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Analyse des statistiques sur les pesticides
Certaines maladies semblent être plus répandues dans les régions rurales où l'utilisation des pesticides est plus répandue

Laura Rance, envoyée spéciale, Ontario Farmer, 16 janvier 2007

Les gens qui vivent en milieu rural, où les agriculteurs utilisent davantage de pesticides, sont plus susceptibles de souffrir de certains troubles de la santé, selon une étude réalisée à l'Université du Manitoba.

Dans le cadre de son projet de maîtrise en recherche sur les sciences de la santé communautaire, Jen Magoon a observé une hausse, légère, mais significative, du nombre de cas de troubles périnataux, d'anomalies congénitales et de troubles oculaires chez les personnes vivant dans une région rurale où les agriculteurs utilisent davantage de produits chimiques.

« Les associations que j'ai découvertes ne sont pas importantes, mais elles sont significatives », explique Jen Magoon dans une entrevue accordée après avoir déposé son mémoire devant un jury universitaire en novembre dernier. Il s'agit d'un projet sans précédent, autant en ce qui a trait à la méthodologie adoptée qu'aux questions posées. La plupart des études sur les effets des pesticides sur la santé mettent l'accent sur les personnes qui utilisent les produits et les membres de leur famille ou sur les consommateurs des produits alimentaires ainsi traités.

La recherche de Jen Magoon visait à définir la corrélation entre un usage plus élevé de pesticides et la santé de la population générale. La chercheuse a colligé les données sur quatre ans à partir de deux bases de données distinctes gérées par le gouvernement du Manitoba afin de déterminer s'il existe une corrélation entre le recours aux pesticides et la santé de la population générale.

Pour ce faire, elle a utilisé la base de données de l'assurance-récolte de la Manitoba Agricultural Services, de même que la base de données du ministère de la santé du Manitoba, laquelle répertorie les cas de maladies selon le code postal résidentiel.

Lorsqu'un résidant du Manitoba reçoit un diagnostic de maladie, ce dernier est catégorisé, puis entré dans la base de données référentielle de la Population Health Research chargée de recenser les cas de maladies en fonction des lieux de résidence plutôt que des lieux où la personne s'est rendue pour recevoir des soins médicaux.

Les agriculteurs fournissent à la Manitoba Agricultural Services Corporation des rapports sur les pesticides, herbicides et insecticides qu'ils utilisent sur leur exploitation. Ces registres sont ensuite compilés et affichés sur un site Web qui permet aux chercheurs de répertorier les types et le nombre de produits utilisés en milieu agricole, bien qu'il ne soit pas possible de déterminer la fréquence des applications au cours d'une même saison.

Jen Magoon a ensuite eu recours aux données de l'assurance-récolte pour mettre au point un index d'utilisation fondé sur les subdivisions des recensements consolidés (Consolidated Census Subdivisions, ou CCS) qui ne tiennent compte que des populations des municipalités rurales et environnantes. Elle a exclu de ses recherches les populations vivant dans des municipalités de 5 000 personnes et plus. Les régions retenues pour les besoins du projet comptaient 114 CCS pour une population globale de 323 368 personnes.

« Nous avons analysé le pourcentage de la superficie qui était soumise à des traitements chaque année pour chaque type de pesticides, d'herbicides, d'insecticides et de fongicides. Ensuite, nous avons additionné ces superficies, puis divisé la somme par la superficie totale. Cela nous a donné une idée de l'intensité des applications », explique-t-elle.

Elle a également établi une moyenne annuelle sur quatre ans. Ainsi, si un agriculteur a utilisé un produit spécifique sur sa ferme une fois l'an, les données en tiennent compte, mais ne permettent pas de savoir combien de fois le produit en question a été utilisé.

Jen Magoon reconnaît que les résultats pourraient en fait s'avérer inférieurs aux taux d'utilisation réels des pesticides parce que les données ne tiennent pas compte du nombre de fois qu'un produit est utilisé. « On n'a pas pu faire mieux », explique-t-elle.

Comme on s'y attendait, ce sont les régions de la vallée de la rivière Rouge et du centre-sud du Manitoba, où l'on produit la majeure partie des cultures spéciales annuelles, qui ont affiché les plus fortes densités.

Consciente que les différents ingrédients actifs ont des niveaux de toxicité variables, Jen Magoon a consulté un agronome afin de déterminer les taux d'application moyens et répertorier les produits en fonction de leur toxicité relative selon un modèle américain appelé Environmental Impact Quotient (EIQ).

« L'orientation de notre étude visait à comparer les conséquences d'une utilisation intensive par rapport à une utilisation modérée. » C'est dans la catégorie des insecticides que Jen Magoon a découvert la plus importante corrélation avec les maladies. « Dans les régions où l'on a observé une utilisation plus intensive d'insecticides, on a également trouvé un risque accru sur la santé », poursuit la chercheuse. « Je crois qu'il faut sonner l'alarme. Bien que l'augmentation des pourcentages est faible, il faut tenir compte du fait qu'on parle aussi de nourrissons.»

La base de données du ministère de la santé du Manitoba démontre que les nourrissons mâles nés dans une famille à revenu moyen dans une région où l'utilisation des pesticides est dans la moyenne à un risque de 32,7 % de connaître des troubles périnataux tels que la jaunisse, la détresse respiratoire, un taux de natalité faible ou élevé ou des problèmes lors de la grossesse.

Le taux moyen d'utilisation des insecticides calculé pour les besoins de cette étude a été établi à 2,4 % de la superficie des CCS assujetties à l'application d'insecticides. Dans les régions où le pourcentage d'utilisation des pesticides était deux fois celui de la moyenne, l'incidence des troubles périnataux chez les mâles s'est établie à 36,7 %. Chez les nourrissons femelles, le pourcentage de bébés affectés par un trouble périnatal était de 30,4 % dans les régions où l'utilisation d'insecticides était conforme à la moyenne et augmentait à 33,9 % dans les régions où cette utilisation était deux fois plus importante.

Des tendances similaires ont été découvertes en ce qui a trait aux anomalies congénitales et aux troubles oculaires. « J'estime qu'il se passe quelque chose, dit Jen Magoon. On s'est rendu compte que les résultats liés aux nourrissons étaient significatifs et ce, même en observant la population globale dans tous le sud de la province. Il faut se poser des questions. »

La recherche a permis d'établir une corrélation entre l'incidence des cancers chez les hommes et l'utilisation de pesticides, malgré que l'augmentation de cette incidence n'était pas suffisante pour qu'elle soit considérée significative du point de vue statistique.

L'étude de Jen Magoon a également révélé une légère diminution des cas de maladies circulatoires chez les femmes (de 16,7 % à 16 %) dans les régions où l'utilisation de pesticides était deux fois plus importante que la moyenne.

Les corrélations établies à la suite de cette étude sont conformes aux résultats des études épidémiologiques qui ont démontré une plus grande incidence de certains troubles de la santé en corrélation avec l'utilisation de certains pesticides.

Cela dit, d'autres études, commandées par le secteur de l'industrie et menées auprès des familles d'agriculteurs, ont démontré qu'il n'existe pas de corrélation entre l'utilisation de pesticides et les effets néfastes sur la santé.

Rene Van Acker, directeur du département de phytologie à l'Université de Guelph, était un des membres du jury ayant présidé à l'évaluation du mémoire de recherche de Jean Magoon. Selon lui, cette étude constitue un exemple important de l'application des bases de données à l'analyse des questions d'ordre politique. « Cette étude constitue un excellent exemple de la valeur des bases de données. En intégrant les données de la base de données du ministère de la santé et celles de la base de données de l'assurance-récolte, la chercheuse a pu analyser de façon originale certaines questions importantes liées à la santé communautaire. Malheureusement, c'est la seule étude du genre qui a été réalisée. »

« Un des points importants est la façon dont elle a pu intégrer les deux bases de données, lui permettant de poser des questions intéressantes comme "Existe-t-il une corrélation significative entre l'utilisation des pesticides et l'incidence de maladies dans les régions rurales?" Il s'agit là, je crois, d'une question fondamentale sur laquelle il faudrait se pencher. Jen a été la première personne au Canada à créer une méthodologie permettant de répondre à cette question. »

 

Le Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC) remercie Ontario Farmer pour l'autorisation de reproduire cet article sur son site Web.

 

Publication : mai 2007

 

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