
Production et mise en marché de pommes de terre biologiques à
l'Î.-P.-É : Kentdale Farms
par Maggie Hope-Simpson
Fred,
Vaunda et Kent Dollar possèdent et exploitent une ferme familiale
de 275 acres connue sous le nom de « Kentdale Farms » à
North Winsloe, à l'Île-du-Prince-Édouard. Les granges,
le tas de fumier, le silo à grain et le style traditionnel de la
maison sont un rappel de l'historique de cette ferme familiale consacrée
principalement à l'élevage (lait et boeuf). Aujourd'hui,
la ferme produit des pommes de terre biologiques certifiées et
du blé de meunerie, cultivés en rotation de cinq ans avec
du foin.
De la transition à l'expansion
Ils ont commencé le processus de transition biologique en 1999.
La ferme a obtenu sa certification biologique en 2001 auprès de
l'organisme Maritime Certified Organic Growers (MCOG) et depuis 2003,
est certifiée par Organic Crop Producers and Processors (OCPP).
L'expérience de Fred en agriculture et en gestion d'une exploitation
laitière commerciale l'a aidé à s'occuper tant des
aspects agricoles que commerciaux de la transition biologique. Le type
de rotations associé à l'exploitation laitière, et
le fait qu'on utilisait des méthodes de culture écologiques
à la ferme depuis 1993, a aidé à accélérer
le passage vers la certification. « Nous cultivions de manière
écologique depuis 10 ans avant de passer au biologique. Aussi,
la transition n'a pas été trop difficile. Nous avons cultivé
nos pâturages et nos champs de foin pendant la transition de 3 ans,
et avons graduellement intégré le haut de la terre dans
la production. Effectuer la transition à partir d'une exploitation
laitière a facilité les choses. La terre était bien
fertile et renfermait beaucoup de matière organique. Nous avions
également une grande quantité de fumier ».
L'augmentation
de la production de pommes de terre et de blé biologiques certifiés
s'est fait graduellement mais assez rapidement. Fred raconte : «
Nous avons commencé sur une petite échelle en 1999, et petit
à petit nous avons atteint 50 acres en pommes de terre. Nous avions
30 acres en céréales en 2002, et environ 90 en 2003. En
2001, nous avons construit un entrepôt qui peut contenir les pommes
de terre récoltées sur 50 acres de (environ 500 tonnes)
et une salle de classification et d'emballage. Cela fonctionne bien, et
permet de faire le travail. »
Une rotation qui fonctionne
Les plantes qu'ils cultivent actuellement représentent un bon choix
au point de vue du marketing. Elles se complètent également
bien pour la rotation. « Il y avait une demande du marché
pour des pommes de terre biologiques certifiées. Il y avait également
une demande du blé de meunerie certifiée. Les deux types
de plantes fonctionnent bien en rotation, C'est une rotation de cinq ans
composée de blé, pommes de terre, blé, suivi par
un ou deux ans de foin. Cela représente donc un bon mariage pour
la viabilité de l'exploitation toute entière ». Jusqu'ici,
la rotation et les méthodes de régie des champs utilisées
fonctionnent bien : les deux dernières années ont donné
des cultures saines et vigoureuses, peu de mauvaises herbes, de parasites
et de maladies, avec de bons rendements. Par exemple, en 2002 le rendement
moyen en pommes de terre était de 225 quintaux à l'acre
et de 0,75 tonne à l'acre pour le blé.
Cultiver
pour le marché de gros
Les pommes de terre de Fred sont principalement écoulées
auprès d'Atlantic Wholesalers et Sobey's, en sacs de 5 et 10 livres
portant l'étiquette « Kentdale ». Le blé est
mis en marché par Spearville Mills, de Spearville au Nouveau-Brunswick.
Fred fait remarquer qu'en agriculture et en mise en marché, même
lorsqu'on connaît les exigences du marché et des consommateurs,
il demeure toujours une certaine part d'essais et erreurs pour déterminer
ce qui fonctionne et de qui ne fonctionne pas. « En 2003, nous avons
cultivé pour la première fois une nouvelle variété
rouge, la Norland. Avant, nous produisions la variété Chieftans,
mais avons constaté qu'elle est fragile et que sa couleur pâlit
trop rapidement. La Norland est une pomme de terre attrayante avec une
pelure un peu plus dure, qui n'est pas aussi facile à meurtrir.
Goldrush, une variété longue de type Russet, est notre principale
variété. C'est vraiment une bonne pomme de terre qui convient
à tous les usages : bonne cuite au four, en purée,
bonne quelle que soit la manière dont on l'apprête. L'année
dernière, nous avons essayé deux variétés
à chair jaune, la Yukon Gold et la Fabula. Jusqu'ici, les ventes
ont été bonnes. » En 2003, Fred a lavé toutes
les pommes de terre pour la première fois avant de les mettre en
sac. Bien que son acheteur ne l'exige pas, Fred est convaincu que le lavage
des pommes de terre aidera les ventes. « En mai, j'ai dû laver
quelques pommes de terre pour une commande en Ontario. J'ai alors décidé
d'essayer de tout laver pour le marché d'Atlantic Wholesale. Après
avoir ai fait cela, les ventes ont augmenté. Nous avons donc commencé
à laver dès de début de la récolte, d'automne.
Les pommes de terre conventionnelles qui se trouvent à l'épicerie
sont toutes lavées. Et c'est précisément ce marché
dont nous cherchons à conquérir une petite part. »
Rentabilité
de la production de pommes de terre biologiques
La viabilité économique de la production biologique de pommes
de terre repose en grande partie sur les prix plus intéressants
payés à l'agriculteur pour contrebalancer les coûts
de production plus élevés et les rendements inférieurs
des pommes de terre biologiques par rapport aux tubercules conventionnels.
Les rotations généralement plus longues chez les producteurs
de pommes de terre biologiques (1 an de pommes de terre sur 4, ou 2 sur
5) représentent une contrainte financière supplémentaire.
Fred croit que les fondements économiques de la production biologique
de pommes de terre sont solides, mais exigent une quantité considérable
de capitaux, une vaste expérience de la gestion et de la mise en
marché agricoles et beaucoup de travail. « Il faut démarrer
en bonne posture financière. On doit également acheter et
entretenir de l'équipement usagé, plutôt que d'acheter
du neuf. Puis, il est nécessaire de produire une bonne récolte
de pommes de terre, au moins 200 quintaux à l'acre, conserver la
qualité de ces pommes de terre par un entreposage adéquat
et les mettre en marché. C'est rentable, mais il faut travailler
dur. Vous devez être un bon gestionnaire, qui a ses affaires bien
en main... »

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