
Les abattoirs mobiles : avantages et défis
2e partie
par Jane Morrigan, M.Sc., P.Ag.
Voici le deuxième article portant sur le potentiel des abattoirs
mobiles au Canada. Pour consulter le premier, cliquez sur
le lien
Les avantages de l’abattoir mobile
Aujourd’hui, un nombre croissant de consommateurs sont à
la recherche de viandes biologiques ou « naturelles », produites
localement et issues d’animaux engraissés à l’herbe
et abattus sans cruauté, parce qu’ils associent une éthique
personnelle à leur pouvoir d’achat et estiment qu’ils
y trouvent des bienfaits pour leur santé et celle de leur famille.
Un abattoir mobile qui répond aux besoins du producteur se traduit
également en un meilleur accès local des consommateurs à
des produits carnés de haute qualité et leur donne l’occasion
de mettre leur éthique en pratique.
Un des avantages notables des abattoirs mobiles est le minimum de stress
subi par les animaux par rapport à la manipulation qui précède
l’abattage classique : chargement, transport, surnombre et mauvais
traitements par des gens auxquels ils ne sont pas habitués. Dans
un abattoir mobile exploité dans l’État de Washington,
on procède à un abattage pratiquement dénué
de stress, car les animaux y sont manipulés par des personnes qu’ils
connaissent dans un environnement qui leur est familier.
On peut avoir recours aux abattoirs mobiles se déplaçant
de ferme en ferme pour tous les types d’animaux d’élevage,
notamment les bovins, les ovins, les porcs, les chèvres et les
volailles ainsi que le gibier d’élevage comme le bison, l’élan,
le caribou et le chevreuil. Ils constituent en outre une solution de remplacement
excellente pour l’abattage des vaches de réforme qui, sinon,
seraient refusées par les abattoirs ordinaires à cause des
limites d’âge instituées après la crise de l’ESB.
Un abattoir mobile constitue une façon efficace pour les éleveurs
de réduire le stress des animaux avant l’abattage tout en
diminuant les coûts de halage; il offre également une plus
grande flexibilité pour les viandes et produits carnés de
spécialité. On peut aisément modifier le système
d’abattage pour répondre à des exigences de certification
particulières ou à des besoins en matière de coupe
ou de conservation. Cette méthode est en voie de devenir une solution
intéressante pour une nouvelle génération d’entrepreneurs
agricoles.
Défis
Le coût d’une unité d’abattage mobile est peut-être
l’obstacle le plus important, car on peut se demander si un groupe
ou un particulier parviendrait à rentabiliser une telle opération.
Cliff Munroe d’Alberta Agriculture évalue à 200 000
$ le fonds d’établissement d’une unité équipée
pour traiter huit têtes de bétail par jour.
Il faudra également lever certains des obstacles liés à
la réglementation. Actuellement, les règlementations provinciales
qui régissent les abattoirs varient grandement d’une province
à l’autre. L’inspection fédérale est
cependant normalisée à travers le pays, et la question de
la réglementation est un critère fondamental pour entrer
dans les marchés nationaux et internationaux.
Un abattoir mobile est une installation d’abattage-réfrigération
et à ce titre, on ne peut généralement pas y réfrigérer
de carcasses pour plus d’une journée. Pour assurer une gestion
adéquate et de haute qualité des carcasses et leur transformation
en produits carnés de qualité supérieure, il est
donc essentiel de trouver à distance raisonnable des installations
étalonnées où elles seront suspendues, découpées
et emballées.
L’élimination des abats (parties non comestibles de la carcasse)
issus du processus d’abattage constitue un défi supplémentaire.
Pour certains, ces matières sont des déchets qui pourraient
constituer des risques pour la santé ou l’environnement,
s’ils restent sur place. Pour d’autres, ce sont des sous-produits
riches en nutriments que l’éleveur pourrait fort bien composter.
Conclusion
La réussite (ou l’échec) d’un prototype canadien
d’abattoir mobile sera suivie avec grand intérêt par
les petits producteurs, les éleveurs des régions éloignées
et les exploitants de fermes à gibier comme par les organismes
gouvernementaux. Les avantages doivent l’emporter sur les coûts
entraînés par les nouvelles normes de salubrité des
aliments des plus rigoureuses. La réussite d’un tel projet
dépendra des exigences des producteurs et des consommateurs, de
la coopération entre les intervenants, de l’esprit d’entreprise,
du désir d’innover et de l’appui des autorités
politiques et de réglementation.
Ce projet est une occasion en or pour les organismes de réglementation
et les négociants de ce créneau de produits carnés
à valeur ajoutée d’élaborer un nouveau modèle
de coopération et d’innovation. On pourrait intégrer
à ce modèle la formation, l’accréditation et
le contrôle des exploitants d’abattoirs, les technologies
d’inspection par Internet et des pratiques proactives comme les
tests de dépistage de l’ESB de chaque carcasse. Un abattoir
mobile à la fine pointe, polyvalent et à fins multiples,
inspecté par le palier fédéral offrirait le service
le plus souple aux producteurs. Il garantirait en outre l’application
homogène des normes de salubrité de l’abattage à
la ferme existantes. Il offrirait par ailleurs la méthode sans
cruauté la plus avancée en matière d’abattage
commercial.
Le temps est peut-être venu pour la mise en place au Canada d’abattoirs
mobiles inspectés par les autorités compétentes parmi
les autres types de services d’abattage offerts aux éleveurs
d’animaux de ferme.
Jane Morrigan, M.Sc., P.Ag., est la coordinatrice du site Web du Centre
d'agriculture biologique du Canada (CABC). Veuillez communiquer vos commentaires
ou questions par courriel à oacc@nsac.ca. Je tiens à remercier Bruce Dunlop, de Washington, Cliff Munroe,
d’Alberta, Brian Ives, de Nouvelle-Écosse, et toutes les
personnes qui ont contribué à cet article par leur expertise.
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