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Une fois de plus, les producteurs biologiques réussissent l'impossible!

Brenda Frick, Ph. D.

« Je suis désolée... mais ce n'est pas possible de produire des amélanches biologiques. » C'est ce que j'ai entendu récemment de la bouche d'une experte de la multiplication de l'amélanchier devant un groupe de producteurs fruitiers potentiels. Si tel est le cas, il faut alors convenir que plusieurs agriculteurs biologiques ont réussi l'impossible. En effet, ils arrivent à faire pousser des amélanchiers sous régie biologique et à produire et à commercialiser des amélanches biologiques. Il importe de souligner que l'amélanchier est une plante indigène dans les Prairies et fut à une certaine époque, une source naturelle et abondante de nourriture avant l'introduction des produits agrochimiques.

L'amélanchier n'est certes pas la plante la plus facile à faire pousser sous régie biologique. Comme cet arbuste est indigène dans les Prairies, il est sujet à des ravageurs et à des maladies locales. Comment les producteurs biologiques doivent-ils s'y prendre pour gérer un système dans lequel figure une espèce aussi sensible aux ravageurs que l'amélanchier? Certaines années, les ravageurs peuvent restreindre considérablement la production d'amélanches, tandis que d'autres années, les populations de ravageurs sont limitées par les conditions climatiques et par leurs propres prédateurs. L'utilisation de pesticides est susceptible d'éliminer les insectes nuisibles aux ravageurs. En production biologique, l'agriculteur recherche un équilibre lui permettant de tirer parti des insectes bénéfiques.

La diversité est un concept clé de la lutte antiparasitaire biologique. Ainsi, les ravageurs sont plus susceptibles de causer des dommages importants dans un espace planté d'une seule espèce. La plantation de plusieurs espèces fruitières présente de nombreux avantages. Les arbres fruitiers non indigènes comme le griottier nain ou le chèvrefeuille à fruits bleus sont sans doute plus faciles à faire pousser sous régie biologique dans les Prairies. On peut alors introduire la plante en l'absence de ravageurs naturels. Dans le cadre d'une plantation mixte, les espèces qui n'ont pas d'attrait pour certains ravageurs diminuent la capacité de ces derniers à identifier leur hôte de choix. La plantation de plusieurs espèces d'arbres fruitiers ensemble réduit donc les risques de perte totale d'une culture advenant une infestation importante de ravageurs, de même que les risques liés aux conditions climatiques (à condition de sélectionner des espèces dont les périodes de floraison et de fructification).

La diversification des espèces fruitières permet par ailleurs d'étaler le travail sur une plus longue période. Le maintien de différentes espèces fruitières et non fruitières dans un même verger est également avantageux puisqu'on augmente de ce fait le nombre d'insectes bénéfiques tout en réduisant la vigueur des espèces non bénéfiques. Par exemple, il est possible de planter des fleurs sauvages dans une haie brise-vent en vue d'offrir un habitat aux guêpes parasites qui s'attaquent aux populations de chenilles. La luzerne plantée dans les allées peut réduire les nombres de populations ultérieures de sauterelles.

Les Prairies bénéficient généralement d'un climat froid en hiver et chaud en été. De plus, les distances entre les vergers sont généralement considérables. Le climat écourte la liste de ravageurs et de maladies potentielles, tandis que la distance diminue les risques de propagation entre les vergers. Ces facteurs nous confèrent un avantage par rapport aux autres grandes régions fruitières du Canada. La production de fruits biologiques, dont l'amélanche, dans les Prairies n'est sans doute pas une tâche aisée, mais elle est loin d'être impossible.

Ce n'est pas la première fois que l'on dit aux producteurs biologiques qu'une espèce ne peut être cultivée sous régie biologique. Les agriculteurs biologiques des Prairies réclament des dommages-intérêts à Monsanto et à Bayer pour une contamination génétique qui s'est soldée par le retrait du canola de la liste des cultures biologiques. Les témoins experts mandatés par ces deux sociétés soutenaient que les agriculteurs biologiques n'avaient ni les outils ni les connaissances nécessaires pour faire pousser du canola biologique. Or, bon nombre de producteurs biologiques s'adonnaient avec succès à la culture du canola avant que ne survienne la contamination massive par les OGM. Tout comme l'amélanchier, le canola était une culture qui présentait de nombreux défis, dont un nombre important de ravageurs. Grâce à une approche systémique et à la diversification des techniques culturales, nous avons réussi ce que d'autres personnes croyaient impossible.

Certains producteurs conventionnels estiment que le système biologique n'est pas pour eux. Leur plus grande inquiétude, c'est la peur d'une infestation de mauvaises herbes en l'absence d'herbicides. Dans ce cas-ci, les producteurs biologiques se rendent bien compte que ces problèmes ne sont pas impossibles à surmonter. Idéalement, la rotation des cultures et les bonnes pratiques culturales permettent de contenir les mauvaises herbes. Si le problème s'aggrave, il existe des techniques pour l'endiguer. Par exemple, certains agriculteurs choisiront tout simplement d'enfouir une culture envahie par les mauvaises herbes ou de la couper pour la donner en fourrage vert aux animaux. D'autres choisiront plutôt d'adopter une séquence culturale active visant à contenir les mauvaises herbes pendant les saisons futures. Bien souvent les agriculteurs biologiques enregistrent des rendements supérieurs à leurs attentes et ce, malgré les mauvaises herbes.

La transition vers la production biologique ne se fait pas sans un certain changement de la façon de penser. Si l'on ne pense qu'aux outils désormais interdits, la transition peut, en effet, paraître ardue. Si l'on considère, en revanche, les choses en fonction d'une approche systémique à long terme en vue de produire des aliments plus sains, l'impossible devient alors à la portée de chacun.

Brenda Frick, Ph. D., P.Ag. est Coordonnatrice pour les Prairies du Centre d'agriculture biologique du Canada au Collège d'agriculture de l'université de la Saskatchewan. Tous les commentaires sont les bienvenus; composez le 306 966-4975 ou écrivez à brenda.frick@usask.ca.

 

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