
La recherche à long terme donne des résultats
par Brenda Frick, Ph.D.
C’est à long terme qu’il faut examiner la durabilité
des systèmes agricoles. Dans les Prairies canadiennes, une décennie
de vision, de dur labeur et de financement sérieux est en train
de donner des résultats, alors que les études à long
terme menées dans chaque province recèlent d’importantes
leçons pour l’avenir des systèmes biologiques.
Les études sur la rotation biologique portant sur les Prairies
comprennent trois rotations qui diffèrent par les cultures adoptées
–– elles vont des rotations annuelles simples à de
plus complexes et à celles qui incluent des plantes fourragères
pérennes. Chaque étude compare ces rotations biologiques
à des rotations semblables à haut niveau d’intrants
et travail réduit du sol. L’étude Glenlea, menée
près de Winnipeg, compare une rotation blé-pois-blé-lin,
une rotation blé-trèfle-blé-lin et une rotation blé-luzerne-luzerne-lin.
L’étude Alternative Cropping Study (ACS), effectuée
à Scott (SK), compare une rotation (lentille en engrais vert)-blé-blé-(lentille
en engrais vert)-canola-blé, une rotation (lentille en engrais
vert)-blé-pois-orge-mélilot-canola et une rotation canola-blé-orge-luzerne-luzerne-luzerne.
L’étude Flexible Dryland Cropping Study (FDCS), menée
à Lethbridge (AB), compare une rotation mélilot-blé-mélilot-blé,
une rotation mélilot-blé-pois-lin et une rotation (triticale
d’hiver et trèfle des prés)-lin-blé-(orge et
pois).
Chaque étude a comparé les rendements selon diverses gestions.
Les études Glenlea et ACS affichent des rendements relativement
plus faibles en rotations biologiques qu’en rotations à haut
niveau d’intrants. Un rendement satisfaisant a été
obtenu avec le lin dans les rotations de fourrages avec une lutte efficace
aux mauvaises herbes. Avec de fortes proliférations de mauvaises
herbes, on s’est servi des semis tardifs en plus des effets des
rotations pour parvenir aux mêmes rendements de lin. Ce lin biologique
à semis tardifs a donné des rendements inférieurs
au lin semé tôt avec haut niveau d’intrants, mais les
retombées financières ont été près
de trois fois supérieures. Dans l’étude ACS, les rendements
économiques des rotations biologiques étaient satisfaisants
comparés aux systèmes à haut niveau d’intrants,
si des primes étaient obtenues ne serait-ce que pour la moitié
des récoltes biologiques. Dans l’étude FDCS, les rendements
étaient plus élevés en gestion bio qu’en gestion
classique à faible niveau d’intrants lorsque le temps jouait
en faveur de la première. Lors des années de sécheresse,
les rendements étaient moins élevés.
On s’est également préoccupé de la fertilité
du sol. Les analyses de l’étude Glenlea indiquent que les
rotations de luzerne biologique créent des carences en phosphore
dans le sol. Les taux d’azote sont plus bas avec les rotations biologiques
d’annuelles. L’étude ACS a montré que l’appauvrissement
en phosphore caractérisait tous les types de rotation biologique,
et que le bilan azoté posait des problèmes avec une diminution
de la fréquence d’utilisation d’engrais vert, soit
tous les deux ans. Dans l’étude FDSC, avec de plus fréquents
apports d’engrais vert –– et du fumier d’animaux
composté dans la rotation de plantes fourragères ––,
on constate qu’il n’y a pas d’appauvrissement en azote
ou en phosphore par rapport aux rotations à faibles niveaux d’intrants.
Les rotations biologiques effectuées à Glenlea ont montré
une nette pression en matière de mauvaises herbes. Les chercheurs
y répondent par une plus grande diversification des cultures afin
de hausser la concurrence contre celles-ci. Dans le projet ACS, la concurrence
des mauvaises herbes était plus forte dans les systèmes
biologiques, mais avait une incidence générale moindre par
rapport à l’apport en nutriments. Dans l’étude
FDCS, les mauvaises herbes ont été bien contrecarrées
dans la rotation à base de mélilot, mais les résultats
ont été moins bons lorsqu’on a utilisé des
pois pour remplacer le mélilot attaqué par les charançons.
Dans les études Glenlea et FDCS, on s’est penché
sur la qualité des cultures. Le lin biologique présentait
des teneurs plus élevées en micronutriments à Glenlea,
tandis qu’à Lethbridge, le fourrage bio était de meilleure
qualité que celui produit avec de faibles niveaux d’intrants.
Le lin biologique présentait également une mycorhization
plus grande et davantage d’édaphons propices à l’assimilation
des nutriments que le lin des autres systèmes.
Les préoccupations environnementales n’ont pas été
négligées. ACS montre que les fertilisants chimiques demandent
près de 40 % de plus d’énergie que les rotations biologiques.
Les producteurs biologiques se préoccupent de l’érosion
potentielle dans les systèmes qui dépendent du travail du
sol. Selon l’étude ACS, dans les rotations biologiques, on
obtenait une couverture du sol par les résidus de cultures moins
grande que dans les systèmes à haut niveau ou à faible
niveau d’intrants. Ce fut entre autres le cas, et de façon
importante, en 2003 lorsque les sauterelles ont dévoré la
plupart de ces résidus. Sur ce plan, l’étude FDCS
est plus optimiste. Dans cette étude, les cultures de couverture
ont été paillées plutôt qu’enfouies,
et elles ont joué un rôle efficace contre les mauvaises herbes
et sur le plan de la rétention d’humidité et de l’apport
en azote. Un travail réduit du sol dans les systèmes biologiques
pourrait permettre de diminuer l’érosion.
Chacune de ces études permet de penser que les systèmes
biologiques ont un bon potentiel. Des rendements économiques intéressants
sont possibles avec une bonne gestion. Ces systèmes offrent des
avantages mais présentent des défis. La production biologique
exige une observation minutieuse et une gestion proactive pour être
véritablement durable. Les projets de recherche menés dans
les Prairies peuvent contribuer à orienter les efforts en ce sens.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est coordonnatrice pour les Prairies du Centre
d’agriculture biologique du Canada au Collège d’agriculture
de l’Université de la Saskatchewan. Elle attend vos commentaires
au (306) 966-4975 ou par courriel à l’adresse brenda.frick@usask.ca.
Pour de plus amples renseignements : sur le projet Glenlea, communiquez
avec Martin Entz au (204) 474-6077 ou par courriel à m_enzt@umanitoba.ca
, communiquez avec Stewart Brandt au (306) 247-2011 ou par courriel à
brandts@agr.gc.ca.; sur l’étude
Flexible Dryland Cropping Study, communiquez avec Jill Clapperton au (403)
327-4561 ou par courriel à clapperton@agr.gc.ca.
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