
La Red Mexicana de Tianguis y Mercados Orgánicos – Meilleur
que le café
Par Carolyn Young
Le Mexique. Si vous faites partie des milliers de Nord-Américains
qui font attention à ce qu’ils achètent et qui sont
obsédés par l’idée de produits étiquetés
exempts de toute culpabilité, ce nom éveillera dans votre
esprit l’image d’un jour de bruine filtré par le mouvement
brownien de vapeur montante, ou encore du visage buriné par le
soleil d’un paysan mexicain avançant lentement sur les pentes
de la Sierra Norte, ceinture de porte-faix sur le front. Le café.
Le café. Bien sûr, le café.
En quelque sorte, le café vient avant les figues
de Barbarie, les haricots et la coriandre, que l’on trouve plus
souvent dans les marchés mexicains. En fait, même si le Mexique
est le plus important producteur de café biologique au monde, si
vous y cherchez une boisson à base de caféine, vous y trouverez
plus facilement du Coca-Cola ou du Nescafé.
La réalité est que la plupart des Mexicains,
comme de nombreux Sud-Américains, n’ont aucune idée
de ce qu’est le « biologique », même s’ils
n’ont jamais cultivé autrement. Malgré l’augmentation
du nombre d’exploitations agricoles commerciales, la vente de pesticides
interdits aux États-Unis et les importations américaines
maintenues artificiellement à des prix très bas, il reste
encore de nombreux agriculteurs qui, par principe ou par nécessité,
font surtout de la production biologique. En fait, 80 % des 307 692 ha
de cultures biologiques appartiennent à des petits producteurs,
la majorité étant des Indigènes. Il y a aussi une
nouvelle génération d’agriculteurs qui se tournent
lentement vers la production biologique, non seulement pour l’exportation
mais aussi pour la consommation locale.
On trouve la preuve de ce qui précède dans
un nouveau réseau de marchés biologiques et de « tianguis
», dont la principale place d'affaires se trouve à l’Université
de Chapingo, à 20 minutes en voiture de Mexico. Ce réseau
semble être le prolongement naturel d’un projet qui a débuté
à Chapingo en 2001 sous la forme d’une coopérative
d’acheteurs regroupant 14 familles et qui s’est ensuite transformé
en un véritable marché en plein air accueillant régulièrement
plus d’une cinquantaine de familles, outre 20 à 30 producteurs,
selon la saison. Avec beaucoup d’aide de la part du monde de l’enseignement
et, notamment, du Centre for Investigations in Sociology, Economics and
Technology in World Agriculture and Agroindustry (CIESTAAM), ce «
tianguis » est devenu un centre de relations directes entre les
producteurs et les consommateurs, ainsi qu’une source d’éducation
et de sensibilisation environnementales et culturelles. La salle, qui
était vide, héberge maintenant une collection de ressources,
des ateliers hebdomadaires et des manifestations culturelles annuelles.
Bien qu’une grande partie de l’organisation du marché
relève encore de quelques employés de l’université,
les producteurs ont été en mesure d’établir
leurs propres règles de fonctionnement et de maintien, et tous
doivent satisfaire une norme biologique interne fondée sur le Programme
biologique national des États.
Par la coordination de ce marché et ses propres recherches,
Aurora Lobato García, Ph. D., étudiante du CIESTAAM, et
ses collègues se sont renseignés sur les marchés
qui existaient déjà dans divers États du Mexique.
Les marchés biologiques de Xalapa, de Tlaxcala, d’Oaxaca
et de Guadalajara étaient déjà florissants en janvier
2005 lorsque, avec l’aide financière du Centre Falls Brook,
organisme canadien à but non lucratif, ils ont décidé,
avec leurs coordonnateurs respectifs, de joindre leurs forces. Depuis,
le réseau a prospéré et inclut des projets en cours
dans quatre autres États, avec une aide financière pour
les ateliers et les réunions qui s’adressent aussi bien aux
producteurs qu’aux coordonnateurs.
Chaque marché a sa propre histoire. Alors que ceux
de Chapingo et de Xalapa sont nés de la volonté du monde
universitaire de lier la théorie à la praxie, d’autres
se sont développés à la suite de mouvements populaires
appuyés par des organisations non gouvernementales comme le Cercle
de consommation et de production responsables de Guadalajara ou par des
membres influents de la communauté, par exemple l’artiste
Francisco Toledo, à Oaxaca, face à l’importance de
plus en plus grande des organismes génétiquement modifiés
(OGM) et des multinationales de l’alimentation comme McDonald.
Ce mouvement, tout petit qu’il soit, pourrait être
le début d’une transition vers une plus grande souveraineté
alimentaire au Mexique. Alors que les classes moyenne et supérieure
du pays se tournent de plus en plus vers les franchises américaines
et le modèle des supermarchés, un nombre sans cesse plus
important de Mexicains opte sciemment pour une nouvelle version de l’économie
mexicaine traditionnelle, qui assure des aliments sains et écologiques.
L’enjeu auquel fait face le secteur est de satisfaire les besoins
de cette demande intérieure à la hausse tout en restant
compétitif et accessible, en sensibilisant la population aux systèmes
biologiques, en assurant que la corruption ne diminue pas l’intégrité
des produits ou que l’obligation d’une certification ne rende
pas le marché inaccessible aux producteurs qui ne peuvent acquitter
les dépenses liées aux organismes de certification.
Les coopératives comme celles qui ont été
créées pour produire et distribuer le café biologique
équitable ont tenté d’éviter ces problèmes
en groupant leurs ressources, en partageant leur équipement et
en utilisant des systèmes de vérification interne permettant
la certification de groupe, modèle que les marchés biologiques
adoptent eux aussi. Dans une économie au sein de laquelle le système
des marchés traditionnels commence tout juste à être
infiltré par des produits importés et envahi par des chaînes
géantes comme Walmart, les consommateurs et les producteurs doivent
créer leurs propres règles commerciales et les respecter,
plutôt que de se soumettre à des règles créées
par une main invisible.
Alors, la prochaine fois que quelqu’un mentionnera
le Mexique en votre présence, peut-être vous souviendrez-vous
du réseau des marchés biologiques qui s’étend
et penserez-vous à acheter des produits biologiques locaux.
Pour de plus amples renseignements, visiter le site Web à l’adresse
www.fallsbrookcentre.ca.
Carolyn Young travaille actuellement pour CIESTAAM et Servicios Ambientales
de Oaxaca dans le cadre d’un stage au Mexique subventionné
par l’ACDI.
Le CABC remercie l’auteur de l’avoir autorisé à
afficher cet article sur son site Web. Novembre, 2006
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