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Une réalité biologique – vivre avec les mauvaises herbes

par John Dietz

Organic FarmCombattre la prolifération des mauvaises herbes à l’aide de puissants pulvérisateurs et de produits chimiques est très efficace et, en apparence, satisfaisant. Mais cette approche laissait Ian Cushon face à des « questions » qui lui déplaisaient. Aujourd’hui, c’est un exploitant agricole biologique certifié convaincu que les mauvaises herbes font partie de sa vie.

Étangs, marécages, boisés, espèces sauvages, sols noirs et enfilades de petites collines parsèment le paysage où Ian a grandi, près de la ville d’Oxbow, dans le Sud-Est de la Saskatchewan.

Ian s’est lancé dans l’agriculture avec son frère en 1981, trois ans après avoir terminé ses études secondaires. Quatre ans plus tard, un accident tragique –– la collision du tracteur de son frère et d’un train –– laissait Ian seul pour s’occuper de la ferme. Au bout d’une année, se souvient Ian, il décide de réserver un petit bout de terre « pour voir s’il était possible » de cultiver sans produits chimiques ni engrais. « Avec le temps sec, je me demandais si nos épandages de produits chimiques et d’engrais étaient vraiment rentables. »

Ce n’était pas la seule raison. « Je suppose que c’était une question de philosophie autant que d’économie. J’avais toujours remis en question l’emploi que nous faisions de ces produits. Je croyais qu’à long terme, ce n’était pas si bon que ça pour l’environnement. »

Quatre ans passent, et Ian obtient la certification biologique de ces deux premiers champs émise par la toute nouvelle section saskatchewanaise de l’Organic Crop Improvement Association (OCIA). Aujourd’hui, Ian et sa femme Jo-Anne ont deux jeunes enfants. Les récoltes certifiées biologiques obtenues sur 1 100 acres (450 ha) dégagent suffisamment de revenus pour les faire vivre et engager un manœuvre à temps partiel.

Dans cette partie de la province, il faut généralement près de 2 000 acres (800 ha) de production classique pour subvenir aux besoins d’une petite famille.

Et ils s’en sortent sans pesticides, herbicides, fongicides, pulvérisateurs, engrais chimiques ou équipement neuf. Leur terre n’est pas extraordinairement fertile, mais elle produit au moins autant « et probablement davantage » qu’au cours des 50 dernières années. Leur vie d’agriculteurs n’a rien de luxueux mais elle est durable.

Gérer les mauvaises herbes
Les principales récoltes des Cushon, sur un total de 1 920 acres (777 ha) certifiés OCIA, comprennent du blé, de l’avoine, du lin, des pois et de la luzerne. Au fils des ans, ils ont également cultivé des tournesols, des lentilles, du sarrasin, du carvi, de la moutarde blanche et d’autres plantes. « Nous ensemençons presque la totalité des 1 600 acres (650 ha) cultivés chaque année et nous en récoltons de 1 000 acres (400 ha) à 1 100 acres (450 ha), explique-t-il. La rotation la plus longue consiste en blé, pois, lin, puis pois de nouveau en engrais vert. Mais on la raccourcit parfois, selon les problèmes de mauvaises herbes. » Les 320 acres (130 ha) de terres restants qui ne sont pas cultivés sont constitués de marécages, de terrains boisés et des anciennes cours de ferme.

Chaque été, Ian laboure de 500 à 600 acres d’engrais vert à l’aide de son cultivateur rotatif de 23 pieds (7 mètres); surtout des pois et de la luzerne, mais pas seulement. Il est connu pour avoir retourné de la luzerne pendant trois ou quatre ans d’affilée dans certains champs pour parvenir à un meilleur désherbage.

Le labourage d’engrais vert contribue à la gestion des mauvaises herbes, accroît la fertilité et le contenu de matière organique, et améliore l’ameublissement du sol. Il faut souvent plus d’un passage de la charrue, et Ian et son employé à temps partiel sont occupés à travailler le sol pendant une bonne partie de l’été, enfouissant l’engrais vert et réagissant aux poussées de mauvaises herbes. Ian reconnaît que « les mauvaises herbes nous occupent beaucoup. Comprendre leur biologie est essentiel. » En agriculture classique, on est pratiquement obligé de procéder à la destruction chimique des mauvaises herbes en une seule étape avant la montée en graines. L’agriculteur biologique n’a pas la même approche, et il lui faut travailler dur tout au long de la saison. Les mauvaises herbes constituent son plus gros problème et elles le seront sans doute encore pour longtemps.

Une partie de la gestion des mauvaises herbes passe par une attaque frontale et un travail du sol. La première ligne de défense est souvent constituée de luzerne et de lin semés à la volée. Ian prend également les devants sur son adversaire par une série de rotations de cultures bien planifiées dans le temps afin d’accroître le pouvoir concurrentiel de ses alliés. « On se sert du labour, au printemps et à l’automne, afin de stimuler la croissance des mauvaises herbes. On essaie d’avoir des poussées de mauvaises herbes aussi nombreuses que possible avant de semer, particulièrement avec des cultures peu compétitives comme le lin. » Après les récoltes, chaque acre de terre bénéficie d’un labour d’automne afin de maîtriser les zones de mauvaises herbes annuelles et vivaces. Ian aime travailler le sol sur une profondeur de quatre pouces avec des socs étroits, mais il se sert de socs à aire ouverte si le sol est meuble ou si une mauvaise herbe vivace comme le chardon est présente en quantité. Dans les champs les plus touchés, il arrive qu’il effectue un second passage d’automne.

Généralement, il effectue un premier travail au printemps, en fonction de la croissance des mauvaises herbes et de l’état du sol. S’il est sec, Ian conservera l’humidité présente en semant directement dans le chaume travaillé préalablement. « Si votre blé démarre avec un bon taux d’humidité sur une jachère d’engrais vert, vous n’aurez pas à vous inquiéter beaucoup pour les mauvaises herbes. Le blé est très compétitif. »

Pour le lin, en revanche, il doit parfois effectuer trois passages pour la gestion des mauvaises herbes au printemps avant les semis. Il sème souvent son lin entre la première et la seconde semaine de juin. Cela dépend. Des semis précoces donnent parfois de bons résultats, alors qu’en d’autres temps ce sont les semis tardifs; tout dépend du champ et de ses « antécédents » en matière de mauvaises herbes.

C’est la moutarde sauvage qui est devenue sa première préoccupation. « On a du mal à la saisir. La folle avoine nous cause des problèmes, mais on peut la gérer avec des semis tardifs. Avec la moutarde sauvage, il faut les retarder davantage », explique Ian. C’est l’une des raisons pour lesquelles le lin fonctionne bien dans son système de rotation. « On peut retarder les semis de lin. Et lorsqu’on procède, on a déjà eu plusieurs flambées de croissance de moutarde sauvage. »

Son autre outil de travail du sol est un extirpateur à tringles, essentiel dans la lutte contre les mauvaises herbes pendant le créneau entre les semis et l’apparition des plantes cultivées. Un désherbage efficace pendant cette période et jusqu’au moment où les cultures apparaissent peut changer bien des choses en matière de rendement.

Son premier outil de semis est un semoir pneumatique de 41 pieds (13 m) avec des socs de 16 pouces (40 cm). Il peut le transformer en cultivateur de labour profond avec des disques espacés de 12 pouces (30 cm) et en semoir centrifuge. « On utilise le semoir centrifuge placé à l’avant du cultivateur pour la luzerne et le lin. Il vaut mieux les semer très peu profondément. Si le sol est humide quand on sème, ils démarrent mieux », explique Ian. Avec ces deux plantes, qui sont sans doute les plus faibles concurrentes des mauvaises herbes, le semis à la volée permet d’éliminer la culture en rangées propice aux herbes indésirables. Dispersés, la luzerne ou le lin couvrent bien mieux le sol dès qu’ils pointent en surface. Appelée « utilisation du lit de semences », cette méthode crée un surcroît de compétition contre les mauvaises herbes.

Parmi les autres méthodes de lutte intégrée aux mauvaises herbes adoptées dans les fermes biologiques, on compte le fauchage et la culture intercalaire. Ian a essayé la culture intercalaire mais ne la pratique pas de façon systématique. « Il en va de même pour le fauchage, dit-il. Notre terre comporte trop de secteurs marécageux, mais ce serait une bonne stratégie pour les terres où les bords de chemins sont la principale source de mauvaises herbes. Ici, ça demanderait bien trop de travail. »

Les choix de rotation de cultures
Un « converti » récent à l’agriculture bio sèmera sans doute du lin dans un champ mis en jachère d’engrais vert. Ian a obtenu de bons résultats au début, mais aujourd’hui il n’agirait plus de la même façon. S’appuyant sur une solide expérience, sa rotation de cultures actuelle est soigneusement planifiée, car elle est vitale pour la réussite de l’ensemble de ses récoltes.

L’enfouissement d’engrais vert est sa seule source de fertilisation pour remplacer ou apporter des nutriments culturaux. Maintenant, après cette étape, il sème du blé. « Lorsque le sol est riche en azote, le blé réussit à merveille. L’année suivante, il y a moins d’azote et une grande quantité de résidus de blé. C’est alors qu’on sème nos pois. Ils fixent leur propre azote et, dans notre cycle de rotation, prennent le dessus sur les mauvaises herbes. » Trois ans après un enfouissement d’engrais vert, le sol est encore plus appauvri en nutriments. Les mauvaises herbes comme les cultures sont d’autant moins susceptibles de bien pousser. Le moment est venu de semer du lin.

« Le lin est moins compétitif, mais on peut le semer assez tardivement et il n’exige pas tellement d’azote », selon Ian. Le lin « tolère » assez bien la troisième place dans la répartition des cultures. Il présente une légère carence en azote et donne des rendements inférieurs à ceux des fermes « classiques » non biologiques de la région, mais il est fiable parce que Ian le sème tardivement après être intervenu contre les mauvaises herbes déjà en manque d’azote. « On n’obtient pas de rendements records avec le lin, mais ils sont convenables. »

Et si on parlait de rendement?
Celui du blé est relativement régulier –– de l’ordre de 30 ou 31 boisseaux par acre ––, et correspond à la moyenne des agriculteurs classiques. L’avoine, la solution de remplacement au blé adoptée par Ian, produit de 60 à 70 boisseaux par acre. Les pois et le lin lui donnent des rendements inférieurs à ceux de la moyenne régionale : 23 ou 24 boisseaux par acre pour les pois, et une moyenne de 10 boisseaux pour le lin. Selon Ian : « On n’obtient pas toujours un excellent rendement (par rapport à l’investissement), mais certaines années sont meilleures que d’autres, lorsque les prix sont plus élevés et qu’on a de bonnes récoltes. » Fin 2003, les marchés des produits biologiques payaient aux producteurs une prime « à la culture bio » de près de 8 ou 9 dollars le boisseau de blé, de 8 $ pour les pois destinés à la consommation humaine et de près de 20 $ pour le lin brun.

Source
Ian Cushon
Oxbow, Saskatchewan
Tél. : (306) 483-5034
Courriel : coldridge@sasktel.net
Pour des photos et plus d’information, consultez le site Web de la Moose Creek Organic Farm

 


 

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