
Le niveau de pesticides contenus dans l'organisme de nombreux Américains
dépasse les niveaux jugés sécuritaires
11 mai 2004
PANUPS
Bon nombre d'Américains affichent des taux de pesticides toxiques dans
leur organisme supérieurs aux limites jugées
« acceptables » par le gouvernement, selon un rapport
intitulé Chemical Trespass: Pesticides in Our Bodies and Corporate
Accountability. Le rapport, rendu public aujourd'hui, a été rédigé
conjointement par le Pesticide Action Network North America (PANNA) et
un regroupement de plus de 20 municipalités partenaires. Le rapport contient
une analyse, par le centre de prévention et de contrôle des maladies aux
États-Unis (CDC), des données portant sur les niveaux de substances chimiques
analysées chez 9 282 Américains et révèle que le gouvernement
et le secteur industriel n'ont pas pris les mesures nécessaires pour assurer
la sécurité du public contre l'exposition aux pesticides.
« Il n'y a personne qui aime avoir
des pesticides dans son organisme, déclare Kristin Schafer du PANNA,
auteure principale du rapport. Mais le CDC a démontré que 100 % des
personnes à qui ils ont fait subir des analyses de sang et d'urine avaient
des pesticides dans leur organisme. La moyenne du taux de pesticides dans
le sang chez les personnes ayant subi les tests s'élève à 13 pesticides
sur les 23 substances analysées. »
Bon nombre des pesticides retrouvés dans l'organisme des sujets
de l'étude ont déjà été pointés du doigt relativement à leurs effets à
court et à long terme sur la santé (infertilité, anomalies congénitales,
cancers chez l'enfant et chez l'adulte). « Le
gouvernement établit des niveaux sécuritaires distincts pour chaque pesticide,
explique Margaret Reeves, du PANNA. Cependant, notre étude a démontré
que, dans la vraie vie, nous sommes exposés à tout un cocktail de pesticides
simultanément. Bien que les effets de cette synergie d'exposition
soient peu connus, de plus en plus de recherches suggèrent que la combinaison
de ces produits chimiques, même à des niveaux très bas, peut être
dommageable pour notre santé ».
Selon le rapport Chemical Trespass, les enfants, les femmes et
les Américains d'origine mexicaine ont des charges
corporelles beaucoup plus élevées pour ce qui est des pesticides.
C'est chez les enfants (qui composent la tranche de la population
la plus sensible aux pesticides) que l'on retrouve le plus important taux
d'exposition aux pesticides organophosphorés (OP), lesquels sont reconnus
comme étant dommageables pour le système nerveux. Les données du CDC indiquent
que, chez les enfants de 6 à 11 ans, la moyenne d'exposition au chlorpyrifos,
un pesticide OP, dépasse de 300 % le niveau jugé « acceptable »
pour une exposition à long terme par la EPA (Environmental Protection
Agency). Le chlorpyrifos est fabriqué principalement par la Dow Chemical
Corporation et se retrouve dans de nombreux produits comme le DursbanMC.
Il est conçu pour tuer les insectes en s'attaquant à leur système nerveux.
Bien que la EPA ait restreint l'utilisation du chlorpyrifos dans la plupart
des secteurs résidentiels en 2000, le chlorpyrifos continue d'être utilisé
libéralement en agriculture et dans d'autres contextes. Chez l'être humain,
le chlorpyrifos agit comme un poison pour le système nerveux. Les études
ont démontré qu'il perturbe le système hormonal et nuit au développement
normal du système nerveux chez les animaux de laboratoire.
Le rapport a également établi que, chez les femmes, les niveaux enregistrés
pour trois des six pesticides organochlorés (OC) analysés sont considérablement
plus élevés. Ces pesticides ont de nombreux effets nocifs et peuvent traverser
la barrière placentaire. Ils peuvent, notamment, nuire au développement
du cerveau, ce qui peut entraîner des difficultés d'apprentissage et autres
troubles neurologiques du comportement, ainsi qu'un poids plus faible
à la naissance. La transmission des pesticides organochlorés de la mère
à l'enfant constitue une menace sérieuse pour les générations futures.
L'analyse réalisée par PAN démontre que les Américains d'origine mexicaine
ont des charges corporelles considérablement plus élevées pour cinq des
sept pesticides évalués au moyen d'échantillons d'urine, y compris pour
un produit de dégradation du méthylparathion, un insecticide neurotoxique
qui perturbe le système endocrinien. De plus, les Américains d'origine
mexicaine ont des charges corporelles beaucoup plus élevées pour les produits
de dégradation du lindane et du DDT (deux insecticides) que les autres
groupes ethniques.
Le rapport Chemical Trespass fait valoir que les fabricants de
pesticides sont les principaux responsables du problème des charges corporelles
de pesticides. « Les pesticides qui
sont retenus par notre organisme sont fabriqués et mis en marché de manière
très persuasive par les compagnies agrochimiques, soutien Skip Spitzer
du PANNA. Ces compagnies dépensent par ailleurs des millions de dollars
pour s'assurer une influence politique suffisante pour bloquer les dispositions
réglementaires conçues pour protéger la santé du public et l'environnement. »
Le rapport contient également un « index
des violateurs chimiques » (Pesticide
Trespass Index, ou PTI) permettant de quantifier la responsabilité de
chacune des sociétés qui fabriquent des pesticides en fonction de leur
degré de participation au « viol
chimique ». Selon le PTI, le
rapport soutient que la société Dow Chemical est responsable d'au
moins 80 % des produits de dégradation du chlorpyrifos que l'on retrouve
dans l'organisme des Américains.
Chemical Trespass propose en revanche une série de recommandations.
Par exemple, on suggère que le Congrès américain fasse une étude sur la
responsabilité du secteur industriel relativement aux charges corporelles
de pesticides et mette au point des mécanismes qui permettraient de faire
passer du côté des fabricants le fardeau financier des soins de santé
et de la protection de l'environnement imputables aux pesticides. Le rapport
suggère également à la EPA d'interdire l'utilisation des pesticides reconnus
comme étant dangereux ou ayant un effet pénétrant sur l'environnement
et sur l'organisme, et conseille le retrait progressif, à compter d'aujourd'hui,
du chlorpyrifos et du lindane et ce, pour tous les usages connus. La EPA
devrait en outre exiger des fabricants qu'ils assument le fardeau de la
preuve quant à l'innocuité de leur produit pour la santé humaine avant
que ce dernier ne soit homologué. De concert avec le ministère américain
de l'Agriculture, la EPA devrait faire la promotion des méthodes de lutte
antiparasitaire moins toxiques. Les individus doivent, dans un premier
temps, exercer des pressions sur les représentants du gouvernement et
les grandes sociétés afin qu'ils instaurent ces changements et trouvent
des solutions de rechange à l'utilisation des pesticides et, dans un deuxième
temps, acheter des produits biologiques quand c'est possible.
Chemical Trespass: Pesticides in Our Bodies and Corporate Accountability
est disponible sur le site Web du PANNA.
Un résumé du rapport est également disponible en français et en espagnol.
Source :
Schafer, Kristin S., Margaret Reeves, Skip Spitzer, Susan Kegley. Chemical
Trespass: Pesticides in Our Bodies and Corporate Accountability, Pesticide
Action Network North America, Mai 2004
Personne-ressource :
Pesticide Action Network North America (PANNA)
PANUPS est un service de nouvelles par courriel
hebdomadaire qui fournit des guides de ressources et des rapports sur
des questions liées aux pesticides qui ne font pas la manchette dans les
médias conventionnels. Le service est géré par lw Pesticide Action Network
North America, une OGN à but non lucratif dont la mission consiste à trouver
des solutions de rechange durables à l'utilisation des pesticides dans
le monde.
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