
Les mélanges de cultures sont-ils… n’importe quoi?
par Brenda Frick, Ph.D.
Dans un article récent du Western Producer, on pouvait lire que
l’utilisation de graines de plantes hybrides donnerait des résultats
pires que décevants… ce serait « n’importe quoi
». Les récoltes incluraient des caractéristiques des
deux souches y compris des différences qui pourraient compliquer
la gestion chimique. Si la plupart des problèmes associés
à l’utilisation de variétés mixtes concernent
les apports chimiques, peut-être serait-il intéressant d’envisager
cette approche en production biologique.
Notre dépendance à l’égard des monocultures
dans les systèmes modernes atteint un tel niveau que nous oublions
souvent que les cultures associées étaient courantes auparavant
dans les systèmes de subsistance traditionnels. On possède
des éléments probants quant à la stabilité
des rendements et à la contribution des mélanges dans la
lutte contre les ravageurs.
La démonstration la plus spectaculaire des avantages des mélanges
de cultures associées est une étude effectuée dans
la province du Yunnan en Chine où on a planté sur des milliers
de champs des mélanges de riz pour tenter de réduire les
dégâts du piétin-échaudage, une maladie fongique
dévastatrice. La contamination par le piétin-échaudage
a été 94 % moins marquée dans les cultures de mélanges
que dans les champs de riz en monoculture plus réceptive. Les taux
d’attaque dans les champs plantés de mélanges sont
considérés comme acceptables, et on n’a pas utilisé
de fongicides. Les rendements s’étaient également
accrus de façon considérable. Dans le même ordre d’idées,
avec des mélanges de blé plantés au cours d’expériences
menées au Royaume-Uni, on a obtenu une diminution des niveaux de
blanc du blé, de septoria et de rouille brune.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles les mélanges de cultures
peuvent être moins vulnérables aux maladies que les monocultures.
Dans une monoculture, les plantes prédisposées sont entourées
d’autres plantes aussi susceptibles, ce qui permet aux maladies
de se répandre aisément. Dans un mélange de plantes
réceptives et résistantes, les plantes résistantes
font office de barrière naturelle à la dissémination
des maladies et l’espacement des plantes réceptives ralentit
d’autant cette dissémination. Si les plantes réceptives
succombent à une maladie, les plantes résistantes peuvent
être en mesure de compenser les pertes en ayant une croissance plus
forte et en produisant davantage de graines. De plus, les plantes exposées
aux maladies développent une réponse immunitaire et acquièrent
une meilleure résistance.
Les mélanges de cultures peuvent également ralentir la
dissémination des maladies en agissant directement sur elles. Les
agents pathogènes peuvent s’adapter plus rapidement à
une culture homogène et être davantage en mesure de provoquer
des maladies. Dans une culture mélangée, les pressions sélectives
plus variées freinent l’évolution des maladies.
Dans les Prairies, nous avons l’avantage d’une saison courte
et d’un environnement difficile. Ces facteurs combinés réduisent
grandement les conséquences des maladies. Mais dans les régions
où la croissance des cultures est plus longue et où les
maladies peuvent se développer sur plusieurs générations
d’une même récolte, les avantages des mélanges
de cultures pourraient être encore plus grands.
Les mélanges de cultures peuvent également s’avérer
plus résistants à d’autres formes de stress comme
la sécheresse ou le froid. Nombre d’études recensées
montrent que les mélanges donnent généralement des
rendements au moins aussi élevés que la moyenne des cultures
associées et souvent supérieurs. Un mélange peut
être constitué de variétés qui réussissent
en situation humide, en situation sèche, en situation de carence
de nutriments, etc. Avec les mélanges, les rendements sont souvent
plus stables, car la souche plus forte compense les pertes de rendement
de la souche plus faible.
Pourquoi ne pas faire pousser simplement la meilleure variété?
Il peut être difficile de prévoir à l’avance
quelle variété donnera les meilleurs résultats. Il
est possible qu’une variété particulière donne
de meilleurs résultats dans un environnement relativement uniforme.
Et certains affirmeront que les systèmes à niveaux élevés
d’intrants créent un environnement homogène, même
si on ne peut y éliminer les variables liées au temps. Dans
les faits, les champs –– peut-être plus particulièrement
dans les fermes biologiques –– sont des milieux extrêmement
variables d’une année à l’autre et même
d’une zone à l’autre.
La conception de mélanges de cultures est presque un art. Des
producteurs ont utilisé une petite proportion de blé aristé
dans un mélange surtout composé de blé mutique, parce
qu’ils préféraient la variété mutique,
mais la variété aristée a augmenté la circulation
de l’air dans les javelles, ce qui a diminué la rétention
excessive d’humidité. D’autres producteurs ont mélangé
des variétés courtes de blé dur avec des variétés
appréciées plus hautes pour qu’elles résistent
mieux à la verse. Un mélange idéal peut contenir
des variétés qui diffèrent sur le plan de la résistance
aux maladies, qui possèdent des caractéristiques diverses
mais recherchées ou qui se complètent bien.
Il y a des précautions à prendre lorsqu’on élabore
les mélanges. Une adéquation de la maturité des variétés
permettra d’éviter les maux de têtes au moment de la
récolte. Il est également très important de s’assurer
que l’acheteur de la récolte acceptera le mélange.
Pour le blé de force rouge de printemps et le blé de force
dur, ou pour les cultures de fourrages, les mélanges ne risquent
pas de créer trop de problèmes. Avec d’autres cultures,
les variétés peuvent nécessiter plus d’attention.
C’est particulièrement le cas pour l’orge de brasserie.
Même si on peut produire une bière de qualité en combinant
différentes variétés de malts, elles doivent être
maltées séparément afin de garantir une qualité
uniforme. D’autres producteurs peuvent avoir des préoccupations
similaires et préférer faire leurs propres mélanges
de variétés. Les mélanges de cultures comme les pois
et les lentilles, d’apparences bien distinctes, doivent être
acceptées par l’acheteur à titre de récoltes
mélangées ou être si distincts en taille qu’on
puisse facilement les séparer.
Alors? Les mélanges doivent-ils obligatoirement être…
« n’importe quoi »? Un mélange planifié
soigneusement, avec une bonne capacité de récolte et une
mise en marché adéquate peut être une solution idéale
de culture dans un environnement variable et imprévisible. Accroître
la diversité, même à ce niveau, peut réduire
les risques et améliorer la stabilité des rendements.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice pour les Prairies du
Centre d’agriculture biologique du Canada au Collège d’agriculture
de l’Université de la Saskatchewan. Elle appréciera
vos commentaires au (306) 966-4975 ou par courriel à l’adresse
brenda.frick@usask.ca .
Merci à Brian Rossnagel, Kirstin Bett et Brenda McCuaig pour les
discussions intéressantes sur les mélanges de cultures.
Références
Gallandt, E.R., S.M. Dofing, P.E. Reisenauer et E. Donaldson. «
Diallel Analysis of Cultivar Mixtures in Winter Wheat », Crop Science,
no 41 (2001), p. 792-796.
Phillips, S.L. et Wolfe, M.S. « Plant breeding for agricultural
diversity, Science and Practice for Profitable Livestock and Cropping
Occasional Symposium », British Grassland Society, no 37 (2004),
p.184-187.
Wolfe, M.S. « Perspective: diversity within crops resists disease
», site du New Agriculturalist Online, http://www.new-agri.co.uk/01-1/perspect.html.
Wolfe, M.S. “The current status and prospects of multiline cultivars
and variety mixtures for disease resistance”, Ann. Rev. Phytopathol,
no 23 (1985), p.251-73.
Zhu Y., Chen H., Fan J., Wang Y., Li Y., Chen J., Fan J., Yang S., Hu
L., Leung H., Mew T.W., Teng P.S., Wang Z. et Mundt C.C. « Genetic
diversity and disease control in rice », Nature no 406 (2000), p.
718-722.
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