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Les races ancestrales de bétail sont en de bonnes mains partout au Canada

Par Jane Morrigan, M.Sc., P.Ag.

Les défenseurs de la diversité génétique du bétail ont rassemblé leurs forces à Debert en Nouvelle-Écosse les 22 et 23 octobre lors de la conférence « Races et semences ancestrales ». Dans le « volet bétail », chaque orateur a défendu avec passion les avantages du maintien et de la conservation des races rares de bovins, de volaille, de mouton et de porc. Partisans du principe selon lequel « le passé renforce notre avenir », les orateurs comme les participants ont évoqué avec éloquence les joies et les tribulations de l’élevage marginal. Les agriculteurs ont parlé de leurs expériences et de leurs conseils aux orateurs (dont la plupart étaient agriculteurs eux-mêmes) dans un format de participation rafraîchissant conçu en tenant compte de l’importance des expériences « à la ferme ».

La Dre Dian Patterson a ouvert la séance avec un aperçu instructif de ce qu’elle a appelé l’« érosion génétique », phénomène par lequel seuls de petits nombres d’espèces disponibles de plantes et d’animaux sont utilisées à l’heure actuelle dans l’agriculture industrielle au détriment de la diversité génétique. Par exemple, sur les 60 000 espèces de vertébrés qui existent dans le monde de nos jours, 30 seulement sont domestiquées et sur ce nombre, quatorze seulement fournissent 90 % de la nourriture d’origine animale pour les êtres humains. Pire encore, il y a aussi très peu de races au sein de chaque espèce domestiquée. Par exemple, au sein de l’espèce Sus domesticus (le porc), trois races seulement (Yorkshire, Landrace et Duroc) représentent la quasi-totalité du porc produit dans le monde.

La perte de variabilité au sein de chaque espèce est importante, a-t-elle expliqué, parce qu’elle se traduit par une réduction de la capacité d’adaptation à l’évolution des circonstances environnementales comme le réchauffement planétaire et par une plus grande vulnérabilité aux maladies. Elle a encouragé les enthousiastes des races rares à éviter de créer de petits troupeaux isolés en échangeant des animaux reproducteurs avec d’autres éleveurs et en utilisant un système de rotations au sein du troupeau pour éviter la consanguinité. « Plus vous les mélangez, mieux ça vaut ». Les croisements sont une autre stratégie efficace pour la conservation de la diversité génétique, a déclaré la Dre Patterson, tout comme l’ouverture de marchés à créneaux pour les reproducteurs et les produits de la viande et des fibres.

Bev Davis est venue de sa ferme en Saskatchewan pour régaler son auditoire attentif avec un exposé très instructif sur la production des races ancestrales de mouton. Étant elle-même éleveuse de Cotswolds, elle a parlé des avantages de plusieurs races, y compris les races Shetlands, Oxfords, Romneys, Horned Dorsets, North Country Cheviots, Border Cheviots, Ramboulets et Shropshires.

« Il n’y a pas de meilleure race – c’est un choix personnel », a-t-elle dit. Elle a aussi fait preuve d’un pragmatisme clair en conseillant aux éleveurs de sélectionner une race qui convient bien à l’environnement local et qui est économiquement viable sur le marché local. Elle a dit que « Ce n’est pas en conservant des animaux de compagnie qu’on préserve les races » et a préconisé le concept des « bons aliments pour un bon revenu ».

Doug Law, un éleveur de porcs Berkshire, Tamworth et Large Black, a parlé de la production du porc traditionnel. Il a conseillé aux éleveurs d’« utiliser du bon bétail pour produire de bonnes lignées plutôt que le contraire », d’utiliser beaucoup l’abattage pour éliminer tout défaut et de sélectionner la vigueur. « L’élevage est un processus créatif », a-t-il dit et il a souligné comme Bev Davis avant lui que « l’on ne peut conserver une race sans marché ».

Les autres orateurs ont aussi exprimé avec enthousiasme les joies et les possibilités de l’élevage de races rares de bétail. Bob Ottenbrite de Grass Roots Farm à Mt. Uniacke en Nouvelle-Écosse donne une nouvelle vie aux races anciennes de volaille, de porc, de mouton et de bovin grâce à ses aptitudes au marketing et aux affaires qu’il a en commun avec sa femme, Jane Smith. Sue Cheeseman de Pinnacle Farms, à Roslin, en Nouvelle-Écosse, élève des bovins Red Poll et prend leur bien-être très au sérieux. Tina Davies d’Emmerdale Eden Farm à l’Î.-P.-É. est une ancienne productrice laitière qui, dernièrement, s’est mise à l’élevage des moutons Horned Dorset, des porcs Large Black, des poules pondeuses Barred Rock et des chevaux Shire. Elle a conseillé aux petits éleveurs de ménager leur argent et de prendre garde aux coûts réels de la production de produits à créneaux.

Pour les jeunes et les vieux, les éleveurs expérimentés comme les « nouveaux venus », il y avait un sentiment perceptible de camaraderie et de soutien. À la fin de la conférence, moins intéressés à créer des clubs pour les différentes races, les participants ont exprimé un fort désir collectif de trouver des moyens de demeurer en contact et de renforcer les liens qui ont été noués à la conférence.

Si l’enthousiasme manifesté par les participants est représentatif de la santé du mouvement de conservation visant à protéger les races rares et à promouvoir la diversité des races de bétail, alors on peut aisément conclure que les races ancestrales sont en de bonnes mains au Canada.

 

Jane Morrigan, M.Sc., P.Ag., est éleveuse de bovins Jersey, Belted Galloway et Tarentaise pur sang à Pictou County, en Nouvelle-Écosse. Elle est coordonnatrice du site Web du Centre d’agriculture biologique du Canada (CABC) ainsi que monitrice au Collège d’agriculture de la Nouvelle-Écosse (CANÉ). Elle recevra avec plaisir vos commentaires et vos questions à l’adresse oacc@nsac.ca ou au 902-893-7256.

Affiché en mai 2009

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