
La maladie de la vache folle et le boeuf biologique
Par Rupert Jannasch
La
production de viande biologique certifiée a longtemps tiré
de l'arrière par rapport à la production de légumes
et le secteur laitier biologiques. Cependant, les récents événements
entourant la maladie de la vache folle ont motivé l'évaluation
de la santé du marché de la viande bovine biologique
Jusqu'à la publication de la norme nationale pour l'agriculture
biologique en 1999, la production du boeuf biologique au Canada était
en grande partie limitée par les normes rigoureuses touchant la
production animale. L'assouplissement des règles pour permettre
l'utilisation restreinte d'aliments conventionnels et de vermifuges,
qui a rendu nos normes plus près de ce qui se fait en Europe, a
favorisé la production biologique de boeuf à grande
échelle.
Des prions, des protéines néfastes qui transforment le
cerveau d'un animal atteint d'ESB en bouillie, ont été
liés à une variante humaine du syndrome d'encéphalopathie
spongiforme, la maladie de Creutzfeldt-Jakob. La forme bovine de cette
maladie est provoquée par l'ajout dans l'alimentation
des bovins de résidus d'abattoirs, en particulier de tissu nerveux
et cérébral de ruminants. Il n'existe aucune preuve suggérant
que les humains puissent contracter l'ESB en mangeant des tissus musculaires
comme les rôtis ou biftecks.
Les normes biologiques interdisent l'alimentation du bétail à
l'aide de sous-produits animaux et déchets d'abattoir. Il
est remarquable que dans les années 20, le philosophe autrichien,
Rudolph Steiner, père du mouvement d'agriculture biodynamique,
eût prédit que le fait d'alimenter des animaux de résidus
de la même espèce les rendrait fous.
Les manchettes au sujet de cas de la maladie de la vache folle, ou encéphalopathie
spongiforme bovine (ESB), en Amérique du Nord ont-elles fait augmenter
la demande pour le boeuf biologique? Les producteurs de boeuf
à travers le Canada ont noté une hausse de la demande, mais
ils sont peu nombreux à croire que l'ESB a eu beaucoup d'impact.
Alan Stewart élève une douzaine de vaches Hereford croisées
à Hortonville, en Nouvelle-Écosse. Il vend son boeuf
en demi-carcasses ou en boîtes familiales, ainsi qu'en découpe
au marché public de Wolfville. Une boîte de 50 livres de
coupes mélangées se vend 5,00 $ la livre.
« La demande augmente de 20 à 30 pour cent par an, »
affirme Stewart, « mais ça n'est pas directement lié
à la maladie de la vache folle. La plupart de mes clients sont
conscients qu'il existe des problèmes fondamentaux avec le
système conventionnel de production d'aliments et d'élevage
du boeuf. Leur réflexion va plus loin que la maladie de la
vache folle. »
Près de Pincher Creek, en Alberta, six éleveurs appartenant
à un regroupement de producteurs de Diamond Willow Range travaillent
ensemble pour produire et mettre en marché du boeuf biologique.
Une partie des bouvillons d'un troupeau mixte d'environ 1 200 vaches sont
finis dans un enclos de finition biologique dédié. La majeure
partie de ce boeuf est mise en marché par un distributeur
à Vancouver.
Le coordonnateur, Larry Firth, croit que l'impact de la maladie de la
vache folle a été faible. « L'un de nos gros
problèmes, » dit-il, « est que les coûts de transformation
se sont accru parce que nous ne pouvons plus nous débarrasser des
abats. Les frais d'abattage ont augmenté. Et nous avons les
mêmes problèmes que les producteurs conventionnels pour écouler
les vieilles vaches. »
Selon Janet Main, une propriétaire de ranch, l'un des défis
de la mise en marché est que les clients veulent généralement
des coupes nobles. Lorsqu'on est obligé de vendre les quartiers
d'en avant au prix du conventionnel, cela réduit la prime
qu'obtient la viande biologique.
Ces primes peuvent être importantes. Par exemple, le boeuf
haché maigre biologique certifié se détaille entre
6,80 $ et 8,00 $ la livre dans les petites épicerie et boucheries
spécialisées d'Halifax et d'Ottawa. Dans un magasin
d'Ottawa, le bifteck de côte biologique se vend pour 16,80 $ la
livre comparativement à 10,99 $ pour la même coupe conventionnelle.
Le fait que les principales chaînes d'épiceries comme Loblaws
ne vendent que rarement du boeuf biologique suggère que le
marché est toujours assez limité. Si le prix du boeuf
conventionnel devait s'effondrer, la différence avec le prix du
boeuf biologique augmenterait. Cela imposerait une pression à
la baisse au prix du boeuf biologique.
Mike et Cynthia Beretta, de Beretta Organic Farms, élèvent
environ 100 vaches de boucherie sur leurs 800 acres d'exploitation
diversifiée située au nord de Toronto. Tous les animaux
de la ferme sont certifiés biologiques et les jeunes sujets sont
finis à la ferme. Ils achètent environ quatre cents animaux
supplémentaires qui sont découpés à la boucherie
des Beretta.
Comme ils ont leur propre installation de transformation, les Beretta
peuvent vendre toutes leurs carcasses, incluant les coupes de moindre
qualité, sous l'étiquette biologique « Arriver à
écouler tout le boeuf est la clef du succès, »
affirme Mike Beretta. « C'est là que le marketing
devient essentiel. »
Il croit cependant, que le marché biologique s'approche
peut-être d'un plateau. « L'offre est beaucoup plus
abondante qu'auparavant, et nous sommes plus près de répondre
à la demande. »
On s'inquiète du fait que les consommateurs perdent confiance
dans le boeuf. « Nous ne voulons pas qu'ils mangent moins de
boeuf en général. Un nouveau client peut adopter le
boeuf biologique, mais il n'en achètera pas autant qu'avant.
»
Bien que la consommation de boeuf biologique augmente, le marché
demeure très étroit. Il est possible que la demande soit
alimentée par des événements médiatiques comme
les cas d'ESB, mais la santé générale du secteur
dépend toujours de la santé de l'économie agricole
dans son ensemble. La triste réalité est que, tant que les
éleveurs d'animaux de reproduction, les propriétaires
d'abattoir locaux et de bons voisins sont poussés à cesser
leurs activités à cause des chicanes politiques alimentées
par l'ESB, la crise de la vache folle peut faire autant de mal que
de bien au marché de la viande bovine biologique à long
terme.
Rupert Jannasch, M.Sc., P.Ag. est un consultant pour le Centre
d'agriculture biologique du Canada. Veuillez communiquer vos commentaires
ou questions par téléphone au 902-893-7256, ou par courriel
au oacc@nsac.ca.
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