
Qu'est-ce donc que le Bt? Les états de service agricoles et écologiques
d'un insecticide bactérien
Par Tara L. Moreau
Introduction
Le Bacillus thuringiensis (prononcer bah-sill-us thur-in-jee-en'-sis)
est une bactérie vivante dont se servent les producteurs biologiques
et non biologiques, en pulvérisations et à l'aide de cultures
génétiquement modifiées, afin de lutter contre un
grand nombre d'insectes nuisibles. Le Bt est un organisme biologique naturel
qui est considéré comme remarquablement sûr pour les
humains et l'environnement, en raison de sa capacité à cibler
uniquement certains insectes et de sa persistance limitée dans
l'environnement. Les produits dérivés du Bt ont été
utilisés de manière répandue, polyvalente et à
long terme et sont généralement favorisés comme solution
de rechange sure pour l'environnement aux pesticides chimiques.
Historique
Le Bt a d'abord été découvert au Japon en 1901 dans
des larves de vers à soie malades. Les produits à base de
Bt ont tout d'abord été mis en marché et rendus disponibles
en France pendant les années 30. Cependant, ce n'est pas avant
1954 que l'action insecticide du Bt a été comprise. Les
chercheurs ont découvert que l'action insecticide du Bt contre
les insectes de la famille des lépidoptères (papillons diurnes
et nocturnes) était due à la présence de protéines
semblables à des cristaux.
On utilise le Bt sur une base commerciale depuis 1958 et il a été
homologué par l'EPA (agence de protection de l'environnement des
États-Unis) comme pesticide en 1961. En 1983, on a signalé
la première modification génétique des plantes et
en 1987, les chercheurs ont isolé et cloné avec succès
la protéine en forme de cristaux du Bt. Neuf ans plus tard, en
1996, on a semé à grande échelle du maïs contenant
les gènes transgéniques du Bt. La production d'espèces
végétales transgéniques avec Bt a rapidement augmenté
pour atteindre plus de 14 millions d'hectares dans le monde entier en
2002. On estime la surface cumulative de plantes avec gène Bt cultivées
de 1996 à 2002 à 62 millions d'hectares (James 2002).
Mode d'action
L'effet insecticide naturel du Bt est attribué à des protéines
en forme de cristaux qui sont produites par les cellules du Bt lors du
stade de la formation de spores de leur cycle de vie. La protéine
en forme cristal du Bt tue les insectes en se liant aux membranes de leur
tube digestif (estomac) et en nuisant à leur fonctionnement. Les
insectes vulnérables cessent de s'alimenter dans les heures qui
suivent l'ingestion de Bt et meurent généralement dans les
2 à 5 jours qui suivent. La spécificité du Bt se
situe dans le fait que certains enzymes particuliers de l'estomac (présents
seulement chez certains insectes) doivent activer les protéines
en forme de cristaux pour qu'elles deviennent toxiques. Dans des conditions
normales, la protéine en forme de cristal est insoluble (non active)
et donc inoffensive pour les humains, les mammifères et la majorité
des insectes. La toxine du Bt est surtout efficace contre les jeunes larves
d'insectes, qui sont plus vulnérables parce que relativement petites.
Une fois dans l'environnement, la protéine insecticide du Bt se
dégrade rapidement (1à 4 jours) après exposition
à la lumière du soleil et aux micro-organismes.
Il existe de nombreuses souches de Bt, qui peuvent se révéler
toxiques pour divers organismes. Au Canada, trois sous-espèces
sont homologuées. La sous-espèce Kurstaki (BTK) de Bt est
efficace contre une grande quantité d'espèces de lépidoptères
(voir le tableau 1). La variété Israelensis (BTI) de Bt
est employée pour lutter contre les larves des moustiques et des
mouches noires et la variété Tenebrionis (BTT) de Bt est
homologuée pour lutter contre les coléoptères comme
le doryphore de la pomme de terre.
Deux principaux types de BT
Le Bt est utilisé de deux manières principales, soit en
vaporisation ou en modifiant génétiquement les plantes cultivées.
Les formes pulvérisables de Bt peuvent être appliquées
directement sur les plantes (en liquide, poudre, poussière ou granules),
ou sur les eaux de surface. En outre, on peut l'utiliser dans les conduites
d'eau des serres. On utilise le Bt dans le monde entier depuis de nombreuses
années, tant sur les fermes biologiques que non biologiques, pour
lutter contre des ravageurs bien ciblés. L'acceptation du Bt en
production biologique est actuellement remise en cause parce que certains
produits sont interdits par les agences de certification biologiques,
car ils contiennent des ingrédients inertes qui sont proscrits
(Boiteau 2004).
Les modifications génétiques sont un outil relativement
nouveau employé par les scientifiques pour ajouter des caractéristiques
souhaitables à une plante ou à une culture. Le processus
implique de prélever physiquement l'ADN d'un organisme et de transférer
ces gènes dans un autre organisme. Dans le cas des cultures transgéniques
Bt, une version modifiée du gène insecticide du Bt est incorporée
à l'ADN des plantes. Les variétés Bt sont actuellement
modifiées afin de produire une protéine insecticide à
forme de cristal à activation simple qui se trouve dans toutes
toutes les parties de la plante. Elles exposent les populations d'insectesaux
toxines Bt à toutes toutes les étapes de la croissance,
créant de ce fait une probabilité beaucoup plus élevée
que les insectes ciblés développent une résistance.
Santé Canada a classé les aliments génétiquement
modifiés dans la catégorie des aliments nouveaux (Santé
Canada 2004). Les nouveaux aliments sont des produits qui n'ont été
jamais été consommés auparavant, des aliments qui
résultent d'un processus qui n'a pas été précédemment
utilisé pour la nourriture ou des aliments qui ont été
modifiées par manipulation génétique. Il y a actuellement
plus de 60 produits alimentaires génétiquement modifiés
dont la vente a été approuvée au Canada. Les aliments
approuvés au Canada qui contiennent du Bt incluent le maïs
(BTK), les pommes de terre (BTT), les tomates (BTT) et l'huile de coton
(BTK).
Les produits à base de Bt homologués au Canada
L'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) est
l'organisme gouvernemental responsable d'approuver tous les produits antiparasitaires
avant leur utilisation au Canada. Parmi les 34 produits contenant du Bt
actuellement homologués par l'ARLA, 3 sont mis en marché
pour usage domestique, 7 aux fins de formulation, 11 pour usage commercial
et 14 pour usage restreint (ARLA 2004). Il est important de suivre de
près les directives qui se trouvent sur l'étiquette afin
de s'assurer de respecter les méthodes et taux d'application recommandés.
Les insectes peuvent-ils devenir résistants au BT?
Bien que les chercheurs aient au commencement cru que les insectes ne
développeraient pas de résistance aux insecticides biologiques,
ils ont bientôt découvert que les pulvérisations biologiques
n'étaient pas à l'abri de ces risques. On a observé
la résistance des insectes aux pulvérisations de Bt, tant
dans le cadre d'expériences en laboratoire qu'aux champs. Il est
encore nécessaire de documenter la résistance des cultures
transgéniques Bt aux champs. Cependant, les preuves obtenues par
les études des pulvérisations de Bt et l'utilisation répandue
de cultures transgéniques Bt a soulevé des inquiétudes
au sujet de l'apparition éventuelle de résistance (Tabashnik
et Carrière 2004). Il n'y a actuellement aucun rapport publié
au sujet de la résistance de cultures Bt aux champs (Tabashnik
2004).
Le Bt est-il sûr pour les humains et l'environnement?
Le Bt est considéré comme un pesticide alternatif remarquablement
sûr, en raison de sa spécificité à cibler uniquement
certains insectes et de sa persistance limitée dans l'environnement.
Cela se reflète par le fait que le Bt est le seul insecticide pour
lequel on n'impose aucune limite quant à la présence de
résidus dans les aliments. Cependant, l'adoption sans précédent
des cultures transgéniques a soulevé plusieurs questions
parmi le public. Les inquiétudes touchant les aliments génétiquement
modifiés tendent à se concentrer sur les inconnues au sujet
de leur incidence sur la santé et l'environnement. Quelques appréhensions
incluent des conséquences écologiques potentielles de transfert
de gènes vers des cultures non transgéniques aux plantes
sauvages apparentées, des effets possibles sur des organismes non
ciblés et des inquiétudes liées à l'introduction
dans le régime humain de produits qui n'ont jamais été
consommés. Afin d'atténuer ces inquiétudes du public,
il est nécessaire de pousser plus loin la recherche sur les effets
à court et à long terme des organismes génétiquement
modifiés présents dans notre environnement et notre nourriture.
La nature spécifique des protéines du Bt limite ses effets
toxiques à seulement certains insectes. Malheureusement, quelques
insectes utiles peuvent être affectés. Un article controversé
publié dans Nature en 1999 a révélé une mortalité
accrue des papillons monarques suivant l'ingestion du pollen de plants
de maïs transgénique. Ce rapport a suscité d'autres
études avec différentes variétés de maïs
transgénique Bt qui ont conclu que le risque réel pour les
papillons monarque était négligeable. Les chercheurs ont
constaté que seulement une variété de Bt était
particulièrement préjudiciable aux monarques et elle a depuis
été retirée du marché aux États-Unis.
En outre, les études ont indiqué que la quantité
et la distribution du pollen de maïs sur la plante hôte du
monarque, l'asclépiade, étaient très faibles. Des
études qui se poursuivent sur le Bt tentent de découvrir
de nouvelles variétés plus spécialisées qui
ne nuisent pas aux insectes utiles.
Bien que des inquiétudes aient été soulevées
concernant les cultures transgéniques avec Bt et, plus récemment
sur l'utilisation du Bt sur les fermes biologiques, les conséquences
écologiques du Bt sont généralement moindres que
celles des insecticides chimiques. En outre, les agriculteurs ont tiré
des bénéfices de l'utilisation des pulvérisations
du Bt au lieu des insecticides dangereux. Malgré tout, le Bt demeure
un insecticide et, tout comme ses concurrents synthétiques, on
devrait faire preuve de prudence dans son utilisation et y avoir recours
seulement après avoir tenté d'utiliser des méthodes
de lutte culturales et physiques contre des insectes.
Tableau 1 - Insectes nuisibles ciblés par le
Bt, produits à base de Bt homologués au Canada destinés
à l'usage commercial, domestique et autorisés en agriculture
biologique.
Références
Boiteau, G. communication personnelle (2004). Débat actuel sur
l'acceptation du Bt en production biologique. Date de la communication :
mars 2004.
Santé Canada (2000). Fiche technique sur le Bacillus thuringiensis
variété kurstaki. Agence de réglementation de la
lutte antiparasitaire, Ottawa (Ontario).
Santé Canada (2004). [Ressource électronique] Programme
alimentaire - Nouveaux aliments. [Consulté le 16 septembre 2004]
Peut être consulté au : http://www.hc-sc.gc.ca/food-aliment/e_index.html
James, C. 2002. Global status of commercialized transgenic crops: 2000.
Résumé ISAAA no 27 : aperçu, Ithaca (NY)
International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications.
Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA). (2004).
[Ressource électronique] LÉDÉNet, site pilote de
l'ARLA. [Consulté le 15 septembre 2004]
Peut être consulté au : http://www.eddenet.pmra-arla.gc.ca/4.0/4.1.asp
Tabashnik, B.E. et Y. Carrière. (2004) Bt transgenic crops do
not have favorable effects on resistant insects. Journal of Insect Science,
4:4. Peut être consulté en ligne : insectscience.org/4.4
Tabashnik, B.E. communication personnelle (2004). Résistance des
insectes aux cultures Bt aux champs. Date de la communication : septembre
2004.
Cet article a d'abord été publié dans Rural
Delivery, volume 29 no 5 (11-13)
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