
Le glyphosate est toxique et le Roundup est encore pire!
Institute of Science in Society (ISIS) Communiqué
de presse, 07/03/05
À la lumière de nouvelles preuves scientifiques, le Dr
Mae-Wan Ho et le professeur Joe Cummins
réclament une révision urgente de la réglementation
relative à l'herbicide le plus largement utilisé dans le
monde.
Les conclusions de nouvelles recherches soulèvent des inquiétudes
sérieuses au sujet de la sécurité de l'herbicide
le plus couramment utilisé, et devraient provoquer des ondes de
choc chez les partisans des cultures génétiquement modifiées
(GM) rendues tolérantes à l'herbicide. Ces cultures composent
maintenant 75 % de toutes les plantes génétiquement
modifiées et cultivées à travers le monde.
Pire encore, la préparation commerciale la plus commune de l'herbicide
est bien plus toxique que l'herbicide pur qu'elle contient. Ce produit
est, par ailleurs, fabriqué par le même géant de la
biotechnologie qui a mis au point les variétés GM tolérantes
à cet herbicide.
L'herbicide à large spectre glyphosate (N-(phosphonomethyl)glycine),
généralement vendu sous forme de la préparation commerciale
Roundup (du groupe Monsanto de St Louis dans l'État du Missouri,
États-Unis) est largement utilisé dans le monde entier,
tant sur des surfaces cultivées qu’ailleurs, depuis puisqu'il
a été mis sur le marché dans les années 70.
Le Roundup est une combinaison de glyphosate et d'autres produits chimiques
comprenant le polyoxyéthylenéamine, un agent tensioactif
(détergent), qui favorise la propagation des gouttelettes pulvérisées
sur les feuilles des plantes. L'utilisation du Roundup s’est répandue,
particulièrement dans les pays où on cultive des plantes
GM tolérantes à cet herbicide mises au point par Monsanto.
Le glyphosate tue les plantes en inhibant une enzyme, la synthétase
5 énolpyruvyl-shikimate-3-phosphate (EPSPS), essentielle pour la
synthèse des acides aminés aromatiques comme la phénylalanine,
la tyrosine et le tryptophane qui sont les précurseurs de vitamines
et de nombreux métabolites secondaires tels que les folates, les
ubiquinones et les naphthoquines. On croit que son action est plutôt
spécifique et qu’il est moins toxique que d'autres herbicides,
parce que la voie biochimique du shikimate ne se retrouve pas chez les
mammifères ni chez les humains. Cependant, le glyphosate agit en
empêchant la liaison du phosphoénol pyruvate au niveau du
site actif de l'enzyme, et le phosphoénol pyruvate est un métabolite
central qui est présent dans tous les organismes vivants; de ce
fait, il a la possibilité d'affecter d'autres voies métaboliques.
Cela a été confirmé par de nombreuses études
portant sur la toxicité liée à cet herbicide; ces
travaux ont été passés en revue dans le rapport de
l'Independent Science Panel intitulé The Case for
a GM-free Sustainable World [1].
Une étude épidémiologique effectuée en Ontario
et portant sur des groupes d'agriculteurs a prouvé que l'exposition
au glyphosate a presque doublé les risques d'avortements spontanés
tardifs [ 2 ]. Le professeur Gilles-Eric Séralini
et son équipe de recherche de l'université de Caen en France,
ont de leur côté décider d'approfondir les effets
de cet herbicide sur les cellules du placenta humain.
Ils ont maintenant prouvé que le glyphosate est toxique pour les
cellules placentaires humaines, tuant une grande proportion de celles-ci
après 18 heures d'exposition à des concentrations inférieures
à celles qui sont employées en agriculture [
3 ]. De plus, le Roundup est toujours plus toxique que son principe
actif, le glyphosate. Sa toxicité est, au minimum, doublée.
Cet effet augmente avec le temps, et on l'a observé avec des concentrations
de Roundup 10 fois plus faibles que celles qu'on utilise en agriculture.
L'enzyme aromatase est un précurseur de la synthèse des
oestrogènes (hormones femelles) à partir des androgènes
(hormones mâles). Le glyphosate interagit avec le site actif de
l'enzyme, mais son effet sur l'activité enzymatique s'est révélé
minimal, à moins qu'il ne soit sous forme de Roundup.
Il est intéressant de souligner que le Roundup a augmenté
l'activité enzymatique après une heure d'incubation, probablement
en raison de son effet d'agent tensioactif, en rendant le substrat des
androgènes plus disponible pour l'enzyme. Cependant, après
une incubation de 18 heures, le Roundup a invariablement inhibé
l'activité enzymatique. Cette inhibition est associée à
une diminution de la synthèse de l'ARN messager, ce qui suggère
que le Roundup diminue le taux de transcription des gènes. Séralini
et ses collègues émettent l'hypothèse que d'autres
ingrédients dans la formulation commerciale du Roundup peuvent
augmenter la disponibilité ou l'accumulation du glyphosate dans
les cellules.
Il y a, effectivement, des preuves directes que le glyphosate inhibe
la transcription de l'ARN chez les animaux, et ce, à une concentration
bien inférieure au taux recommandé pour la pulvérisation
de la préparation commerciale. La transcription a été
inhibée et le développement embryonnaire a été
retardé chez des oursins après une exposition à de
faibles concentrations de l'herbicide et/ou de l'agent tensioactif, le
polyoxyéthylèneamine. On doit considérer ce pesticide
comme pouvant présenter un risque pour la santé s'il est
inhalé lors d'une application par pulvérisation [4].
Une étude récente a prouvé qu'une brève exposition
au glyphosate commercial a causé des dommages au foie de rats,
manifestés par la dispersion des enzymes intracellulaires dans
cet organe. Dans cette étude, on a également constaté
que le glyphosate et son agent tensioactif contenus dans la préparation
commerciale Roundup agissent en synergie pour augmenter les dommages hépatiques
[5].
Trois études de cas récentes ont suggéré
une association entre l'utilisation de glyphosate et le risque du lymphome
non-hodgkinien [ 6-8 ]. Par ailleurs, une étude
épidémiologique menée dans les états de l'Iowa
et de la Caroline du Nord, aux États-Unis, sur plus 54 315 utilisateurs
privés et professionnels de pesticides, suggère un lien
entre l'utilisation de glyphosate et le myélome multiple [
9 ]. Le myélome a été associé aux agents
qui causent soit des dommages au niveau de l'ADN, soit une suppression
de l'immunité. Ces études n'ont pas fait de distinction
entre la préparation commerciale Roundup et le principe actif glyphosate,
et il serait important d'entreprendre des recherches à ce sujet.
Il existe maintenant une abondance de preuves qui justifient des mises
en garde mondiales de santé publique et une révision de
la réglementation concernant le glyphosate. En attendant, son utilisation
devrait être réduite au minimum, par mesure de prudence et
de précaution.
Références
1. The Case for a GM-Free Sustainable World, chapitre
7, ISIS & TWN, London & Penang, 2003.
2. Savitz DA, Arbuckle , Kaczor D, Curtis KM. Male pesticide
exposure and pregnancy outcome. Am J Epidemiol 2000, 146, 1025-36.
3. Richard S, Moslemi S, Sipahutar H, Benachour N et Seralini
G-E. Differential effects of glyphosate and Roundup on human placental
cells and aromatases.
4. Marc J, Le Breton M, CormierP, Morales J, Belle R et
Mulner-Lorillo O. A glyphosate-based pesticide impinges on transcription.
Toxicology and Applied Pharmacology 2005, 203, 1-8.
5. Benedetti AL, de Lourdes Vituri C, Trentin AG, Dominguesc
MAC et Alvarez- Silva M. The effects of sub-chronic exposure of Wistar
rats to the herbicide Glyphosate-Biocarb. Toxicology Letters 2004, 153,
227-32.
6. De Roos AH, Zahm SH, Cantor KP et coll. Integrative
assessment of multiple pesticides as risk factors for non-Hodgkin's lymphoma
among men. Occup Environ Med 2003, 60, E11
7. Hardell L, Eriksson M, Nordstrom M. Exposure to pesticides as risk
factor for non-Hodgkin's lymphoma and hairy cell leukemia: pooled analysis
of two Swedish case- control studies. Leuk Lymphoma 2002, 43,1043-1049.
8. McDuffie HH, Pahwa P, McLaughlin JR, Spinelli JJ, Fincham S, Dosman
JA et coll. 2001. Non-Hodgkin's lymphoma and specific pesticide exposures
in men: cross- Canada study of pesticides and health. 2001, Cancer Epidemiol
Biomarkers Prev 2001,10,1155-63.
9. De Roos AJ, Blair A, Rusiecki JA, Hoppin JA, Svec M,
Dosemeci M, Sandler DP et Alavanja MC. Cancer incidence among glyphosate-exposed
pesticide applicators in the agricultural health study. Environ Health
Perspect 2005, 113, 49- 54.
Le CABC tient à remercier ISIS d'avoir autorisé la publication
de cet article sur notre site Web.
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