
Le lait biologique — une occasion unique pour les producteurs
de la région de l’Atlantique
Par Heather Jones, Farm Focus
Une demande de plus en plus importante en produits laitiers biologiques
partout au Canada offre une occasion unique à tous les producteurs
de lait.
Selon Roger Henry, la demande augmente de 20 à 30 % par an à
l’échelle du pays. « Tous les produits laitiers biologiques
vendus dans les Maritimes sont importés du Québec et de
l’Ontario. Le marché continue de se développer. Nous
ne pouvons répondre à la demande actuelle et ne disposons
d’aucun produit pour combler de nouveaux marchés. »
Ce chercheur agricole de l’Île-du-Prince-Édouard s’attend
à des pénuries dès cet automne. Il croit que l’an
prochain, « le secteur sera dans l’incapacité de répondre
à la demande globale du marché canadien », qui sera
alors ouvert aux importations de l’OMC.
Roger Henry est le représentant d’OntarBio Organic Farmers
Cooperative dans les Maritimes. Ses produits laitiers sont disponibles
localement sous la marque Organic Meadow. Organic Meadow travaille avec
Purity Dairy de l’Î.-P.-É. et avec autres organismes
laitiers intéressés pour établir un secteur laitier
biologique régional – regroupant aussi bien des producteurs
que des transformateurs.
Cette entreprise pourrait s’avérer très rentable.
Selon M. Henry, depuis le 1er avril, les producteurs biologiques reçoivent
une prime de 18 % pour le lait et les producteurs du Québec ont
récemment obtenu une augmentation à 19 %.
« Cela correspond à 1 000 $ de plus par semaine pour une
exploitation dont le quota est de 50 kg de produits laitiers ou avec un
troupeau de 55 vaches. C’est 50 000 $ par an. »
« Les producteurs biologiques de ces provinces ont aussi des quotas
supplémentaires. »
TRANSITION
Roger Henry affirme qu’une exploitation laitière peut être
convertie, mais que la transition est plus facile pour les fermes de petite
et de moyenne envergure et d’élevage sur prairies.
La transition d’une exploitation classique à une exploitation
biologique demande un certain temps — jusqu’à quatre
ans, selon l’historique d’utilisation des engrais.
Les terres, les cultures et le bétail doivent être certifiés.
L’agriculteur n’a pas le droit d’utiliser de pesticides
ni d’engrais commerciaux sur ses terres pendant trois ans avant
de pouvoir être officiellement reconnu. Le chercheur agricole souligne
que si l’exploitant peut prouver que ses terres ou ses champs n’ont
pas été traités, il peut être certifié
plus rapidement.
Roger Henry indique qu’Organic Meadow proposera son aide et son
expertise gratuitement aux producteurs intéressés.
Les vaches laitières doivent être nourries biologiquement
pendant 12 mois avant que le lait puisse être certifié. Pour
accélérer le processus, le fermier peut acheter des aliments
biologiques pendant la première année. « Cela augmenterait
le prix des aliments mais lui permettrait d’obtenir la certification
un an plus tôt. »
Il faut aussi modifier la gestion des animaux, notamment au chapitre
de la santé des troupeaux. Les exploitants biologiques n’ont
pas le droit d’utiliser des antibiotiques ni d’hormones.
Et les exploitations biologiques exigent en général plus
de travail que les fermes classiques. Roger Henry précise, «
La main-d’œuvre est vraiment spécifique à chacune
des exploitations. »
Il indique que, d’une façon générale, un fermier
devrait s’attendre à une augmentation de 5 à 10 %.
Mais il souligne que les producteurs de lait biologique économisent
sur les engrais, les pulvérisations et les traitements médicaux.
TRANSFORMATION
La certification d’une ferme laitière n’est pas si
compliquée que cela, selon M. Henry, car toute l’installation
est en acier inoxydable et nettoyée tous les jours, en fin de journée.
Organic Meadow traite d’abord le lait biologique tous les matins
(suivi du lait classique), de sorte qu’il n’est pas nécessaire
de rincer les canalisations entre les deux opérations.
Le transformateur doit avoir des cuves séparées pour le
lait biologique. Il précise que certaines laveuses pourraient poser
un problème, mais de peu d’importance.
Purity Dairy sera prête à accepter le lait biologique en
2007. Roger Henry indique, « L’idéal, au départ,
serait que nous recevions de 5 000 à 6 000 litres de lait par livraison
de trois à quatre fermes pour produire du lait de consommation.
Nous n’avons pas encore réussi à nous assurer de cette
quantité, mais de plus en plus d’agriculteurs sont intéressés.
« Au début, nous nous concentrerons sur le lait de consommation.
Le transport du lait de l’Ontario aux Maritimes coûte cher,
dans certains cas jusqu’à 0,50 $ le litre. Il est donc logique,
des points de vue environnemental et économique, de commencer par
le lait de consommation. »
Il poursuit : « Organic Meadow produit maintenant une gamme complète
de produits laitiers et est prête à travailler avec des partenaires
régionaux en offrant au secteur son expertise en développement
et en emballage avec codes CUP, pour assurer que les produits des Maritimes
se trouvent dans les magasins des Maritimes. »
Plusieurs agriculteurs de la région sont « très intéressés
» à se convertir au biologique. Herman Meintink de Grand
Pre (N.-É.) a pratiquement terminé sa transition. Frazer
Hunter d’Antigonish et quelques producteurs de lait de l’Î.-P.-É.
sont en cours de transition.
Roger Henry indique qu’il existe actuellement un créneau
prometteur pour l’industrie laitière des Maritimes, celui
d’une production biologique locale – mais cette occasion ne
durera pas. Depuis janvier, le fromage biologique danois est proposé
à prix concurrentiel dans les Maritimes, aux côtés
des produits canadiens. « La coopérative des fermiers danois
achète des entreprises laitières canadiennes avec systèmes
de distribution dans l’espoir que le lait canadien ne puisse satisfaire
ce marché et qu’un plus grand nombre d’importations
laitières seront autorisées au Canada. »
Roger Henry prévient, « Si notre industrie ne saisit pas
cette occasion, il y a des pays européens qui ont des surplus et
qui sont très intéressés à satisfaire ce marché
à notre place. »
Pour de plus amples renseignements, communiquer avec Roger Henry au (902)
886-3077 ou avec Tom Cullen, Purity Dairy, au (902) 894-7125).
Cet article a été publié pour la première
fois dans Atlantic
Farm Focus et est reproduit ici avec son autorisation. Novembre, 2006.
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