
L'intérêt pour les purins de compost s'intensifie
Par Av Singh, Ph. D.
Pour certains producteurs biologiques, combattre les maladies des cultures
peut sembler être une bataille sans fin. Malheureusement, le mildiou,
la pourriture grise, l'oïdium, le mildiou de l'épinard, la
jaunisse fusarienne et la tavelure sont des termes qu'on retrouve trop
souvent dans la bouche de la plupart des agriculteurs. Cependant, l'intérêt
récent pour les vertus thérapeutiques du compost a renouvelé
l'utilisation d'un outil de protection des récoltes pouvant être
utile aux producteurs biologiques comme aux producteurs conventionnels.
Des extraits de liquide provenant du matériel composté,
généralement appelé purin de compost, sont employés
pour supprimer les maladies et stimuler la croissance des plantes. On
obtient des résultats positifs et enthousiasmants.
Contrairement aux fongicides chimiques qui tuent sans discrimination les
micro-organismes pathogènes et bénéfiques, les purins
de compost fonctionnent selon un principe entièrement différent.
Les purins de compost appliqués en vaporisation foliaire exercent
une influence dans la phyllosphère (surface des feuilles) en enduisant
les feuilles de micro-organismes vivants. Les micro-organismes bénéfiques,
comprenant des bactéries (principalement de type bacilles, pseudomonas
et penicillium), ainsi que quelques levures et eumycètes, forment
une barrière physique contre les agents causant les maladies et
fournissent une situation de compétition dans laquelle les espèces
pathogènes sont perdantes. De plus, comme ils constituent également
une source nutritive foliaire, les purins de compost stimulent une saine
croissance des plantes, les rendant ainsi plus résistantes aux
attaques des maladies. Les avantages des purins de compost ne sont pas
limités à la surface des feuilles. Le purin de compost utilisé
en tant que traitement du lit de semis (appliqué au sol) peut être
considéré comme un inoculant, fournissant au sol des nutriments
assimilables et des micro-organismes bénéfiques.
La qualité du compost utilisé pour le purin déterminera,
pour une grande part, la qualité et l'efficacité du purin
de compost. La fabrication de bon compost est un art, bénéficiant
de beaucoup d'aide de la science (pour en apprendre plus au sujet du compostage,
consultez notre cours dispensé par Internet intitulé "
Composting Skills "). L'élément essentiel de la fabrication
du compost destiné à faire du purin est de s'assurer que
les micro-organismes pathogènes causant les maladies sont tués
ou, à tout le moins, qu'ils sont très peu nombreux par rapport
aux micro-organismes bénéfiques. La température et
l'oxygène, qui sont invariablement reliés durant le compostage,
sont deux facteurs critiques à surveiller pendant tout le processus.
Le compost qui a épuisé l'oxygène se retrouve dans
une situation d'anaérobie, favorisant la prolifération d'organismes
pathogènes ou non bénéfiques. Le compost peut être
convenablement aéré en le retournant simplement régulièrement,
ce qui maintiendra non seulement le niveau de l'oxygène élevé
et uniforme dans tout le tas, mais contrôlera également la
température. Idéalement, la température du compost
devrait se situer entre 55o C et 70o C (ne jamais dépasser 80o
C, sinon il y a des risques d'incendie) pendant une ou deux semaines pour
générer un milieu idéal pour la prolifération
des organismes bénéfiques.
Les méthodes de fabrication de purin de compost varient du "
sac de toile de jute dans un baril " (passive) aux systèmes
de microbrassage de technologie avancée comme la SoilSoup Machine©
et le Microb Brewer © (tous deux actifs). Ces " soupières
" de technologie avancée optimisent l'aération en faisant
tourbillonner l'eau autour du compost dans un vortex continu, créant
ainsi une plus grande quantité de purin de compost en un temps
réduit. Les termes actif et passif sont employés dans le
sens d'aéré et non aéré, respectivement. Elaine
Ingham (Sol Foodweb, inc.) préconise fortement le recours à
des systèmes aérés dans le brassage de purins de
compost, parce que les sous-produits anaérobies sont souvent toxiques
pour les cellules des plantes. Contrairement à son point de vue,
d'autres recherches ont démontré que les purins anaérobies
ont de plus fortes capacités suppressives de maladies, qui sont
potentiellement le résultat des propriétés biocides
des sous-produits. Will Brinton (Woods End Laboratory, Mt. Vernon, Maine)
croit que les avantages d'une fabrication aérée ou non aérée
peuvent être discutables, étant donné que les microorganismes
anaérobies facultatifs qui se sont avérés responsables
des vertus suppressives des maladies des purins de compost sont, par définition,
des bactéries qui peuvent survivre dans des environnements aérobies
comme anaérobies.
Indépendamment de la méthode de brassage, le compost détrempé
devrait prendre une couleur brun foncé. Ensuite, le purin de compost
doit être filtré pour enlever tous les sédiments qui
peuvent boucher les buses du pulvérisateur. Idéalement,
il faut appliquer le purin dans les cinq heures suivant le brassage ;
toutefois, l'aération du purin peut légèrement prolonger
sa durée de conservation. Le taux d'application de purin de compost
change légèrement selon le type de culture. La dose généralement
recommandée est d'approximativement 20 l par acre par 1 à
5 pieds de couverture végétale. Le purin devrait être
appliqué toutes les deux semaines pendant la saison végétative
et devrait se faire pendant des périodes d'indice UV modérés,
parce que les rayons UV peuvent tuer les micro-organismes bénéfiques.
Pour l'utilisation du purin de compost comme traitement préparatoire
du sol, un taux approximatif de 1 l par plant est suggéré.
Il y a beaucoup d'autres facteurs qui affectent la qualité du purin
de compost, dont : la source de l'eau (de l'eau contenant des niveaux
élevés de sels, de métaux lourds, de nitrates ou
de chlore ne devrait pas être employée) ; la grosseur des
mailles du sachet à compost ; le temps de brassage ; les conditions
atmosphériques ; le matériel ayant entré dans la
composition du compost (les engrais d'origine animale demeurent actifs
plus longtemps que des composts uniquement d'origine végétale)
; l'utilisation de matériaux supplémentaires. L'utilisation
de matériaux supplémentaires se réfère aux
différentes recettes qui ont été mises au point pour
différents usages. En ajoutant des substances telles que de la
mélasse, de l'acide humique, du varech, de l'extrait de yucca ou
de la poudre de roches, on peut influencer les populations de micro-organismes,
favorisant par exemple les bactéries au dépens des eumycètes,
ou vice versa.
La documentation portant sur les purins de compost augmente et est souvent
difficile à comprendre en raison de contradictions apparentes.
Les agriculteurs biologiques sont généralement eux-mêmes
à la fine pointe de la recherche. Actuellement, le CABC, en collaboration
avec le ministère de l'Agriculture de l'Île-du-Prince-Édouard
(la spécialiste en gestion intégrée des ravageurs,
Rachael Cheverie), coordonnent deux recherches sur le purin de compost
effectuées à la ferme par des agriculteurs. Les traitements
préparatoires pour le sol et les vaporisations foliaires de purins
de compost sont évalués pour déterminer leur pouvoir
de suppression du mildiou sur plusieurs variétés de pommes
de terre et sont comparés aux programmes conventionnels utilisant
des fongicides.
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