
La fabrication de yogourt à la ferme : un hymne à la planification
et à la persévérance
par Frances Anderson, de l’équipe du Ontario
Farmer, 4 juillet 2006
Blottie dans les vertes vallées du Grey County, non loin de la
rivière Saugeen, se trouve une petite ferme laitière qui
fabrique un yogourt que l’on retrouve dans la moitié du pays.
Malgré l’arrivée de bien des concurrents, elle a
réussi, de Victoria (Colombie-Britannique) à Ottawa, à
maintenir sa présence sur le marché.
« Nous nous sommes lancés au bon moment, dit Sabine Huesing,
retournant mentalement vingt ans en arrière. Le bio était
relativement récent à l’époque, et le yogourt
encore largement méconnu. » Lorsque son associé, Ingo,
avait exposé leur projet à un groupe d’exploitants
de fermes laitières biologiques de la coopérative de l’OntarBio,
alors réunis pour la première fois, l’idée
même d’une ferme de transformation biologique faisait un peu
sourire.
Mais Ingo et Sabine, ainsi que Johannes Schneider, avaient l’expérience
de l’Allemagne, où l’agriculture biologique et la transformation
à la ferme étaient déjà courantes. Aucun des
associés ne venait d’un milieu agricole, mais ils étaient
en revanche très attachés aux idéaux de l’agriculture
biologique.
Ils firent l’achat d’une propriété de 400 acres
munie d’une étable à stabulation entravée et
d’un troupeau de bovins laitiers Holstein qu’ils ont fait
passer de 32 à 45 vaches laitières. Dès 1992, ils
commençaient à songer à faire doubler le troupeau
ou à valoriser leur production.
Finalement, la construction d’une installation de transformation
s’est révélée être « la solution
la plus rentable », explique Johannes, qui avait mis ce processus
en branle.
Les associés ont envisagé la fabrication de fromage, mais
comme l’explique Johannes, « la fabrication du yogourt est
une science, alors que celle du fromage est un art. La fabrication du
fromage requiert davantage de compétences. Pour nous, la perspective
d’avoir à embaucher un maître fromager pour une année
ou deux, alors que le volume des ventes serait bas, n’était
pas tellement alléchante ».
« De plus, nous n’étions pas tenus d’obtenir
un quota de lait pour la production de yogourt », ajoute Sabine,
car les exploitants de fermes laitières de l’Ontario fournissent
sur demande le lait destiné à cet usage. Une fois leur installation
de transformation construite et autorisée, l’approvisionnement
en lait n’a jamais posé de problèmes.
Les inspecteurs provinciaux des usines laitières « étaient
très serviables », se souvient Johannes. C’étaient
de vieux routiers du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation
qui se rappelaient l’époque où il y avait en Ontario
une multitude de petites fermes laitières. Ils connaissaient la
réglementation et « nous avaient dit à quoi nous attendre
», précise Johannes. Depuis lors, leurs installations ont
été certifiées par l’Agence canadienne d'inspection
des aliments.
Un sacré boulot… « Entre l’idée de départ
et le premier pot de yogourt, deux années se sont écoulées.
»
Johannes croit qu’un fermier opérant seul ferait bien d’oublier
un projet de cette ampleur : il croulerait simplement sous le poids des
tâches à accomplir. « Ça occupe tout ton temps,
dit il. Mais pour nous, c’était différent : je pouvais
me permettre de faire autre chose quand j’en avais envie, parce
que je savais qu’Ingo avait les affaires bien en main. »
L’entreprise est divisée entre Long Alley Farm, ainsi nommée
à cause de sa majestueuse allée bordée d’arbres,
et Saugeen Country Dairy. Les premières années, la fabrication
de yogourt n’utilisait que 20 % du lait produit à la ferme.
Aujourd’hui, ils n’expédient du lait hors de la ferme
qu’une ou deux fois par mois. Comme les Dairy Farmers of Ontario
(DFO) ne se déplacent que pour ramasser un plein chargement de
lait, soit la production de deux jours entiers, Johannes doit gérer
la logistique des cueillettes.
Selon la réglementation de l’Ontario, tout le lait doit
être vendu aux DFO pour ensuite être racheté par les
entreprises de transformation. Tous les deux jours, le lait de leur citerne
réfrigérée est pompé de la laiterie vers une
autre citerne installée dans les installations de fabrication du
yogourt. Les DFO paient la ferme pour son lait – moins les frais
de transport groupé, d’administration et de mise en marché.
Ensuite, Sabine, qui s’occupe de la comptabilité, fait un
chèque pour les DFO correspondant au prix d’achat du lait
à titre de transformateur.
Six matins par semaine, deux employés de Saugeen Country Dairy
transforment le lait en yogourt, sous la supervision de Johannes ou de
Sabine.
La recette est relativement simple : on pasteurise le lait qu’on
laisse refroidir; on ajoute la culture bactérienne, on remplit
les contenants de yogourt, et on les place sur des étagères
pour une incubation de six à sept heures. On les refroidit à
nouveau, puis on les emballe sous pellicule rétrécissable.
Deux fois par semaine, le yogourt parvient à cinq ou six distributeurs
qui desservent des petites épiceries ou des magasins d’alimentation
naturelle.
Le yogourt a une durée de conservation de 42 à 45 jours.
À Saugeen Country Dairy, on utilise la date de péremption
comme numéro de lot et on conserve sur place deux échantillons
de chaque lot. « Chaque année, nous devons procéder
à un faux rappel juste pour prouver que nous pouvons retracer nos
produits jusque chez les détaillants. »
Fait rare dans l’univers des yogourts, celui de Saugeen Country
est fabriqué à partir du lait provenant d’un seul
troupeau de vaches laitières géré selon les préceptes
de l’agriculture biodynamique. Il est fait de lait entier auquel
on n’ajoute qu’une culture bactérienne. Il renferme
donc 4 % de matières grasses butyriques. Le rendement pour le yogourt
se base sur les solides, mais selon Ingo, le critère le plus important
est la longévité des bovins. Leur yogourt est offert en
une seule saveur – nature – en contenants allant de 500 g
à 3,5 kilos. Le format le plus populaire est le pot d’un
kilo.
Même si les trois associés sont membres d’OntarBio
et que l’étiquette indique que le produit est « certifié
biologique », le sceau de certification qu’ils ont choisi
est celui de la Biodynamic Society of Ontario. Cette décision reflète
leur engagement en faveur d’un système de gestion agricole
en accord avec les principes de l’agriculture biologique, mais qui
se fonde sur une philosophie prônant l’éveil de la
conscience aux forces cosmiques.
« C’est une démarche spirituelle dans la mesure où
l’on doit prendre conscience que la réalité ne se
résume pas à la seule dimension physique ou matérielle
», conclut Ingo.
Actuellement, la ferme et la fabrication de yogourt sont de la bonne
taille, et l’une ne pourra se développer sans entraîner
l’autre à sa suite.
Le CABC remercie l'Ontario
Farmer pour l’autorisation de publier cet article sur son site
Web.
Publication août
2007
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