
La grippe aviaire, la biosécurité et la production de
volaille biologique
Par Jane Morrigan, M.Sc.
La grippe du poulet, connue aussi sous le nom de grippe aviaire ou GA,
est devenue un sujet de préoccupation pour les éleveurs
de volaille et les responsables de la santé humaine du monde entier
au cours des derniers mois ou années. Le Canada n’a pas été
touché par la souche H5N1 qui s’est propagée d’Asie
en Europe. Cependant, en 2004, la Colombie-Britannique en a eu un aperçu
quand elle a été confrontée à une souche nord-américaine
hautement pathogène appelée H7N3 dont l’éradication
a nécessité l’abattage de 17 millions d’oiseaux
dans une région de 70 kilomètres qui allait des banlieues
est de Vancouver jusqu’à Chilliwack, dans la partie orientale
de la vallée de la Fraser.
L’épidémie et la dépopulation subséquente
des troupeaux de poules pondeuses, de poulets et de dindes ont causé
un préjudice financier et émotionnel aux agriculteurs, qui
n’avaient pas d’autre choix que de soumettre leurs troupeaux
à la décision de l’Agence canadienne d’inspection
des aliments (ACIA) pour endiguer la propagation de la maladie en tuant
les troupeaux qui étaient infectés directement ou se trouvaient
à proximité de troupeaux infectés. Les producteurs
biologiques et conventionnels ont été touchés également
et les opinions sur la façon dont le gouvernement s’est occupé
de l’épidémie étaient partagées. Deux
ans plus tard, on discute encore de questions comme les dédommagements
financiers pour les agriculteurs touchés, les risques relatifs
associés aux troupeaux en liberté et en claustration, et
le caractère humain des méthodes utilisées pour euthanasier
les troupeaux.
En raison de la propagation de la souche H5N1 en Europe, l’ACIA
a récemment créé une nouvelle direction générale
appelée le Bureau de la sécurité des animaux et est
en train d’accroître ses efforts pour prévenir l’introduction
et la propagation de la souche H5N1 au Canada. De nouvelles normes de
biosécurité qui toucheront tous les producteurs de volaille
petits et grands, conventionnels et biologiques, finiront par être
élaborées.
Beaucoup d’éleveurs de volaille certifiés biologiques
demandent que l’on envisage la recherche de preuves que la cause
de la présence du virus H5N1 est le système conventionnel
de production intensive et que la propagation s’est effectuée
le long des routes commerciales et non des routes migratoires des oiseaux
sauvages. Le système de production biologique peut être perçu
comme une solution de rechange viable pour les industries des œufs
et du poulet parce qu’elle cadre avec la demande croissante des
consommateurs pour des aliments sûrs, d’excellente qualité
et sans produits chimiques qui permettent également d’améliorer
la santé et le bien-être des animaux. Par exemple, les poules
pondeuses bénéficient d’un accès aux perchoirs
et aux équipements de bain de poussière quand elles ne sont
pas confinées aux cages. Elles peuvent alors manifester d’importants
comportements naturels comme la recherche de la nourriture et le grattage,
l’évitement des oiseaux agressifs, et l’exploration
de leur milieu de vie intérieur et extérieur au cours des
mois d’été. Ainsi, la comparaison de l’élevage
en liberté et en claustration représente un exemple particulier
des différences générales entre les méthodes
de production conventionnelle et biologique ou en liberté.
Des conflits sont possibles parce que certains producteurs conventionnels
prennent pour acquis que l’état actuel des choses ne pose
pas de problèmes. Ils pensent que la menace ne provient que d’une
épidémie de maladie à l’étranger et
des oiseaux sauvages et en liberté qui vivent à proximité
de leurs fermes.
D’autre part, les producteurs biologiques ou d’animaux en
liberté acquièrent parfois une vision stéréotypée
des producteurs conventionnels qui ne se soucient pas du bien-être
de leurs oiseaux, etc. Une évaluation constructive des pratiques
dans les deux systèmes et un dialogue significatif entre ces deux
genres de producteurs pourraient permettre de surmonter les malentendus
et de favoriser la coopération dans la préparation des garanties
contre la menace potentielle d’une épidémie de H5N1
au Canada.
En plus d’une distinction entre les problèmes des systèmes
de production conventionnels et biologiques ou d’animaux en liberté,
la nouvelle politique de biosécurité doit aussi comprendre
des règles souples fondées sur des preuves scientifiques.
Par exemple, il y a de plus en plus de preuves que c’est dans les
grands troupeaux que la souche H5N1 se propage le plus efficacement et
que le risque de transmission par les oiseaux sauvages et les troupeaux
domestiques en plein air est faible. Lors de la dernière étude
de 2006, l’ACIA n’a pas trouvé de souche HP chez les
oiseaux sauvages du Canada. De plus amples recherches sur l’écologie
des virus de la GA chez les oiseaux sauvages seront nécessaires
pour clarifier la question du risque associé aux oiseaux sauvages.
La perte de diversité génétique chez les volailles
domestiques amène déjà à s’interroger
sur ce problème. Donc, il est temps de reconnaître l’importance
de l’élevage de petits troupeaux diversifiés.
Il est souhaitable de poursuivre les consultations, la coopération
et le partenariat entre l’ACIA et les producteurs de volaille petits
et grands, biologiques et conventionnels, dans le but de créer
un ensemble de normes et de protocoles équilibré, réaliste
et équitable que les agriculteurs appuieront.
Jane Morrigan, M.Sc., est la coordonnatrice du site Web du Centre pour
l’agriculture biologique du Canada (CABC) et une ancienne productrice
laitière de Pictou County, en Nouvelle-Écosse. Elle recevra
avec plaisir vos commentaires au (902) 893-7256 ou à l’adresse
oacc@nsac.ca.
Voir ici une version
plus longue de cet article comprenant une liste de lectures et des
liens vers des sites Web pertinents pour plus d’informations sur
la grippe aviaire.
Decembre 2006
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