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Les défis de la biodynamie

par Brenda Frick, pH.D

Le biodynamie pose des défis aux scientifiques tout comme aux agriculteurs. Des études crédibles au point de vue scientifique indiquent que les systèmes agricoles biodynamiques ont des avantages au point de vue de la qualité du sol, de l'impact écologique et de l'économie, par rapport à des systèmes conventionnels comparables. Cependant, les fondements de la biodynamie appartiennent à un domaine différent des approches scientifiques traditionnelles.

L'agriculture biodynamique est née d'une série de conférences données par Rudolf Steiner dans les années 20. Ses enseignements incluent des aspects philosophiques et pratiques. Ni les uns ni les autres ne sont devenus très répandus, mais il existe des associations d'agriculteurs et des fermes biodynamiques dans l'ensemble de l'Europe et partout dans le monde.

Le mot « biodynamique » combine biologique et dynamique. L'aspect biologique inclut plusieurs des principes de l'agriculture biologique : porte une attention particulière au sol, notamment par la biodiversité et les rotations pour assurer la fertilité et garder un état d'équilibre favorisant la maîtrise des ravageurs, ne pas utiliser de produits chimiques synthétiques (et, plus récemment, refuser l'usage des organismes génétiquement modifiés). La « science spirituelle » de Steiner ajoute l'élément dynamique et tient compte de l'influence des forces éthériques et cosmiques sur l'individualité de la ferme.

Steiner comprenait la ferme comme une entité vivante et l'agriculteur, par son labeur, sa volonté et ses sentiments attentifs et conscients, comme une partie motivatrice, et même partie curative, de cet être. Certains enseignements de Steiner sont en accord avec des concepts scientifiques admis, comme l'idée d'« agroécosystème », alors que d'autres, en particulier ceux qui touchent les positions planétaires et les êtres cosmiques, appartiennent à une manière différente d'appréhender la réalité.

En pratique, la biodynamie diffère des courants majoritaires d'agriculture biologique par l'utilisation de 9 préparats appliquées au sol, sur les plantes et dans les composts de fumiers. Les fermes biodynamiques incluent généralement du bétail; beaucoup sont des fermes laitières et horticoles. Le fumier représente un aspect important de la fertilité et des préparats biodynamiques. Les deux premiers préparats biodynamiques sont mûris dans une corne de vache : du fumier fermenté dans une corne pendant tout l'hiver, et appliqué au sol à partir du printemps, ou de la silice fermentée dans une corne pendant l'été et appliquée sur les cultures. Six autres préparats sont faits à partir des fleurs d'achillée millefeuille, de camomille, de pissenlit ou de valériane, d'ortie dioïque ou d'écorce de chêne. Ceux-là sont intégrés dans les amas de compost. On utilise également un préparat de prêle pour lutter contre les maladies fongiques des plantes.

Les préparats biodynamiques sont fabriqués selon une méthodologie très précise, dilués en concentrations extrêmement faibles et activés ou dynamisés par des méthodes particulières d'agitation. Les recettes, les produits eux-mêmes et leur mode d'emploi sont disponibles et facilitent le recours à ces méthodes.

Les enseignements de Steiner incluent également un cadre philosophique général, l'anthroposophie. Ces enseignements holistiques sont liés à des traitements médicaux alternatifs comme l'homéopathie et l'eurythmie et à des méthodes d'enseignement alternatives qui sont mises en application dans les écoles Waldorf. Cette approche fait appel à une transformation intérieure, et il est difficile pour des personnes qui n'ont pas vécu cette transformation de la comprendre entièrement. De bien des manières, l'anthroposophie représente un paradigme différent ou une façon de comprendre l'univers distincte de la science que nous respectons tant dans notre société. La science accorde de la valeur aux explications physiques, matérielles, tandis que l'anthroposophie considère que le matérialisme est une approche qui fait obstacle à la spiritualité.

Certains praticiens de la biodynamie sont très versés en anthroposophie, et considèrent qu'il s'agit d'une attitude essentielle pour guérir la terre et ramener l'« individualité » agricole à la santé. D'autres sont moins convaincus par la philosophie, mais en appliquent néanmoins les méthodes. Ces personnes estiment que plusieurs des grandes idées mises de l'avant par Steiner sont valables, même s'ils remettent en question certains détails de ses explications.

En Nouvelle-Zélande, des chercheurs ont comparé des fermes biodynamiques avec des exploitations conventionnelles similaires. Ils ont constaté que « les sols de la plupart des fermes biodynamiques présentaient des qualités biologiques et physiques supérieures : un taux sensiblement plus élevé de matière organique et d'activités microbiennes, plus de vers de terre, une meilleure structure du sol, une densité apparente inférieure, une meilleure perméabilité et une couche arable plus épaisse. Les fermes biodynamiques étaient tout aussi viables financièrement que les fermes conventionnelles voisines. » 1

En Suisse, les chercheurs ont comparé des systèmes biodynamiques et biologiques à deux types d'exploitations conventionnelles. Ils ont également constaté que la fertilité du sol et la biodiversité étaient plus élevées dans les parcelles biodynamiques et biologiques que dans les parcelles conventionnelles. La biomasse des microorganismes, leur diversité et l'activité microbienne observées dans les champs biodynamiques étaient plus élevées que dans les champs biologiques, qui présentaient de meilleurs résultats que les parcelles conventionnelles. Les auteurs ont suggéré que cette activité microbienne améliore l'assimilation du phosphore, l'utilisation de l'azote et la productivité des plantes.2

Ces études prouvent clairement que les systèmes biodynamiques peuvent présenter des avantages pour le sol. Que les préparats biodynamiques fournissent des nutriments essentiels qui stimulent la croissance des microorganismes utiles, ou qu'ils aident le spiritualité de la ferme à se relier aux forces cosmiques, le fait est que ces méthodes semblent utiles et méritent qu'on les étudie davantage. Pour les scientifiques, le défi se situe peut-être dans le fait de ne pas rejeter du revers de la main certaines techniques parce qu'elles sont expliquées d'une manière qui ne cadre pas avec notre compréhension du monde.



Brenda Frick, pH.D., P.Ag., est la coordonnatrice pour les Prairies du Centre d'agriculture biologique du Canada au Collège d'agriculture de l'Université de la Saskatchewan. Elle apprécierait recevoir vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel : brenda.frick@usask.ca.



Références :
1Reganold, J.P., A.S. Palmer, J.C. Lockhart et A.N. Macgregor. 1993. Soil Quality and Financial Performance of Biodynamic and Conventional Farms in New Zealand. Science 260: 344-349

2Mäder, P, A. Fliebach, D. Dubois, L. Gunst, P. Fried et U. Niggli. 2002. Soil Fertility and Biodiversity in Organic Farming. Science 296: 1694

Divers, S. 1999. Biodynamic Farming & Compost Preparation. Alternative Farming Systems Guide. Appropriate Technology Transfer for Rural Areas (ATTRA) - National Sustainable Agriculture Information Service. http://www.attra.org/attra-pub/biodynamic.html

Raupp, J. 1999. Biodynamic Approaches in Research and Development. Research methodologies in organic farming. REU Technical Series No. 58 http://www.fao.org/DOCREP/003/X6089E/x6089e08.htm

Goode, J. n.d. Partie 8 : Bringing together biodynamics and science. Biodynamic Wine. The Wine Anorak, magazine en ligne sur le vin. http://www.wineanorak.com/biodynamic8.htm

 

 

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