
Que ferait la nature?
Par Brenda Frick, Ph.D.
Quand la nature ne semble pas coopérer avec notre système
agricole, il est temps de se demander ce que nous faisons de travers.
La culture des plantes annuelles est pleine de risques, mais elle est
particulièrement vulnérable au moment des semis. Cette année,
les semis ont été difficiles, voire impossibles, dans certaines
régions du Nord-Est de la Saskatchewan. Les cultures vivaces comme
le foin et les cultures de pâturage, par contre, sont moins vulnérables
aux excès du printemps.
Que fait la nature? Bien que la plupart de nos cultures soient des monocultures
de plantes annuelles, les systèmes naturels sont habituellement
des communautés de vivaces aux espèces diverses. De nos
jours, dans l’agriculture des prairies, seules les cultures fourragères
et quelques rares cultures horticoles sont des vivaces.
L’idée de cultiver des céréales vivaces n’est
pas nouvelle : des programmes visant à obtenir du blé vivace
ont été lancés par des scientifiques russes dans
les années 1920 et par des scientifiques américains peu
après. Le Land Institute, situé dans le centre du Kansas,
préconise les systèmes de culture de plantes vivaces depuis
plus de vingt ans. Un de leurs objectifs a été d’obtenir
des céréales vivaces. Cela n’a pas été
facile : jusqu’ici, les céréales vivaces n’ont
pas un rendement aussi élevé que les annuelles. Il y a un
compromis chez la plante entre la survie et le rendement, mais cette relation
est complexe. Les vivaces peuvent profiter des pluies qui suivent la récolte
et du temps doux qui précède le moment habituel des semis.
Au cours des dernières années, ces deux conditions ont existé
dans les régions les plus difficiles à cultiver des prairies.
Il y a également un compromis pour l’agriculteur : l’élimination
des coûts d’ensemencement de la seconde année et des
années subséquentes compenserait certains des coûts
entraînés par la réduction du rendement.
La mise au point de céréales vivaces a deux orientations
principales : on peut domestiquer des espèces vivaces dans le but
d’améliorer leur rendement ou croiser des cultures annuelles
avec leurs parents vivaces dans l’espoir d’obtenir des céréales
vivaces au rendement amélioré.
La domestication d’une vivace sauvage consiste en grande partie
à sélectionner les plantes qui ont le meilleur rendement
et les plus gros grains. L’agropyre intermédiaire est peut-être
la graminée vivace la plus prometteuse comme culture céréalière.
Le Rodale Institute appelle cette plante triga sauvage. Ses grains ont
une forte teneur en protéines et en son et ne contiennent pas de
gluten. Le triga sauvage peut être utilisé comme céréale
cuite comme le riz brun ou moulu comme farine pour les muffins, les biscuits,
etc. Après la récolte, le peuplement pourrait servir de
pâturage d’automne ou d’hiver. Parmi les autres graminées
qui présentent un certain intérêt, mentionnons l’élyme
des sables et l’élyme des sables de rivage (qui, selon le
Rodale Institute, était utilisé comme céréale
vivrière par les Vikings).
Le croisement des cultures annuelles avec leurs parents vivaces a été
envisagé pour un certain nombre d’espèces. La Washington
State University s’intéresse de nouveau au blé vivace.
Des augmentations du rendement ont été obtenues dans la
catégorie du blé blanc. Les blés de force roux ont
présenté plus de difficultés.
Le seigle vivace pourrait être plus facile à obtenir. Surya
Acharya d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Lethbridge,
a mis à la vente un seigle vivace. Cette variété
est réservée à la production de fourrage et d’ensilage,
car elle produit beaucoup de fleurs stériles qui sont sujettes
à l’ergot. Elle convient bien cependant à l’alimentation
du bétail. Grâce à sa croissance de début de
saison, elle est prête à l’ensilage un mois avant les
cultures d’ensilage annuelles. Si elle est récoltée
pour l’ensilage au stade pâteux mou, elle a une valeur nutritive
semblable à celle de l’orge à ensilage. Le seigle
continue à croître après la coupe d’ensilage,
ce qui permet de l’utiliser comme pâturage d’automne
et d’hiver. Son type de développement vivace élimine
les coûts des semis pour les années subséquentes.
Un travail de sélection additionnel devra être effectué
pour que le seigle vivace devienne une culture céréalière
satisfaisante.
L’utilisation de cultures vivaces à long terme pourrait
réduire de façon spectaculaire les coûts des semis,
y compris les coûts pour l’environnement que représentent
l’utilisation de l’énergie, le risque accru d’érosion
et les torts causés à la faune comme les oiseaux nicheurs.
Mettre l’accent sur la sélection des céréales
vivaces permettrait certainement d’aplanir beaucoup des difficultés
que représentent la petitesse des grains et du rendement. D’autres
difficultés pourraient être résolues en continuant
ainsi à imiter la nature.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice des Prairies pour le
CABC (le Centre d’agriculture biologique du Canada) au College of
Agriculture de l’University of Saskatchewan. Elle aimerait recevoir
vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel à l’adresse
brenda.frick@usask.ca.
Décembre 2006
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