
Conférence Organic Matters : regard sur la pédobiologie
Brenda Frick, Ph.D.
La vie, tel qu'elle existe au-dessus du niveau du sol, dépend largement
de la vie dans le sol. La pédofaune est responsable de la décomposition,
du recyclage et du transport des éléments nutritifs qui confèrent au sol
sa fertilité. Les systèmes agricoles sains doivent donc offrir un environnement
adéquat à cette pédofaune. ll s'agit là d'une des questions d'importance
qui sera à l'ordre du jour de la Conférence Organic Matters, le
12 novembre à Brandon. La conférencière d'honneur, Madame Elaine
Ingham, pédobiologiste de renom et présidente de l'organisme Soil Food
Web Inc., donnera des conseils pour aider les agriculteurs à maintenir
une saine population microbienne dans leurs sols.
La population du sol est très diversifiée. Ainsi, un seul gramme de sol
(environ 1 cuillère à thé) peut contenir 10 milliards de microorganismes
appartenant à plusieurs milliers d'espèces différentes. Il existe plusieurs
types de microbes, dont les bactéries, les champignons et les protozoaires.
Les bactéries jouent un rôle déterminant dans la décomposition et dans
le cycle de l'azote. Elles sont plus nombreuses dans les environnements
où les niveaux de carbone et d'azote sont tels qu'ils répondent adéquatement
à leurs besoins. Ces environnements sont généralement localisés à proximité
de matériel végétal ou de racines. Les racines des plantes libèrent dans
le sol des cellules mortes, des protéines et des glucides que les bactéries
consomment. Les plantes peuvent favoriser la prolifération de bactéries
bénéfiques qui protègent les végétaux contre certaines maladies. Les protozoaires
exercent une prédation importante sur les bactéries. Ces dernières concentrent
l'azote de provenance végétale, et les protozoaires la relâchent à partir
des bactéries et participent de ce fait au cycle de l'azote. Les protozoaires
sont également des prédateurs des bactéries qui causent des maladies chez
les plantes.
Les champignons se propagent dans le sol sous la forme de longs filaments.
Ils sont particulièrement importants pour la décomposition de la couche
de feuilles mortes et assurent un coefficient carbone/azote important
parce qu'ils apportent de l'azote aux feuilles mortes de manière
à équilibrer leurs besoins. Ils peuvent par ailleurs décomposer des matériaux
plus complexes comme le bois et les fibres. Les champignons aident à l'adhérence
des particules du sol entre elles, ce qui confère au sol une plus grande
stabilité et une meilleure capacité de rétention d'eau. Certains champignons
établissent des symbioses avec les racines des plantes. Ils cherchent
alors l'eau et la nourriture dans un plus grand volume de sol et contribuent,
ce faisant, à la croissance des végétaux. Une petite proportion des champignons
et des bactéries sont des parasites et causent des maladies.
La vie dans le sol est constituée d'un grand nombre de bactéries, de
champignons et de protozoaires, mais également de racines, de rhizomes,
de tubercules, de graines et de petits animaux comme des nématodes, des
arthropodes et des lombrics. Les organismes du sol vivent dans une matrice
contenant des particules minérales et des résidus de déchets végétaux
et animaux. Les relations qui existent entre les organismes du sol et
entre ces derniers et leur environnement est d'une complexité inouïe.
De nombreuses décisions relatives à la gestion agricole ont une incidence
sur l'écosystème du sol. Le réseau trophique établi dans le sol
est maintenu par le matériel végétal. Les couvertures végétales, particulièrement
les engrais verts, nourrissent le sol; les jachères nues, elles, privent
le système édaphique de ressources. Plus il y a de cultures dans une rotation
et d'espèces différentes cultivées simultanément, plus les organismes
du sol sont diversifiés, et meilleure est la santé du système édaphique.
Si l'on augmente le nombre d'espèces cultivées simultanément, grâce aux
cultures intercalaires ou à la présence de mauvaises herbes, on augmente
également la diversité des plantes qui nourrissent le sol.
Les sols des prairies sont dominés par les bactéries alors que les sols
des forêts sont dominés par les champignons. La Dre Ingham
est d'avis que les sols agricoles très productifs ont généralement une
faune équilibrée en ce qui a trait aux bactéries et aux champignons. Les
pratiques de gestion ont une incidence sur cet équilibre entre les bactéries
et les champignons. La population bactérienne augmente quand les matériaux
végétaux sont mélangés au sol. Les organismes de plus grande taille comme
les lombrics, les fourmis et les insectes terrestres peuvent contribuer
à amalgamer les matériaux végétaux dans le sol. Le travail du sol peut
également aider à mélanger les résidus végétaux dans le sol, mais le travail
excessif du sol endommage les champignons, diminue les populations d'organismes
de plus grande taille et cause d'autres dommages à la structure du sol.
Les produits chimiques ont également un effet sur les systèmes édaphiques.
La Dre Ingham compare la décomposition de la matière organique
dans le sol au processus digestif. L'abus d'antibiotiques peut tuer la
faune microbienne bénéfique présente dans le système digestif et ainsi
accroître les populations d'organismes pathogènes résistants et perturber
le processus digestif. Un abus similaire de produits chimiques agricoles
peut perturber l'écosystème des sols, réduisant ainsi l'efficacité des
cycles des nutriments et augmentant l'incidence de maladies.
Les avantages d'un système édaphique sain sont nombreux. Les agriculteurs
qui désirent prolonger la durée de vie de leurs sols devraient songer
à augmenter la diversité des couvertures végétales, réduire le travail
du sol et diminuer leur utilisation d'engrais et de pesticides chimiques.
Les agriculteurs intéressés à en savoir davantage sur ce sujet sont invités
à participer à la Conférence Organic Matters cet automne.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice du Centre d'agriculture
biologique du Canada pour les Prairies et travaille à l'Université de
la Saskatchewan. Elle apprécie vos commentaires communiqués par courriel
(brenda.frick@usask.ca) ou
par téléphone (306-966-4975).
Pour en savoir davantage sur la Conférence Organic Matters,
visitez le site www.organicmatters.ca.
Pour en savoir davantage sur l'organisme Soil Food Web et leurs formations
à venir, visitez le site www.soilfoodweb.ca.
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