
L’agriculture soutenue par la communauté
par Brenda Frick, Ph.D., P. Ag.
L’agriculture soutenue par la communauté (ASC) permet aux
consommateurs de produits biologiques de renouer avec leurs origines.
Elle offre aux consommateurs des produits frais et de qualité et
aux producteurs des marchés fiables. Les consommateurs établissent
des rapports avec les aliments, la terre, les saisons, et la communauté
avec les producteurs et les autres membres de la ferme ASC. Les producteurs
établissent des rapports avec les consommateurs, et l’argent
qu’ils reçoivent à l’avance leur permet de cultiver
des aliments sains.
Au cours de la dernière décennie, l’ASC a connu une
expansion rapide en Amérique du Nord, en combinant les deux fortes
tendances de l’agriculture contemporaine, soit les aliments biologiques
et les produits locaux. Une récente étude menée dans
le sud-ouest de l’Ontario indique que plus de 20 % des producteurs
biologiques participent au réseau des fermes ASC. Aux États-Unis,
on retrouve des fermes ASC dans des zones à forte densité
de population sur les deux côtes.
Les membres du réseau des fermes ASC proposent de s’inscrire
pour les motifs suivants : la qualité du produit, le soutien apporté
à l’exploitation agricole locale, les préoccupations
environnementales, les préoccupations concernant la salubrité
des aliments et les services rendus à la communauté (p.
ex. dons d’excédent de produits aux banques alimentaires).
Le concept sous-jacent de l’ASC veut que les consommateurs investissent
littéralement dans la production de leurs aliments. Au début
de chaque saison, les membres achètent une part. Il peut s’agir
d’un paiement forfaitaire unique ou d’un engagement à
faire une série de paiements réguliers. Cela permet au producteur
d’acheter des semences et d’embaucher de la main-d’œuvre
sans avoir à débourser le coût d’emprunt. Certaines
fermes ASC encouragent les membres à travailler pour s’acquitter
de leur engagement. Les consommateurs reçoivent une part de la
récolte en fonction de leur investissement. Elle consiste habituellement
en un panier de produits biologiques livrés hebdomadairement durant
la saison de croissance. En général, le panier comprend
des légumes, mais certaines fermes ASC offrent également
des produits laitiers, des œufs, de la viande et des fruits.
Le risque, la variété limitée et le caractère
saisonnier des produits figurent parmi les défis que l’ASC
doit relever. Les membres partagent le risque avec l’agriculteur.
Lors d’une bonne année de récolte, la part peut être
substantielle. Une mauvaise année peut causer la perte de certaines
cultures et réduire considérablement le rendement des autres
cultures. Pour toutes les autres années, les aliments sont saisonniers
et les produits se limitent aux cultures de la ferme.
La disponibilité des fruits et légumes peut s’avérer
un défi pour les consommateurs. Souvent, la ferme ASC offre à
ses membres des légumes qu’ils ne connaissent pas. Certains
légumes peuvent ne pas être recherchés par tous les
membres ou leur production peut surpasser les besoins des membres. Et
naturellement, le climat, la température et la saison peuvent restreindre
la production. Certains légumes ne sont tout simplement pas disponibles
dans certaines fermes ASC et d’autres ne le sont que pour de brèves
périodes. Dans le cadre d’une étude sur les fermes
ASC menée aux É.-U., les membres se disaient plus préoccupés
par le potentiel de gaspillage pendant les périodes de surproduction
qu’ils ne l’étaient par le caractère saisonnier
ou le choix limité. Les produits de la surproduction peuvent être
vendus aux marchés des agriculteurs locaux ou offerts aux banques
alimentaires ou à d’autres organismes caritatifs.
L’ASC produit-elle des aliments à bon prix? Ce n’est
pas l’objectif de l’ASC. Une étude américaine
montre que très peu de membres des fermes ASC (2 %) se préoccupaient
de la valeur de leur part. La plupart des personnes qui participent à
l’ASC estimaient qu’en insistant sur la production d’aliments
à bas prix, les aliments seraient moins nutritifs ou les méthodes
de production seraient dommageables à l’environnement.
Une étude a constaté que le coût moyen d’un
panier biologique de l’ASC représente de 50 % à 70
% du coût des fruits et légumes achetés dans une épicerie
locale. Les mêmes fruits et légumes biologiques locaux ne
sont pas toujours disponibles à l’épicerie locale,
d’où la difficulté d’établir des comparaisons
et de proposer d’autre avantages pour les ententes ASC.
Bien que le panier biologique de la ferme ASC puisse représenter
un bon rapport coût-résultat pour la plupart des années,
aucune des fermes ASC n’a connu de mauvaise récolte pendant
la durée de l’étude. Le risque peut ne pas avoir été
déterminé adéquatement dans la comparaison financière.
L’agriculture soutenue par la communauté est-elle la nouvelle
vague dans le monde du biologique? Si c’est le cas, c’est
peut-être bon signe. Beaucoup s’inquiètent de la distance
entre les consommateurs et les agriculteurs, de la longueur de la chaîne
d’approvisionnement des aliments, de l’écart entre
les contextes rural et urbain. En général, les membres des
fermes ASC sont des citadins qui jugent le « soutien de l’agriculture
locale » comme étant l’une des principales raisons
de leur inscription. Ils empruntent du japonais « seikatsus »,
une approche à l’agriculture qui offre des « aliments
portant le visage de l’agriculteur ». Cette approche peut
constituer un progrès vers l’établissement de meilleurs
rapports et, de ce fait, des solutions améliorées pour notre
système alimentaire.
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice de la recherche et
la vulgarisation du CBAC de l’Université de la Saskatchewan.
Elle vous invite à lui faire part de vos commentaires par téléphone
au 306-966-4975 ou par courrier électronique à organic@usask.ca.
Références
Jeff Sharp, Eric Imerman et Greg Peters. 2002. Community Supported Agriculture
(ASC): Building Community Among Farmers and Non-Farmers Journal of Extension.
Juin 2002. Vol. 40 (3), vérifié à http://www.joe.org/joe/2002june/a3.html
Cynthia Abbott Cone et Ann Kakaliouras. 1995. Community Supported Agriculture:
Building Moral Community or an Alternative Consumer Choice. Culture &
Agriculture. Printemps/été 1995. pp 28-31
Jack P. Cooley, Daniel A. Lass. 1998. Consumer Benefits from Community
Supported Agriculture Membership. Review of Agricultural Economics, Vol.
20, No. 1 (printemps – été 1998), pp. 227-237
Sumner, J. 2005. Organic farmers and rural development. Un rapport de
recherche sur les rapports entre les agriculteurs biologiques et la durabilité
des collectivités dans le sud-ouest de l’Ontario. OISE, Université
de Toronto, Toronto, ON.
English version
Affiché en juin 2008
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