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Le pissenlit, ce mal-aimé

par Brenda Frick, Ph.D.

Le pissenlit.Dame Nature souligne le début de la belle saison par une explosion dorée de fleurs qui font écho à la chaleur revenue du soleil printanier. Le pissenlit est l’une des premières fleurs à faire leur apparition à cette époque. Pour les citadins, les pissenlits sont généralement synonymes de printemps, ce qui les rend particulièrement importants pour les abeilles et autres insectes pollinisateurs qui s’éveillent après un long hiver sans nourriture. Dans l’enfance, ce sont souvent les premières fleurs que nous cueillons pour nos mamans ravies de ces tendres bouquets, et ces preuves de notre affection abondent opportunément le jour de la Fête des mères.

Les pissenlits semblent diviser l’opinion publique, particulièrement lorsqu’ils poussent dans un milieu hautement symbolique ¬¬–– la pelouse de ville. Selon CropLife, l’association commerciale des fabricants de pesticides et de la biotechnologie végétale, les particuliers achètent annuellement plus d’un million de contenants de pesticides pour le traitement de leur gazon (combinés généralement à des engrais). D’après un rapport du ministère albertain de l’agriculture, les citadins utilisent en moyenne 4 fois plus de désherbants par acre de pelouse que les fermiers par acre de terre agricole. La majorité de ces herbicides servent à traiter le gazon. Le plus courant d’entre eux, le 2,4-D, sert surtout à lutter contre ce « fléau » qu’est le florion d’or, ou pissenlit.

C’est donc à juste titre que l’on s’intéresse maintenant de plus en plus à cette habitude. Même si CropLife et l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada affirment qu’on peut employer sans danger le 2,4-D, l’Ontario College of Family Physicians (OCFP) a mené une étude poussée des recherches sur les pesticides et découvert des preuves solides quant aux risques pour la santé des personnes exposées à ces produits, y compris au 2,4-D. L’OCFP recommande « d’éviter le plus possible l’exposition à tous les pesticides, y compris les contacts avec ces produits autour des maisons, dans les jardins et les espaces verts ». Un nombre croissant de professionnels suggèrent d’instaurer un moratoire sur la vente d’herbicides à des fins esthétiques, particulièrement en milieu urbain. Les groupes qui appuient un tel moratoire comprennent l’Association d'information sur l'allergie et l'asthme, la Société canadienne du cancer, l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, la Fondation canadienne du foie, la Canadian Society for Environmental Medicine, Troubles d'Apprentissage - Association canadienne, l’Association canadienne des médecins pour l'environnement et l’Ontario College of Family Physicians. Des villes comme Toronto et Halifax ont déjà interdit l’utilisation des herbicides à des fins esthétiques.

Tandis que certains tentent d’empoisonner les pissenlits et que d’autres cherchent des moyens moins toxiques de les éradiquer, d’autres encouragent sa cueillette. Le pissenlit se cultive en France, en Belgique, en Allemagne et en Chine.

L’utilisation phytothérapeutique du pissenlit ne date pas d’hier, et on y fait mention dans des ouvrages sur les plantes médicinales parus en Chine au 7e siècle, en Arabie au 10e siècle et en Europe au 15e. Aujourd’hui, on trouve une large gamme de produits à base de pissenlit dans les magasins d’aliments naturels, dans les marchés publics et par le biais d’Internet. On l’utilise de bien des façons, notamment comme diurétique, pour faciliter la digestion, comme dépuratif sanguin et hépatique et pour les douleurs articulaires.

Le pissenlit est également une plante comestible très nutritive. Ses feuilles sont riches en minéraux comme le potassium, le calcium, le cuivre et le fer, et en vitamines A (davantage de bêta-carotène que dans les carottes), du complexe B, C et D. On peut les utiliser en salade, les cuire comme légume d’accompagnement ou dans des soupes et ragoûts, ou les infuser en tisane. On peut également faire fermenter les feuilles en saumure, comme la choucroute, ou les combiner à d’autres plantes pour en faire de la bière.

S’il vous est arrivé au milieu de l’été de mâchouiller une feuille de pissenlit que vous avez trouvée amère, essayez de nouveau au printemps prochain avant sa floraison, ou jetez les vieilles feuilles pour ne consommer que les jeunes plus tendres. Comme les jeunes feuilles de laitue, celles du pissenlit sont plus douces au goût. En France, on récolte les racines à l’automne et on force la repousse dans les caveaux à légumes. Les pousses cultivées dans l’obscurité sont particulièrement douces en bouche.

Les racines du pissenlit sont très riches en pectine et en inuline, qui stimulent la croissance de la flore intestinale. Après les avoir nettoyées, on les coupe et on les cuit comme un légume ou on les émince pour les faire sauter. Le taux élevé d’inuline qu’elles contiennent leur donne un goût sucré qui s’accroît à la cuisson. Une fois séchées, elles peuvent également être moulues et donner une boisson chaude sans caféine.

Avec les fleurs, on peut faire du jus, du vin ou de la gelée. Trempées dans la pâte à frire, elles peuvent être frites ou incorporées aux crêpes ou aux beignets. Le pissenlit entre aussi dans la composition de produits de rinçage capillaire ou de crèmes cosmétiques. Une simple recherche dans Internet donne une foule de recettes à base de pissenlit.

Il semble apparemment que l’attitude des gens à l’égard des pissenlits commence à s’adoucir. Cela devrait entraîner une amélioration de notre santé et de notre environnement et pourrait même avoir des incidences sur notre économie, si nous apprenons à commercialiser plutôt qu’à exterminer ces cadeaux de Dame Nature.



Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice pour les Prairies du Centre d’agriculture biologique du Canada au Collège d’agriculture de l’Université de la Saskatchewan. Elle appréciera vos commentaires au (306) 966-4975 ou par courriel à l’adresse brenda.frick@usask.ca

 

 

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