréquence des labours, la famille hausse à la fois la qualité et la production. Les techniques biologiques semblent assurer la viabilité soutenue du sol à long terme.

La durabilité de la famille à la ferme est une autre paire de manches. « Il y a bien des façons de voir l’aspect économique et la viabilité des exploitations familiales. Selon moi, il n’y a pas qu’une seule réponse, » déclare l’agriculteur. Little Red Hen Mills ne produit pas le même volume que l’exploitation familiale traditionnelle moyenne albertaine. Cependant, elle n’a pas les mêmes frais. « Mon risque et mes intrants sont moins élevés. Nous utilisons nos propres semences, et nos frais d’engrais sont minimes. Les coûts d’équipement sont assez modestes. Le carburant est probablement l’un des intrants les plus élevés par acre, » déclare-t-il. Il se satisfait d’un rendement par acre inférieur, car les bénéfices sont importants pour des produits biologiques de base. Il tire en outre une valeur ajoutée en nettoyant les produits pour en faire des grains de meunerie. « Personne ne travaille à l’extérieur de l’exploitation agricole, » ajoute-t-il. « Nous y vivons et y gagnons notre vie. »

 

Source :
Steven Snider
Little Red Hen Mills
New Norway AB
Courriel lrhm@telusplanet.net
Tél. : 780-855-2164
Cell. 780-608-0905
Robert 780 855-2286

John Deitz est consultant au Centre d’agriculture biologique du Canada. Veuillez lui faire parvenir vos commentaires ou questions au 902-893-7256 ou par courriel à oacc@nsac.ca.

 

 

Haut de la page

© 2006, Centre d'agriculture du Canada (CABC)