
La rotation des cultures est indispensable pour accroître la teneur
en nutriments des céréales
par Joanne Thiessen Martens
Les nombreux bienfaits de la rotation des cultures sont bien connus,
particulièrement pour la production biologique, et des chercheurs
à l’Université du Manitoba s’affairent à
ajouter un autre avantage à la liste : la rotation des cultures
peut modifier la teneur en nutriments des céréales comme
le blé.
Martin Entz, Soleil Turmel et Keith Bamford du département de
phytologie de l’Université du Manitoba ont comparé
la concentration de dix minéraux nutritifs dans du blé de
culture biologique et conventionnelle au sein de deux rotations de cultures
différentes au cours des 15 premières années de l’étude
sur la rotation à long terme réalisée à Glenlea,
juste au sud de Winnipeg. Les résultats préliminaires indiquent
qu’un peuplement de luzernes vivaces dans une rotation de cultures
céréalières a fait augmenter les concentrations de
certains nutriments dans le blé.
Les deux rotations de cultures employées durant l’étude
sur les nutriments étaient une rotation de vivaces, soit du blé,
de la luzerne, de la luzerne, puis du lin ainsi qu’une rotation
de vivaces, c’est-à-dire du blé, des pois, du blé,
puis du lin. Chacune de ces rotations a été cultivée
dans le cadre d’une gestion biologique et conventionnelle. Dans
les systèmes biologiques, la rotation des cultures était
la seule source de fertilité; aucun fumier animal ni aucun autre
produit n’a été épandu. Dans les systèmes
traditionnels, les cultures ont été fertilisées en
fonction des recommandations formulées à la suite d’une
analyse du sol.
Les concentrations en zinc et en cuivre étaient plus élevées
et les concentrations en phosphore étaient moins élevées
dans le blé cultivé selon la rotation biologique qui comprenait
de la luzerne que dans toutes les autres rotations. Les concentrations
d’azote et de soufre étaient plus faibles dans le blé
cultivé selon une rotation biologique d’annuelles que dans
le blé cultivé selon une rotation biologique de vivaces
ou selon l’une ou l’autre des rotations conventionnelles.
Les concentrations des autres nutriments, dont le potassium, le calcium,
le magnésium, le fer et le manganèse, n’ont pas été
modifiées par la rotation des cultures ni par la gestion biologique
par rapport à la gestion traditionnelle.
Bien que les raisons de ces écarts dans la teneur en nutriments
ne soient pas toujours évidentes, les chercheurs estiment qu’ils
seraient principalement attribuables à la rotation des cultures
et à l’incidence des rotations de cultures différentes
sur les taux de nutriments dans le sol.
Dans le système biologique d’annuelles, les seules sources
d’azote étaient une culture de légumineuse à
graines (des pois) dans une rotation répartie sur quatre ans; les
taux d’azote dans le sol étaient très faibles, ce
qui s’est traduit par une prise en charge moins grande par la plante
et par une faible concentration d’azote dans le grain. Dans le système
de cultures de vivaces biologiques, en revanche, l’azote produit
par un peuplement de luzerne sur une période de deux ans a permis
un approvisionnement adéquat aux cultures d’annuelles dans
la rotation.
Cela ne veut pas dire que toutes les rotations de cultures biologiques
d’annuelles sont pauvres en azote. Selon Martin Entz, une rotation
d’annuelles qui inclut régulièrement de l’engrais
vert de légumineuses peut fournir suffisamment d’azote pour
les autres cultures de la rotation. La fréquence de la culture
destinée à être utilisée comme engrais vert
dépendra de la région, de la quantité de biomasse
produite par l’engrais vert et des besoins en azote des autres cultures.
La rotation d’annuelles dans l’étude effectuée
à Glenlea a été modifiée en 2004 et comprend
maintenant un engrais vert composé de féverole à
petits grains.
La culture du foin de luzerne dans la rotation des vivaces a également
engendré d’autres différences dans la teneur en nutriments.
La récolte du foin de luzerne a retiré de grandes quantités
de phosphore du champs et, comme ce phosphore n’a jamais été
remplacé, les taux de phosphore dans le sol sont devenus très
faibles dans le système biologique de vivaces, ce qui a limité
la prise en charge du phosphore par la plante. Le retrait de phosphore
du système biologique d’annuelles était, par contre,
beaucoup moins important et, par conséquent, le phosphore n’était
pas limitant dans ce système. Une faible concentration de phosphore
dans le blé n’est pas considérée problématique
du point de vue nutritionnel, car le phosphore est facilement disponible
dans plusieurs aliments et peu susceptible d’être insuffisant.
De faibles taux de phosphore disponible dans le sol dans la rotation
biologique des vivaces peuvent également avoir provoqué
des concentrations plus élevées de zinc et de cuivre dans
le blé cultivé dans ce système. Lorsque les taux
de phosphore disponible sont faibles, les végétaux comme
le lin, les légumineuses et les céréales s’associent
plus étroitement avec le champignon mycorhizien, un micro-organisme
naturellement présent dans le sol qui forme des liens mutuellement
bénéfiques avec les racines des plantes. Ces champignons
augmentent la prise en charge de certains nutriments, y compris les oligo-minéraux
que sont le zinc et le cuivre. Bien qu’il soit possible que ces
oligo-minéraux aient été simplement « dilués
» dans les cultures traditionnelles qui ont donné un rendement
plus élevé, les différences entre les deux rotations
gérées de façon biologique donnent à entendre
que la rotation des cultures serait au moins partiellement responsable
de ce phénomène.
Comme les consommateurs continuent de rechercher des aliments plus sains,
la teneur en nutriments des produits biologiques sera vraisemblablement
mise davantage en évidence. Le fait de connaître l’incidence
de la rotation des cultures et des taux de nutriments dans le sol sur
la valeur nutritionnelle des cultures est un élément clé
lorsqu’il s’agit de comparer la qualité des aliments
biologiques et traditionnels.
Joanne Thiessen Martens est une associée à la recherche
et à la vulgarisation au Centre d’agriculture biologique
du Canada qui travaille en collaboration avec Martin Entz à l’Université
du Manitoba.
C’est avec plaisir qu’Agriculture et Agroalimentaire Canada
(AAC) participe à ce projet. En collaboration avec des partenaires
du secteur, AAC s’engage à sensibiliser davantage les Canadiennes
et les Canadiens à l’importance de l’industrie agricole
et agroalimentaire du pays. Les opinions exprimées dans ce document
sont celles du CABC et non pas nécessairement celles d’AAC.
English
Affiché en novembre 2008
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