
Les fermes biologiques combinent profits et bienfaits pour l’environnement
par Frances Willick
L’agriculture biologique produit des rendements similaires et souvent
des profits supérieurs à ceux de l’agriculture classique
(ou « conventionnelle ») tout en consommant environ 30 % moins
d’énergie fossile, en évitant la pollution causée
par les herbicides et les pesticides, et en entretenant la vie du sol
et l’eau.
Ces conclusions, celles de David Pimentel de Cornell University, publiées
dans Bioscience, se fondent sur une étude des systèmes agricoles
du Rodale Institute qui a duré 22 ans. L’étude en
question a comparé la production de maïs et de soja conventionnels
en utilisant les traitements d’engrais et de pesticides recommandés;
la production biologique de maïs, de soja, de blé, de foin
et de cultures de couverture en utilisant du fumier âgé de
bovins comme source d’azote; et la production biologique de maïs,
de soja et de blé à l’aide de légumineuses
comme sources d’azote. Aucun des systèmes biologiques n’avait
recours aux herbicides ou aux pesticides.
Les rendements du maïs et du soja ont été similaires
pour tous les systèmes sur la période de 22 années
de l’étude. Les rendements ont été inférieurs
dans les systèmes agricoles biologiques pendant la période
transitionnelle de cinq années; mais dans les périodes de
sécheresse, les systèmes en gestion biologique ont produit
en moyenne un tiers de plus de maïs que le système conventionnel.
Les auteurs de l’étude attribuent ces résultats à
une teneur en eau plus élevée des sols, à un meilleur
réapprovisionnement en eau de la nappe souterraine, et à
moins de ruissellement de surface dans les systèmes en mode biologique.
Même si les intrants énergétiques nécessaires
à la production de soja ont été semblables pour les
trois systèmes, les besoins énergétiques en production
de maïs biologique ont été environ 30 % inférieurs
à ceux de la production de maïs conventionnel.
La production biologique a demandé 35 % de plus de main d’œuvre
que la production conventionnelle. Dans les systèmes bio, cependant,
cette main d’oeuvre se répartissait sur tout l’été
lorsque les agriculteurs avaient à s’occuper du blé,
des cultures de couverture et des travaux motorisés. En gestion
conventionnelle, le gros des besoins en main d’œuvre survient
au commencement et à la fin de la saison, lors de la plantation,
puis de la récolte.
Dans les parcelles biologiques, aucun herbicide chimique n’a été
utilisé; dans les parcelles conventionnelles de maïs et de
soja, quatre herbicides ont été appliqués aux taux
recommandés. Deux d’entre eux - le métolachlor et
l'atrazine – ont par la suite été décelés
dans les échantillons d’eaux de ruissellement / échantillons
de lixiviats. Bien que la Environmental Protection Agency n’ait
pas encore fixé de niveaux acceptables de métolachlor dans
l’eau potable, les taux d’atrazine présents dans les
échantillons d’eau ont parfois dépassé les
niveaux de contamination maximaux établis par l’EPA. Il y
a eu lessivage d’azote tant dans les systèmes biologiques
que dans les systèmes conventionnels, avec 20 %, 16 % et 10 % des
échantillons dépassant la limite maximale acceptable respectivement
pour la gestion conventionnelle, la gestion avec culture de légumineuses
et la gestion avec fumier de bovins.
L’utilisation de cultures de couverture contribue à la rétention
de l’eau, à la prévention de l’érosion
du sol et à l’entretien de la vie dans le sol lorsque les
terres ne servent pas à des fins agriculturales. Même si
les résidus de récoltes ont été laissés
en champs dans le système conventionnel, aucune culture de couverture
n’a été plantée. Dans les deux systèmes
en gestion biologique, on a planté des cultures de couverture.
Dans ces deux systèmes, la teneur en carbone du sol était
nettement supérieure à celle du système conventionnel;
même constatation pour la matière organique du sol et les
champignons utiles. Ces éléments contribuent à une
teneur en humidité plus élevée, à améliorer
la résistance aux maladies et à la sécheresse, et
à un meilleur mélange du sol.
En tenant compte de tous les facteurs économiques – coûts
des intrants, main d’oeuvre et rendement – le rendement net
annuel pour le système conventionnel (184 $/ha) a été
légèrement supérieur à celui (176 $/ha) des
systèmes en gestion biologique, et ce, sans compter la bonification.
Cependant, étant donné que les produits bio obtiennent un
meilleur prix sur le marché, le rendement net pour la production
biologique est souvent égal ou supérieur à celui
de la production conventionnelle. L’étude souligne que la
bonification requise pour ramener les deux niveaux de rendement au même
niveau n’était que de 10 % au-dessus des prix « conventionnels
». Pendant les années 1990, les bonifications ont largement
dépassé ce pourcentage. Elles atteignent maintenant de 65
% à 140 % dans la région ayant fait l’objet de l’étude.
Comme le notent les auteurs de cette étude, les coûts de
l’agriculture conventionnelle en matière d’environnement
et de soins de santé sont substantiels. Les effets de l’érosion
du sol, de l’utilisation de pesticides et d’herbicides chimiques
et de l’excès de fertilisants ont des répercussions
néfastes tant pour l’écologie de la planète
que pour la santé des êtres humains. Les méthodes
agricoles biologiques réduisent les effets négatifs de l’agriculture
sur l’environnement en limitant les intrants synthétiques
et l’érosion des sols, en conservant l’eau et en améliorant
la biodiversité. Comme cette étude l’indique, ces
bienfaits sont associés à des rendements convenables et
à de bons revenus.
Réf. de l’article original
Pimentel et coll., Bioscience, vol. 55 (2005), p. 573 – 582.
Frances Willick est consultante auprès du Centre d’agriculture
biologique du Canada. Faites parvenir vos commentaires ou vos questions
par téléphone au 902-893-7256 ou par courriel à oacc@nsac.ca.
Affiché en juillet 2007
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