
La cerisaie mise sur ceux qui aiment les sucreries
Par Sean Pratt
Salle de presse de Saskatoon, Western Producer
WP Vol. 83, No. 52, 29 décembre 2005
Un an après l’aménagement de sa cerisaie biologique,
Dean Kreutzer s’est lancé dans une guerre aux proportions
bibliques.
Debout sur sa parcelle de terrain de 40 acres, un Kreutzer affolé
observait une nuée de sauterelles descendre sur ses semis sans
défense.
Des hordes d’assassins ailés venant d’un pâturage
voisin se rassemblaient en bandes.
Dans un acte futile de mépris et de frustration, il a tenté
de repousser les créatures du mieux qu'il pouvait.
« J’étais là avec une pelle et je tentais sans
arrêt de les frapper, » dit Kreutzer, assis à la table
de cuisine de sa maison de ferme de Lumsden, en Saskatchewan, en faisant
un mouvement de balancement avec ses mains alors qu’il racontait
le troublant événement.
C’était suffisant pour faire perdre les pédales à
un homme qui se décrit comme un gars de la ville. Son épouse
Sylvia, qui a grandi dans une ferme d'élevage de bovins Angus près
de Leoville, en Saskatchewan, n’a pas fait beaucoup mieux dans ces
circonstances.
« Tenter de cultiver des produits biologiques avec des sauterelles
est suffisant pour vous faire sauter en bas de la falaise, » ajoute
Sylvia en pointant par la fenêtre vers la vallée Qu’Appelle,
qui se trouve en bordure de leur propriété.
Les Kreutzer ont fini par trouver une façon de protéger
leurs arbres contre l’infestation en plaçant des cartons
à lait autour des plantes fragiles.
Mais cela a engendré un autre problème. Le couple a perdu
100 arbres cet hiver-là puisque des souris se sont abritées
dans les confortables petites maisons en carton.
C’était l’un des aspects négatifs d’un
changement de carrière qui, dans l’ensemble, a été
enrichissant pour Dean.
Il ne regrette pas d’avoir quitté Regina, où il vivait
en travaillant comme programmeur d’ordinateur, afin de poursuivre
sa carrière dans un domaine qui est à la merci de Dame Nature.
« Je comprends enfin les difficultés auxquelles font face
les agriculteurs, » affirme Kreutzer, qui, avec sa barbiche et sa
collection de cinq boucles d'oreilles garnies de diamants, ne ressemble
pas à un agriculteur typique.
L’ancienne façon de vivre ne se trouve pas entièrement
dans le rétroviseur. Dean effectue encore quelques travaux de programmation
à contrat à Regina, et Sylvia retournera bientôt au
travail dans son poste de conseillère en voyages lorsque son congé
de maternité se terminera.
Mais le couple est convaincu que la ferme leur offrira bientôt
un emploi à temps plein en plus d’être le premier domicile
de leurs deux tout-petits.
Comme plusieurs citadins désenchantés, les Kreutzer se
sont réveillés un matin et ils ont décidé
d'aller faire une ballade à la campagne pour vérifier une
superficie. Ils sont immédiatement tombés en amour avec
la vue splendide des vergers qu’ils ont appelés « Les
vergers d’au-delà de la colline » (Over the Hill Orchards).
Perché sur un sommet de la vallée Qu’Appelle, leur
ferme surplombe le terrain de golf panoramique de Deer Valley, à
environ 20 minutes en voiture au nord de Regina.
Après avoir vu ce qu’ils pourraient obtenir en louant leur
terre arable de 25 acres, le couple a décidé d’y exploiter
eux-mêmes une ferme en aménageant un verger.
Un voyage à l’université de la Saskatchewan pour examiner
l’un des meilleurs programmes de sélection de cerisiers en
Amérique du Nord les a convaincus. Il a suffit de croquer une cerise
produite par les sélectionneurs Bob Borys et Rick Sawatzky pour
amener les Kreutzer à choisir leur nouveau cheminement de carrière.
« Nous nous sommes regardés en disant : C'est génial,
c’est ce que nous devons faire, » dit Sylvia.
En 2000, le couple a planté 150 cultivars du cerisier acide nain
de type SK Carmine Jewel de l’université. Il produit un fruit
à tarte rouge foncé utilisable pour la production qui, contrairement
aux cerises cultivées au Michigan, ne nécessite pas de sucre
ou de colorant supplémentaire lorsqu’il est transformé
en produits, comme la garniture pour tarte.
Cinq ans plus tard, le verger compte 3 000 arbres dont 200 produisent
des fruits.
Jusqu'à tout récemment, le couple offrait un choix de six
produits fabriqués dans le sous-sol d'une église de Regina.
Mais au cours de la dernière fin de semaine, ils ont mis en service
à Lumsden leur propre usine de transformation, où ils produiront
de la garniture pour crème glacée, de la tartinade pour
rôtie, des tartes, du jus, des fruits émiettés et
leur propres chocolats; tous ces produits seront commercialisés
sous la marque Prairie Cherry.
« Je veux être le Sun-Rype des Prairies, » affirme
Dean.
Leurs produits sont vendus à Regina, Saskatoon, Moose Jaw et Yorkton
dans une douzaine de magasins de produits santé, de magasins de
produits biologiques et de boutiques de fleuriste.
Après avoir obtenu leur première bonne récolte,
les Kreutzer s’affairent à expédier leurs produits
à leurs détaillants de façon à ce qu’ils
arrivent à temps pour la bousculade de Noël.
Jusqu'à maintenant, l’entreprise leur a coûté
cher. Cinq ans après le début de leur nouvelle entreprise
risquée, ils espèrent toujours atteindre le seuil de rentabilité.
Mais grâce aux arbres qui commencent à produire des fruits
et à une nouvelle installation de transformation qui sera mise
en service, Dean prévoit que « Les vergers d’au-delà
de la colline » (Over the Hill Orchards) atteindront le seuil de
rentabilité l’an prochain.
Les ventes générées par la récolte actuelle
devraient facilement permettre de dépasser les recettes de l’an
dernier. Mais il sera presque impossible de compter plus de clients qu’en
2005.
En plus de vendre un produit à Lorne Calvert, premier ministre
de la Saskatchewan, qui a acheté une boîte de cerises au
chocolat pour son épouse le jour de la Saint-Valentin, les Kreutzer
ont eu l’honneur d'offrir leur produit à la reine Élizabeth
et à 670 dignitaires présents à un dîner pour
Sa Majesté lors de sa visite dans la province.
« J’ai dit à Sylvia : Quelle est la prochaine étape?
Nous avons déjà donné des chocolats à la reine,
» mentionne Dean.
Le CABC remercie sincèrement Westen
Producer d’avoir autorisé l'affichage de cet article.
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