Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC) Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC)

Page d'accueil du CABC

Une rose est-elle toujours une rose?

Le terme « biologique » est employé pour qualifier un grand nombre de choses. L'opinion générale semble associer le mot biologique à plusieurs notions, notamment « sain », « écologique », « sans pesticides », « cher » et « marché de créneau ». Il est temps de présenter quelques définitions, et de clarifier quelques malentendus.

Si un produit est « certifié biologique », il a été cultivé et transformé en utilisant des modes de production et de transformation biologiques reconnus. Le mot « certifié » indique qu'une tierce partie indépendante a inspecté l'exploitation et peut confirmer qu'on y utilise les méthodes biologiques. L'agence de certification possède un cahier des charges et un mécanisme pour s'assurer du respect de ces normes. Ceci inclut un suivi administratif et documentaire détaillé ainsi que des exigences de régie rigoureuses. Les agences de certification diffusent leur cahier des charges qui est souvent affiché sur leur site Web.

Les organismes d'accréditation utilisent un processus semblable d'élaboration de normes et organisent des inspections sur le terrain pour surveiller les activités des organismes de certification. Une agence de certification peut être accréditée par plusieurs organismes, selon les marchés que ses membres/clients souhaitent servir. Certains organismes d'accréditation, comme le ministère de l'Agriculture des États-Unis (programme biologique national), sont des organismes gouvernementaux. D'autres, comme la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique (IFOAM), sont des agences privées.

Lorsque le produit porte l'appellation « biologique », mais n'est pas certifié, la définition du mot biologique dépend du producteur. Habituellement, cela veut dire qu'aucun herbicide ni insecticide n'a été utilisé pour les cultures, et que les animaux n'ont jamais reçu d'hormones ou d'antibiotique. Pour les personnes qui connaissent le producteur et lui font confiance, cela peut être suffisant.

Un système de production biologique est souvent décrit comme une exploitation où on n'utilise aucun pesticide ni engrais de synthèse. De plus en plus, on le reconnaît comme une forme d'agriculture sans organismes génétiquement modifiés (OGM). Bien qu'en effet, la plupart des pesticides et engrais synthétiques ne sont pas autorisés en production biologique, et que les OGM sont interdits, le biologique est beaucoup plus qu'une simple liste d'interdits. La régie biologique nécessite beaucoup de connaissances, et repose sur la planification à long terme et la gestion en collaboration avec la nature. Elle inclut des techniques proactives qui stimulent la fertilité, la diversité et l'activité biologique, et réduisent l'intensité des problèmes de « ravageurs ».

Les produits biologiques ne sont pas simplement certifiés « exempts de pesticides ou d'herbicides. » Les agriculteurs biologiques n'utilisent pas de substances synthétiques et ils réduisent les risques de contamination accidentelle en gardant des bandes tampons, en enregistrant et identifiant leur terre, en gérant l'érosion des sols et la lixiviation, et en demeurant vigilants. Logiquement, cela devrait réduire la charge de pesticides, même si une certaine exposition peut se produire. Une comparaison de l'urine d'enfants qui mangent des produits biologiques avec celle d'enfants qui mangent des produits conventionnels a permis de constater que le fait de manger aliments biologiques réduit le niveau de composés organophosphorés d'un taux supérieur aux normes recommandées par l'agence de protection de l'environnement des États-Unis à un taux inférieur.1

Les gens que les organismes transgéniques ou les niveaux de pesticides inquiètent se tournent souvent vers les produits biologiques pour leur propre santé et pour la santé de l'environnement. Des études récentes ont suggéré que les systèmes biologiques présentent d'importants avantages pour l'environnement, en raison de la fixation et de la séquestration accrue du carbone.2 De plus, les systèmes biologiques ne dépendent pas de techniques énergivores et productrices de gaz carbonique pour synthétiser leurs engrais. Les critiques suggèrent que l'agriculture biologique utilise trop le travail du sol et contribue à l'érosion. Bien que les producteurs biologiques adoptent de plus en plus de techniques qui épargnent le sol comme le semis direct, les voies d'eau semées et les plantes-abris, la recherche doit se poursuivre pour améliorer les systèmes biologiques.

Les produits biologiques coûtent-ils cher? Beaucoup de producteurs biologiques affirment que les produits biologiques ne sont pas trop chers; ce sont les produits agricoles conventionnels qui sont tragiquement sous-évalués. Les produits conventionnels, en particulier les produits de consommation courante, sont négociés sans tenir compte des coûts de production, comme l'indique le revenu agricole moyen. Les producteurs biologiques sont également exposés à ce danger, bien qu'ils l'aient en grande partie évité jusqu'ici.

Les consommateurs de produits biologiques représentent-ils un marché de créneau? Si c'est le cas, il s'agit d'un créneau qui s'étend rapidement. Une étude récente indique que les acheteurs de produits biologiques représentent un groupe diversifié, dont seulement 10 % peut en être considéré comme le « noyau pur et dur ».3

On compare souvent le secteur biologique au « conventionnel ». Cette perception est également un peu faussée. L'agriculture a été biologique pour la presque totalité des 10 000 ans de son histoire. On y a introduit des éléments non biologiques depuis seulement environ 50 ans. À mesure que de plus en plus de consommateurs démontreront un intérêt pour les produits biologiques, ceux-ci reprendront leur place à l'avant-scène. Le défi à relever sera alors de conserver l'intégrité des principes biologiques dans ce processus.


Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est la coordonnatrice pour les Prairies du Centre d'agriculture biologique du Canada au Collège d'agriculture de l'Université de la Saskatchewan. Elle apprécierait recevoir vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel.

Nous tenons à remercier Debbie Miller pour ses commentaires utiles et éclairés sur une version précédente de cet article.

Références :
1. Curl, C.L. R.A. Fenske, K. Elgethun, 2002. Organophosphorus pesticide exposure of urban and suburban preschool children with organic and conventional diets. Environmental Health Perspecitives. Cliquer ici pour consulter le rapport en ligne.

2. Sayre, L. 2004. Organic farming combats global warming…big time. The New Farm.

3. Howie, M. 2004 Industry Study on Why Millions of Americans Are Buying Organic Foods. Feedstuffs. Organic Consumers Association.

 

Haut de la page

© 2006, Centre d'agriculture du Canada (CABC)