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Les fermes biologiques ont-elles besoin de bétail et de fourrages?

par K. Liu, A. Hammermeister et F. Willick

La gestion des éléments nutritifs du sol et le choix des cultures influent notablement sur la durabilité des systèmes culturaux. Généralement, les agriculteurs biologiques améliorent la qualité des sols grâce à un choix rigoureux des cultures qu’ils intègrent dans leurs rotations et en recyclant les éléments nutritifs par le biais du bétail de la ferme. De nombreux fermiers, cependant, ne possèdent pas de bétail et certains n’incluent donc pas de cultures fourragères dans leurs rotations. Les agriculteurs s’interrogent donc sur l’importance d’avoir des plantes fourragères et du bétail pour une exploitation agricole biologique.
Une étude de quatre ans portant sur cette question a été menée par le Collège d’agriculture de la Nouvelle-Écosse. On s’y est intéressé à la durabilité de systèmes agraires avec et sans fourrages dans les rotations, et avec et sans accès à du fumier composté de bétail comme amendement.

Le fourrage, notamment de légumineuses et de graminées, est une culture de valeur dans les rotations parce qu’il améliore la matière organique des sols et le cycle des substances nutritives et qu’il interrompt les cycles de ravageurs. Trois rotations distinctes ont été établies aux fins de l’étude : une sans culture fourragère, une autre avec une année de culture fourragère et une dernière avec deux années de fourrage.

Le fumier de bétail est une ressource importante pour la gestion des nutriments à la ferme. Il peut provenir soit de monogastriques (volailles ou porcs), soit de ruminants (bovins et ovins). La nourriture de ces groupes d’animaux d’élevage et par conséquent les fumiers qu’ils produisent sont différents. Lorsque leur fumier composté est épandu dans les champs, il a des influences distinctes sur la fertilité du sol. L’étude en question porte sur trois systèmes d’amendement du sol pour chaque type de rotation.

Dans le premier système d’amendement, les chercheurs ont utilisé de la farine de luzerne comme source principale d’azote et des plantes fourragères comme paillis sur les pommes de terre; ils ont conservé la paille céréalière sur les parcelles, et les besoins en phosphore et en potassium ont été comblés à l’aide d’amendements minéraux. Dans le deuxième système, le fourrage a été vendu comme aliment pour animaux, la paille céréalière a été retirée pour servir de litière, et on a épandu du fumier composté de volailles pour fournir de l’azote et du phosphore aux champs. Dans le troisième, les fourrages produits ont servi d’aliments pour animaux, la paille des céréales a été retirée pour servir de litière, et du fumier composté de bœuf a été épandu pour combler les besoins en azote et en phosphore.

On a cultivé des pommes de terre sur toutes les parcelles au cours de la dernière année de la rotation afin de mesurer les effets des trois années de gestion précédentes sur la croissance des cultures et la qualité du sol. Chaque parcelle de pommes de terre a été divisée en deux : l’une recevant des amendements (compost ou farine de luzerne) en fonction des recommandations après analyses des sols, et l’autre n’en recevant pas.

Toutes les parcelles expérimentales ont été installées sur des terres qui avaient servi de pâturages de longue durée; les champs avaient été broutés et avaient déjà reçu de la fumure. Les niveaux de fertilité du sol allaient donc de moyen à élevé.

Même si les chercheurs s’attendaient à constater un meilleur rendement de pommes de terre dans les parcelles intégrant des plantes fourragères dans la rotation, ils ont noté des rendements supérieurs dans la rotation qui n’en comportait pas. Ceci pourrait être attribuable à la fertilité déjà élevée du sol et aux effets du travail du sol sur la libération à court terme des éléments nutritifs. Les pommes de terre ont par ailleurs besoin d’une bonne structure du sol dans les lits de semences; les rotations avec plantes fourragères pourraient avoir donné des lits de semences de moins bonne qualité à cause de la lente décomposition de l’herbe et de la libération plus lente des éléments nutritifs.
En ce qui concerne les amendements du sol, les rendements les plus élevés ont été relevés dans les parcelles ayant reçu du fumier composté de bœuf. Les combinaisons de fumier composté de bœuf et de rotation sans fourrage ont donné les rendements les plus élevés, suivis de la combinaison fumier composté/rotation de deux ans de plantes fourragères, mais la différence entre les deux était négligeable. Les rotations avec fumier de boeuf composté présentaient le plus haut taux d’assimilation de l’azote par les plantes, et sur ce plan, le taux le plus élevé a été relevé dans la rotation avec deux ans de fourrages et amendement de fumier de bœuf.

Ces résultats peuvent s’expliquer en partie en étudiant les amendements. Le compost de fumier de boeuf a été préparé à partir d’excréments mélangés à de la litière de paille. Le compost de fumier de volailles a été mélangé à des copeaux de bois et des tontes d’herbe. Ce compost pourrait n’avoir pas fourni autant d’azote que prévu parce que le bois se décompose mal et que le processus fixe l’azote. D’autres études indiquent que la farine de luzerne libère lentement l’azote.

Quelle est donc l’importance des cultures de fourrages et du bétail pour les fermes biologiques? Les systèmes agraires biologiques sont un sujet complexe à étudier. Si les terres en transition sont des anciens pâturages déjà fertiles, les bienfaits des plantes fourragères dans la rotation ne seront pas évidents, car ils se manifestent à long terme. D’autre part, les bienfaits du compost peuvent passer inaperçus au cours de l’année d’application. On recommande d’épandre le compost longtemps à l’avance pour les cultures qui en auront besoin.


Kui Liu est étudiant au doctorat au Centre d’agriculture biologique du Canada. Pour des commentaires ou des questions, communiquer par téléphone au (902) 893-7256 ou par courriel à oacc@nsac.ca . Un mois après leur publication, les articles de journaux du CABC sont archivés à www.oacc.info

 

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