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Les agriculteurs biologiques et le savoir indigène

Par Jennifer Sumner, PhD

Dans un article de conférence récent, on a déclaré que les connaissances des agriculteurs biologiques peuvent être considérées un savoir indigène, des connaissances locales liées étroitement à des modes de vie durables. De telles connaissances sont vitales pour la santé des individus, la résistance de la collectivité, la sécurité alimentaire nationale, et la durabilité dans l’ensemble.

L’expression « savoir indigène » est parfois limitée au savoir des peuples autochtones, tandis que dans un contexte plus général, elle peut englober celui des agriculteurs. Dans l’ensemble, les connaissances indigènes peuvent être décrites comme étant les connaissances locales d’une collectivité bien définie qui se sont développées avec le temps et constituent la base de l’agriculture, de la préparation des aliments, des soins de santé, de l’éducation, de la conservation, et d’une vaste gamme d’autres activités qui font vivre une société et son environnement.

Les agriculteurs biologiques forment une collectivité nettement définie qui se distingue des autres agriculteurs par le processus de certification par lequel ils doivent passer. Ils dépendent des formes les plus anciennes du savoir comme les pratiques agricoles traditionnelles pour comprendre comment l’agriculture se faisait avant l’introduction de l’agriculture chimique. Ils dépendent aussi de nouvelles formes de savoir produites par les agriculteurs biologiques et par un petit nombre de chercheurs du milieu universitaire pour comprendre comment s’occuper plus efficacement des problèmes complexes actuels.

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) résume le savoir indigène comme suit :
1. connaissances locales, indigènes d’une région donnée
2. propres à une culture et à un contexte
3. connaissances non institutionnelles
4. transmises par voie orale et généralement pas consignées par écrit
5. dynamiques et adaptatives
6. de nature holistique
7. liées étroitement à la survie et à la subsistance de beaucoup de gens dans le monde.

Compte tenu de ces sept critères de l’UNESCO, les connaissances des agriculteurs biologiques seraient considérées des connaissances indigènes. En tant qu’apprenants à vie, les agriculteurs biologiques ont appris à abandonner les pratiques agricoles non durables et à adopter un mode de vie plus durable. Leurs systèmes de savoir indigène se sont dégagés de plusieurs années de pratique et de réflexion critique sur la meilleure façon de faire de l’agriculture à l’image de la nature, en favorisant les ressources à la ferme et en ne dépendant pas d’intrants achetés coûteux et destructifs.

L’agriculture conventionnelle, par contre, perd rapidement sa base de connaissance. L’entreprise d’industrialisation de l’agriculture a centralisé les décisions agricoles dans de grandes sociétés multinationales et réduit les agriculteurs conventionnels au rôle de techniciens qui lisent des étiquettes de pesticides et d’engrais ou d’ouvriers contractuels travaillant dans leurs propres fermes. Dans les deux cas, on n’a guère besoin d’un système de connaissances sur lequel fonder les décisions agricoles.

Comme les autres systèmes de savoir indigène, le système de savoir indigène hautement développé des agriculteurs biologiques est menacé par le fait que les agriculteurs biologiques deviennent de plus en plus industrialisés et sont absorbés par le système des sociétés multinationales de l’agroalimentaire. Si nous perdons le savoir indigène des agriculteurs biologiques, nous perdrons une bonne partie de notre capacité à produire notre propre nourriture et deviendrons vulnérables à la manipulation par de puissants intérêts commerciaux multinationaux qui peuvent profiter de notre vulnérabilité. La fin du pic de production du pétrole et la réduction prévue des importations d’aliments causée par l’accroissement des coûts des systèmes de transport mondiaux qui dépendent du pétrole font de cette perte possible une préoccupation essentielle en matière de sécurité alimentaire nationale. Pour éviter de tels problèmes, les agriculteurs biologiques doivent poursuivre leur processus d’apprentissage à vie, suivre les préceptes de la philosophie biologique, protéger et développer leurs systèmes de savoir indigène, et encourager les autres à se joindre à eux.

Une alliance avec le système de formation des adultes en environnement pourrait contribuer à l’évitement de tels problèmes. À l’aide d’un cadre du savoir indigène, le système de formation des adultes en environnement peut contribuer à soulever le voile qui recouvre une partie de la connaissance des aliments que nous mangeons et à établir ainsi des liens entre le champ et nos assiettes. En participant à de telles occasions de formation des adultes dans le cadre du mouvement d’évolution lente de l’agroalimentaire, des soupes populaires communautaires, des banques alimentaires, des marchés de producteurs, de l’agriculture communautaire, des programmes de goûters sains dans les écoles, du commerce équitable ou alternatif et de l’agriculture biologique, les éducateurs des adultes en environnement peuvent révéler des connaissances sur les aliments industriels que l’on cache délibérément aux consommateurs et promouvoir la connaissance des aliments biologiques. Bien que de telles « connaissances dangereuses » puissent menacer les marges bénéficiaires des gros exploitants du système alimentaire mondial, elles sont d’une importance vitale pour tout système pleinement fonctionnel de savoir indigène, pour la sécurité alimentaire et pour la durabilité. Elles permettraient d’établir un lien entre les connaissances des agriculteurs et celles des consommateurs, de créer des occasions d’apprentissage individuel et collectif et d’activisme et d’engagement communautaires, de remettre en question les formes actuelles de la mondialisation, et de combiner l’apprentissage au développement de la prise de conscience des questions environnementales.

En appuyant le développement des connaissances indigènes des agriculteurs biologiques, la formation des adultes en environnement peut établir des liens concrets entre l’environnement et les aspects sociaux, économiques, politiques et culturels des vies des gens. De cette manière, elle contribuera à ouvrir de nouvelles voies pour l’éducation des adultes, à confirmer qu’il s’agit d’une entreprise communautaire, et à en faire un chef de file dans le domaine de la durabilité parce qu’en fin de compte, la durabilité doit être apprise.

Article de conférence complet


Jennifer Sumner, Ph.D., du Programme d’éducation des adultes et de développement communautaire de l’Institut d'études pédagogiques de l’Ontario/Université de Toronto, a fourni les faits saillants de son article de conférence pour cet article écrit pour le Centre pour l’agriculture biologique du Canada (CABC). Elle recevra avec plaisir vos commentaires à l’adresse jsumner@oise.utoronto.ca ou au 902-893-7256.


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Janvier 2007

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