
Temple Grandin utilise la maîtrise des poins critiques pour
évaluer le bien-être des animaux
par Jane Morrigan, M.Sc., P.Ag.
Temple Grandin est sans doute la spécialiste des animaux la plus
connue au monde, et ce, grâce à ses travaux sur l’amélioration
de la manipulation des animaux dans les abattoirs et pendant la période
d’engraissement. On lui doit la notion de conception d’élevages
qui tiennent compte du comportement naturel des espèces animales,
donc dans une certaine mesure… de leur point de vue. Elle a eu une
influence énorme sur l’industrie des viandes; on lui doit
l’adoption des descentes incurvées, des revêtements
de sols antidérapants et la formation du personnel des abattoirs
à des méthodes de manipulation visant à diminuer
les effets du stress.
La Dre Grandin, professeure et chercheure à la Colorado State
University, est célèbre pour son approche directe, non catégorique,
visant à améliorer sur le terrain la façon dont on
manipule les animaux pendant la période qui précède
l’abattage. J’ai déjà eu le privilège
de l’accompagner pendant l’inspection de grandes installations
de transformation du porc en Alberta. J’ai été impressionnée
par son style raisonnable et le respect que lui ont manifesté les
dirigeants. Elle a clairement démontré par ses travaux qu’en
améliorant la façon de manipuler les animaux, on améliorait
la qualité des viandes et, par conséquent, que l’on
accroissait les bénéfices. D’importants acheteurs
de viandes comme McDonald’s comptent sur son expertise pour évaluer
leurs fournisseurs sur le plan de la manipulation sans cruauté
des animaux.
En plus d’avoir amélioré la conception des systèmes
de manipulation des animaux, Temple Grandin a consacré ses efforts
à élaborer des façons de mesurer objectivement le
bien-être animal dans les abattoirs et dans les fermes. Sa devise
est « On peut gérer ce que l’on peut mesurer. »
Récemment, à Toronto, la Dre Grandin prenait la parole
durant un atelier auquel je participais, «Delivering Humane Food
in Canada», parrainé par la Canadian Coalition for Farm Animals.
Elle a fait le point sur les progrès réalisés au
cours des deux dernières décennies et a donc abordé
le concept de l’application des principes de l’analyse des
risques et de la maîtrise des points critiques (Hazards Analysis
Critical Control Points ou HACCP) à l’évaluation du
bien-être des animaux. Non seulement le bien-être animal est-il
un élément important de la sécurité alimentaire,
mais on peut également le mesurer objectivement à l’aide
des points critiques à maîtriser (en anglais, CCP). Un CCP
est précis : « Tous les porcs doivent être en mesure
de s’étendre en même temps sans être les uns
sur les autres. » C’est bien différent des énoncés
vagues souvent employés dans des codes de pratiques et autres normes,
comme « adéquats » ou « suffisants », qui
peuvent avoir une multitude de sens selon les personnes.
La Dre Grandin est d’avis que les normes de classement pour réussir
une vérification doivent pouvoir être atteintes par au moins
25 % des fermes (ou des abattoirs). Autrement dit, les normes d’inspection
doivent être réalistes, et on doit être certain que
les meilleurs producteurs pourront y satisfaire. Une fois qu’une
vérification est établie comme procédure courante
et que les producteurs en apprennent davantage sur la façon dont
ils peuvent améliorer le bien-être des animaux qu’ils
élèvent, on peut resserrer les normes. « Un classement
numérique permet de déterminer si des pratiques ou l’état
des animaux s’améliorent ou se détériorent.
» C’est ainsi que l’on peut améliorer continuellement
une situation de façon convenable et progressive.
Trois CCP sont essentiels et devraient s’appliquer à toutes
les fermes, selon la Dre Grandin, notamment : 1) locaux d’élevage
appropriés aux besoins (des batteries de cages pour les poules
pondeuses pourraient ne pas convenir, comme en production d’oeufs
biologiques); 2) plan d’euthanasie et/ou équipement approuvés
pour l’espèce concernée; 3) accès à
de l’eau propre et dispositifs d’alimentation fonctionnels
et bien entretenus.
Les vérifications ou les inspections sur le bien-être des
animaux menées à la ferme peuvent être adaptées
sur mesure aux espèces ou aux types de fermes. Par exemple, les
CCP sur les fermes laitières spécifient entre autres la
proportion de vaches boiteuses, la proportion de vaches trop maigres,
le pourcentage de veaux ayant reçu du colostrum, des directives
sur le bien-être en cas d’intervention chirurgicale comme
l’écornage et la castration, les niveaux d’ammoniac
à l’intérieur des installations, et les dimensions
des stalles. Les normes de ces catégories peuvent être établies
en fonction de publications sur les classements portant sur la boiterie
et l’état de santé.
On doit saluer la contribution de Temple Grandin à l’établissement
d’une méthode fiable, rationnelle et rigoureusement scientifique
pour noter de façon objective les points critiques à maîtriser
(CCP) afin de mesurer le bien-être des animaux dans les élevages
ou les abattoirs. Le concept est à la fois simple et solide. Je
suis persuadée que la vie des animaux d’élevage va
nettement s’améliorer au fur et à mesure que la vérification
du bien-être animal s’appliquera à un plus grand nombre
de fermes.
Jane Morrigan, M.Sc. est la coordonnatrice du site Web du Centre d’agriculture
biologique du Canada (CABC). Elle a déjà exploité
une ferme laitière; et son mémoire de maîtrise («
The Welfare of Cull Holstein Cows at an Abattoir ») porte sur le
bien-être des vaches à l’abattoir. Elle attend vos
commentaires ou vos questions à oacc@nsac.ca
ou au 902-893-7256.
Pour plus de renseignements sur les méthodes de manipulation des
animaux, les directives de notation objective et les vérifications
du bien-être animal, consultez le site de Temple Grandin http://www.grandin.com
Affiché en juillet 2006
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