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Certains consommateurs préfèrent manger des aliments sans pesticides

par Frances Willick

Il n’a jamais été prévu que les pesticides chimiques soient ingérés par des êtres humains; ils ont été conçus pour détruire les ravageurs des cultures. Pourtant, des données montrent que nous sommes très nombreux à absorber ces produits chimiques et à les conserver dans notre organisme.

En juillet 2005, les Centers for Disease Control américains ont publié leur troisième rapport national sur l’exposition humaine aux produits chimiques présents dans l’environnement. Dans ce rapport biennal, ils ont évalué à 148 le nombre de produits chimiques, dont 43 pesticides, présents dans l’organisme de 2 400 personnes vivant aux États-Unis. Ces 43 pesticides représentent moins de 5 % de l’ensemble des produits dont l’utilisation est actuellement autorisée aux É.U.; pourtant, ce rapport a montré que l’organisme de 90 % des sujets testés contenait un mélange de ces 43 pesticides.

L’incidence des pesticides sur la santé humaine dépend de plusieurs facteurs, notamment du nombre, de la concentration et de la toxicité des produits chimiques ingérés. Il y a, à l’heure actuelle, des centaines de pesticides chimiques, et étudier les effets de chacun d’entre eux, sans parler de leurs combinaisons, s’avère une tâche monumentale. Toutefois, des études scientifiques ont mis en lumière les liens entre l’exposition aux pesticides et des problèmes de santé, notamment des affections neurologiques comme les maladies de Parkinson et d’Alzheimer, d’autres affectant l’appareil reproducteur, et des cancers. On peut tracer un parallèle direct entre l’augmentation de l’utilisation des produits chimiques au cours des dernières décennies et l’occurrence accrue de plusieurs de ces maladies.

L’exposition de l’organisme humain aux pesticides peut se produire par le biais de l’air, de l’eau, des aliments et du contact avec des surfaces contaminées. Bien qu’il soit souvent difficile de contrôler efficacement notre exposition à ces produits chimiques, il existe néanmoins des moyens de réduire au minimum ces contacts, entre autres en se nourrissant d’aliments biologiques.

On retrouve des résidus de pesticides dans la plupart des plats préparés avec des produits de l’agriculture conventionnelle. Les recherches sur la présence de pesticides dans des aliments cultivés biologiquement et par des méthodes classiques confirment qu’elle est beaucoup plus faible dans les aliments biologiques. Un programme de données sur les pesticides du ministère américain de l’agriculture a révélé que plus de 80 % de 12 600 échantillons de fruits frais cultivés en agriculture conventionnelle et près de 75 % des échantillons de légumes contenaient des résidus de pesticides. On a également découvert que les fruits et légumes produits par les méthodes conventionnelles étaient de 3 à 4 fois plus susceptibles de contenir des résidus que les produits bios, et de 8 à 11 fois, pour ce qui est des résidus de pesticides multiples. Bien que les cultures biologiques soient cultivées sans pesticides de synthèse, elles peuvent parfois en contenir de faibles traces attribuables aux pesticides transportés par le vent depuis des fermes voisines. Pour les fermiers biologiques, ce problème est une préoccupation constante.

Une étude publiée à l’automne 2005 a évalué la présence dans l’organisme de 23 élèves du primaire de deux pesticides agricoles couramment utilisés. Pendant l’étude de 15 jours, les élèves ont consommé des aliments conventionnels pendant 3 jours, on leur a ensuite donné les mêmes aliments mais d’origine biologique pendant 5 jours, puis de nouveau des aliments conventionnels durant les 7 derniers jours. La présence des pesticides a été surveillée en testant des échantillons quotidiens d’urine. Les résultats ont montré que les taux de ces deux pesticides diminuaient immédiatement à des teneurs indécelables dès qu’on introduisait les aliments biologiques, et augmentaient avec la ré-introduction de la nourriture conventionnelle.

Cette étude illustre non seulement que la nourriture est l’une des sources d’exposition aux pesticides, mais également que les aliments biologiques peuvent diminuer de façon significative la quantité de pesticides dans nos organismes.
Le Dr Roy Fox est directeur de la médicine au Centre d’hygiène du milieu de Fall River (Nouvelle-Écosse). Le centre traite des patients sensibles aux produits chimiques, affectés par des maladies chroniques liées à l’exposition à ceux qui sont présents dans l’environnement. « Nous recommandons une alimentation biologique à tous nos patients, commente le Dr Fox. Les aliments bios diminuent la charge de pesticides et de contaminants chimiques, et constituent une nourriture globalement plus complète. » Dr Fox mentionne que certains patients ont des réactions anaphylactiques aux aliments cultivés de façon classique – le raisin ou le beurre d’arachides, par exemple – alors qu’ils ingèrent sans problèmes les mêmes aliments de sources biologiques.

Le Dr Fox souligne que l’alimentation biologique n’est pas seulement bénéfique à ceux qui ont déjà des problèmes de santé. « Je la recommanderais à tout le monde », ajoute-t-il. « Pour tirer de l’énergie des aliments, il faut l’absorber – cela demande du travail à l’organisme. Tout ce qui peut diminuer ce travail réduit le stress de l’organisme et libère de l’énergie bénéfique pour le corps et sa guérison. »

Étant donné que nous sommes déjà quotidiennement entourés de produits chimiques dangereux présents dans l’air, l’eau et le sol, il semble prudent de limiter notre ingestion de ces toxines. L’alimentation biologique est un moyen pratique et souvent simple de minimiser les risques pour la santé associés à cette exposition, pour l’améliorer et la conserver.

Frances Willick est consultante auprès du Centre d’agriculture biologique du Canada. Veuillez faire parvenir vos commentaires ou vos questions par téléphone au (902) 893-7256 ou par courriel à oacc@nsac.ca.

Bibliographie
Centers for Disease Control and Prevention, Third National Report on Human Exposure to Environmental Chemicals, juillet 2005, US Department of Health and Human Services. Disponible à http://www.cdc.gov/exposurereport/3rd/pdf/thirdreport.pdf [au 11 janvier 2006]
Lu, C., K. Toepel, R. Irish, R. Fenske, D.B. Barr R. Bravo, Organic Diets Significantly Lower Children’s Dietary Exposure to Organophosphorus Pesticides, Environmental Health Perspectives, National Institute of Environmental Health Sciences, US Department of Health and Human Services. Disponible à : http://ehp.niehs.nih.gov/members/2005/8418/8418.pdf

 

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