
Les possibilités de recherche en agriculture biologique abondent
à l’Université du Manitoba
par Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
« Rotation, rotation, rotation. La rotation est à l’agriculture
biologique ce qu’est l’emplacement à l’immobilier.
» C’est du moins ce que proclame Martin Entz, chercheur de
l’Université du Manitoba. Pour qu’elle soit jugée
crédible, la recherche en agriculture biologique doit être
menée dans le cadre d’une rotation organique adéquate.
Afin de satisfaire à cette exigence, Entz a mis sur pied un laboratoire
de campagne des cultures biologiques à Carman, au Manitoba.
À Carman, Entz a mis au point une rotation à six phases
qui utilise de l’engrais vert tous les trois ans. Les phases culturales
comprennent les cultures de graines oléagineuses, de légumineuses
à graines et de céréales. À l’heure
actuelle, Entz entame sa rotation avec un mélange de trèfle
d’Alexandrie (bersim) et de luzerne.
La première culture est destinée à la fauche en
foin au milieu de l’été et la repousse est incorporée
au sol comme engrais vert à l’automne. Puis vient la culture
du lin, suivie de celle de l’avoine. La gesse cultivée, la
deuxième culture d’engrais vert, est suivie d’une semence
de radis oléagineux à la fin août, qui sert à
améliorer et à maintenir les sols. Le blé et le soja
sont les dernières cultures dans la rotation.
Cette rotation offre plusieurs avantages. Le premier engrais représente
une culture fourragère plus souple pour les fermes mixtes et les
revenus. Puisqu’elle fait l’objet d’une coupe à
la mi-été et qu’elle est incorporée à
l’engrais vert à l’automne, la culture subséquente
du lin sera vraisemblablement sujette à subir une pression considérablement
réduite des mauvaises herbes. Les mauvaises herbes qui se multiplieront
durant l’année de rotation du lin devront faire face à
une forte concurrence de la part de l’avoine. Le lin n’est
pas une plante gourmande, mais si sa culture succède à celle
de l’avoine, on pourra remarquer une diminution des taux d’azote
dans les sols. Cette lacune est comblée grâce à la
deuxième culture d’engrais vert. Le blé est mis en
rotation et profite d’une bonne dose d’azote de l’engrais
vert, améliorant ainsi ses chances d’atteindre une teneur
plus élevée en protéines. Le soja peut également
absorber l’azote résiduel ou composer avec son propre azote
lorsque la teneur au sol est faible.
Le laboratoire de campagne des cultures biologiques constitue déjà
un excellent emplacement d’enseignement et de vulgarisation. En
2006, le laboratoire a servi à présenter à plus de
300 agronomes à l’école de diagnostic des cultures
les principes de l’agronomie biologique. Les étudiants de
premier cycle ou de cycles supérieurs y sont formés et des
journées champêtres et des visites peuvent y être organisées.
Le laboratoire de campagne des cultures biologiques sert essentiellement
aux possibilités de recherche. La superficie de chaque phase de
rotation est d’un acre et demi, accordant ainsi un espace suffisant
pour les petits essais en parcelles ou pour l’équipement
de terrain moyen. On procède à chaque phase chaque année.
Cela permet aux personnes qui s’intéressent à la recherche
sur l’avoine, par exemple, d’établir des parcelles
d’avoine au même stade phénologique d’une rotation
biologique valide d’année en année dans le cadre d’une
étude de longue haleine. Cela représente un avantage de
très grande valeur pour les chercheurs qui s’intéressent
à l’agronomie biologique. Keith Barmford, un technicien de
l’Université du Manitoba, maintient les sols sous gestion
biologique afin de permettre aux chercheurs de concentrer leurs efforts
sur leurs propres essais.
Entz a utilisé les installations de Carman pour mener un certain
nombre d’études, notamment une évaluation de la capacité
des engrais verts d’assimiler le phosphore du sol. Il a conclu que
les légumineuses telles que la fèverole et le trèfle
d’Alexandrie et les non-légumineuses telles que l’avoine
et la moutarde étaient d’excellents engrais verts qui aident
au cyclage de l’azote et du phosphore. Entz a également fait
des essais sur le seigle d’automne afin de supprimer les mauvaises
herbes dans les cultures de soja. Les résultats initiaux indiquent
que le seigle d’automne favorise la suppression des mauvaises herbes,
mais une gestion soignée est de mise pour ne pas nuire à
la culture du soja.
Jackie Pridham, une étudiante diplômée qui travaille
avec Entz, a mené une recherche sur place portant sur la diversité
des cultures pour laquelle elle a reçu une bourse. Pridham a comparé
la pratique habituelle d’ensemencement en champ d’une seule
variété à l’utilisation de mélanges
de variétés de blé, de cultures céréalières
et de céréales avec d’autres types de cultures. Elle
en a conclu que les mélanges peuvent produire des rendements plus
élevés, augmenter la rentabilité, et parvenir à
un rendement plus stable.
Des chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada se servent
des installations de recherche en agriculture biologique. Le sélectionneur
de blé Stephen Fox cultive à l’heure actuelle la cinquième
génération de plantes sélectionnées dans des
conditions biologiques. Fred Townley-Smith et Jennifer Mitchell Fetch
se servent des méthodes de sélection massale aux installations
de Carman pour produire une avoine spécialement conçue pour
la production biologique.
En créant des installations qui favorisent une rotation à
long terme adéquate des cultures biologiques et en les rendant
accessibles aux chercheurs selon leurs besoins, Entz cultive un potentiel
de recherche en agriculture biologique. Le laboratoire de campagne des
cultures biologiques est un excellent modèle de recherche en agriculture
biologique.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice pour les Prairies du
CABC (le Centre d’agriculture biologique du Canada) du Collège
de l’agriculture de l’Université de la Saskatchewan.
Elle vous invite à lui faire part de vos commentaires par téléphone
au 306 966-4975 ou par courrier électronique à brenda.frick@usask.ca.
Pour plus de renseignements au sujet du laboratoire de campagne des cultures
biologiques, visitez http://www.umanitoba.ca/outreach/naturalagriculture/articles/fieldlab.html#gmstudy
Decembre 2006
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