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Le combat des petits paysans indiens de l’Andhra Pradesh

par Jennifer Bromm

Après la publication de rapports par des organisations paysannes et d’une étude de trois ans sur ces variétés et leurs effets sur les agriculteurs de la région, trois hybrides de coton Bt ont été bannis des cultures de l’Andhra Pradesh (Inde). L’étude a été rendue publique lors de la conférence Southern Encounters tenue à Hyderabad (Inde) au mois d’avril dernier. J’ai été témoin de cet événement.

Il y a trois ans, l’agro-industrie a commercialisé du coton transgénique en Inde. Les hybrides en question contiennent un gène issu d’une bactérie (Bacillus thuringiensis) qui leur permet de produire une toxine mortelle pour le charançon de la capsule du cotonnier. L’industrie de la biotechnologie alimentaire affirmait que le coton BT promettait d’extraordinaires retombées économiques, particulièrement pour les petits exploitants agricoles.

La Andhra Pradesh Coalition in Defense of Diversity (APCIDD) et la Deccan Development Society (DDS) ont entamé une étude approfondie avec les objectifs suivants :

  1. Déterminer si le coton Bt transgénique remplit les promesses des sociétés productrices de semences de résister efficacement aux infestations de vers des capsules du coton, de diminuer les applications de pesticides, d’augmenter les rendements et d’accroître les bénéfices des fermiers.
  2. Comparer le coton Bt et les cotons non transgéniques en situations de stress, particulièrement en milieux non irrigués, et examiner les contraintes et les problèmes éventuels associés à la culture du coton Bt.
  3. Observer particulièrement les expériences des petits fermiers en cultures sèches (non irriguées).

La plupart des petits agriculteurs indiens ne conservent pas de données détaillées. Les chercheurs ont donc rendu visite aux fermiers chaque soir afin d’archiver leurs activités. Pendant les trois ans de l’étude, les chercheurs ont rencontré de 164 à 220 agriculteurs pour des entrevues structurées qui portaient sur les tendances de revenus et de dépenses de chaque agriculteur quant à la culture de coton Bt et non Bt, l’état des récoltes, les dégâts causés par les insectes et l’utilisation de fertilisants et pesticides.

Les participants ont été choisi au hasard et, dans les résultats, les fermes ont été classées par taille et selon qu’elles étaient irriguées ou en culture sèche.

Le coton Bt a-t-il rempli les promesses lancées lors de son introduction : meilleur rendement, moins de problèmes d’insectes, utilisation réduite des pesticides, hausse des bénéfices? En bref, non.

En trois ans, le rendement du coton Bt va de 65 à 105 % de celui du coton non transgénique. En conditions optimales, les hausses de rendement du Bt ont été négligeables. En situation de sécheresse, les rendements de coton Bt ont été bien inférieurs à ceux de la variété non transgénique. Les bénéfices, lorsqu’il y en a eu, étaient plus importants pour les grands exploitants, et en baisse pour les petites et moyennes exploitations. Par ailleurs, ils ont été plus élevés dans les fermes irriguées et généralement plus faibles dans les cultures pluviales.

Le coton Bt n’a fait ni disparaître les problèmes d’insectes, ni diminuer l’utilisation des pesticides de façon notable. Les agriculteurs qui ont cultivé du coton Bt ont utilisé de 86 à 120 % de la quantité de pesticides utilisés dans les cultures de variétés non Bt. L’utilisation de produits chimiques pour lutter contre le ver de la capsule du cotonnier a diminué légèrement, d’environ 20 %. Malheureusement, les agriculteurs qui ont cultivé du coton Bt ont eu davantage d’infestations d’insectes ravageurs suceurs et ont utilisé plus de produits pour les détruire.

D’autre part, le coton Bt a souffert d’un problème de pourridié de type rhizoctonie presque inconnu dans cette région. J’ai entendu les témoignages de certains agriculteurs qui disaient avoir été incapables de cultiver autre chose dans les champs qui avaient reçu le coton Bt. Ceux dont la récolte de coton Bt avait été un échec et qui croyaient pouvoir se tourner vers d’autres cultures ont découvert que rien ne pouvait pousser.

Sur le plan financier, le coton Bt n’a pas été la réussite prévue. Les agriculteurs qui ont planté le Bt ont payé leurs semences trois fois plus cher que d’ordinaire, et le Bt exige un apport plus grand en fertilisants. Globalement, les agriculteurs ayant cultivé du coton non transgénique s’en sont mieux sortis que leurs collègues ayant planté du Bt. L’une des difficultés associées au Bt est sa plus grande vulnérabilité en conditions rigoureuses : sécheresse, pauvreté du sol, insectes autres que ceux que cible le Bt, maladies. Le coton Bt a bénéficié d’une campagne de marketing agressive à l’endroit des petits fermiers qui vivent dans des terres non irriguées et on l’a présenté comme la solution de leurs problèmes économiques. Même si le coton Bt réserve peut-être quelques promesses dans des conditions idéales, il n’a pas été en mesure de répondre aux besoins des petits fermiers cultivant des parcelles non irriguées.

En 2005, les exploitants furieux des faibles récoltes de centaines d’acres de coton Bt ont pris un représentant de l’industrie agro-alimentaire en otage et ont détruits des stocks de semences. Devant l’échec massif des récoltes et le peu de réactions officielles, les agriculteurs ont perdu toute confiance dans ces semences, dans les grainetiers et dans leur gouvernement. Au mois de mai, ce dernier a pu reconquérir en partie leur confiance en bannissant les hybrides de coton Bt.

Jennifer Bromm est assistante à la recherche au Centre d’agriculture biologique du Canada (CABC). Elle a voyagé en Inde grâce au Fonds de protection de l'agriculture biologique du Saskatchewan Organic Directorate. On peut communiquer avec elle au (306) 966-8380, ou à jennifer.bromm@usask.ca. Pour plus de renseignements, voir www.ddsindia.com.

 

Brenda Frick est coordonnatrice pour les Prairies au Centre d’agriculture biologique du Canada. On peut la joindre au (306) 966-4975 ou à l’adresse brenda.frick@usask.ca.


 

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