
Enchaînement alimentaire
Dès les premiers instants de vie à l'intérieur du ventre de notre
mère et ce, jusqu'au jour de notre mort, nous consommons des produits
chimiques de synthèse. Une grande partie des aliments que nous ingérons
sont des produits industrialisés, malgré que nous ne sachions que très
peu de choses relativement à leurs effets à long terme.
Felicity Lawrence, dans The
Guardian, le samedi 15 mai 2004
Ce sont les nasses du détroit de Plymouth qui ont d'abord mis la puce
à l'oreille aux scientifiques quand, dans les années 1970, ces derniers
ont remarqué que les femelles de cette espèce de gastéropodes étaient
dotées d'organes reproducteurs mâles. Puis, on a trouvé des escargots
femelles pareillement affublées le long des régions côtières du Connecticut.
Mais ce n'est que 11 ans plus tard que les scientifiques ont découvert
que ces anomalies étaient plus fréquentes aux environs des marinas. Cela
dit, la cause du phénomène demeurait inexpliquée. En outre des mollusques
arborant des anomalies génitales ont également été repérés en plein milieu
de la mer du Nord. L'étincelle qui a mené à la découverte d'une cause
est venue quand on s'est rendu compte que le problème était plus fréquent
là où la navigation était plus dense. Éventuellement, on a découvert que
le tributylétain (TBT), un constituant chimique antisalissure des peintures
marines utilisé depuis le début des années 1960, causait des dommages
irréversibles aux systèmes reproducteurs des poissons, affectant notamment
les palourdes, les crabes, les crevettes, les huîtres, les soles, les
saumons et le plancton. Avant que le produit ne soit finalement interdit,
vers la fin des années 1980 (malgré la résistance de l'industrie),
plus de 100 espèces identifiées ont été touchées. Une teneur de seulement
5 parties par trillion a suffi pour causer les dommages décrits ci-dessous.
Cet incident relatif au TBT est une parabole du monde moderne post-industriel
dans lequel nous vivons. L'utilisation commerciale à grande échelle de
ce composant était un grand pas en avant pour l'industrie de la peinture,
permettant à la fois de gagner du temps et d'économiser de l'argent. Ce
que tout le monde ignorait, en revanche, c'est que le TBT est un perturbateur
endocrinien. Il déstabilise l'équilibre délicat entre les hormones, ces
substances chimiques chargées de régir non seulement l'appareil reproducteur,
mais aussi une bonne partie des fonctions vitales, et de voir au développement,
à la croissance et au comportement des êtres humains, des animaux et des
poissons. Plus de 40 pesticides ont aujourd'hui été identifiés comme
perturbateurs endocriniens possibles. La principale exposition à ces substances
découle de l'alimentation.
Les perturbateurs endocriniens agissent de différentes façons. Certains
ont des structures chimiques similaires à des hormones naturelles (comme
les oestrogènes et les androgènes) et peuvent ainsi contraindre
l'organisme à réagir de façon exagérée au stimulus, ou à réagir au mauvais
moment. D'autres produits chimiques perturbateurs du système endocrinien
peuvent contrecarrer l'effet d'une hormone et empêcher la bonne circulation
des messages dans l'organisme. Bien qu'ils n'en sachent que très peu sur
les mécanismes qui régissent les hormones, les scientifiques s'entendent
pour dire qu'il existe des périodes dans le développement de l'être humain
où toute perturbation apportée à ce système extrêmement complexe entraîne
forcément des risques, des périodes où n'importe quel événement qui cause
une anomalie cellulaire peut créer un terrain propice au développement
de cancers ou de déficiences plus tard ou altérer la structure du cerveau.
Ces périodes de vulnérabilité ont été décrites par la biologiste américaine
spécialisée en toxicologie du développement, Sandra Steingraber.
Elles surviennent pendant le développement foetal, alors que des changements
à peine perceptibles dans les niveaux des hormones peuvent déclencher
le développement de systèmes d'organes, pendant les premiers mois de vie
des nouveau-nés, alors qu'ils n'ont pas encore complètement développé
leur système immunitaire et n'ont aucune barrière hémato-encéphalique,
à la puberté, induite par de subtils changements hormonaux (de l'ordre
de quelques parties par milliard), quand le développement cellulaire et
la réplication de l'ADN s'accélèrent et, finalement, pendant la vieillesse
quand les mécanismes de défense de l'organisme faiblissent.
Pour revenir au TBT (dont on a trouvé des traces dans les lingettes
pour bébé plusieurs années après que le produit a été interdit), il importe
de souligner que personne ne se doutait qu'il s'agissait d'un perturbateur
endocrinien. « Ses effets étaient tout
à fait inattendus », souligne un rapport produit en 2000 par
la Royal Society qui ajoute : « il
serait prudent de minimiser l'exposition des êtres humains, particulièrement
les femmes enceintes, aux produits chimiques susceptibles de perturber
le système endocrinien ».
La Royal Society a reçu comme mandat d'étudier les liens apparents entre
certains perturbateurs endocriniens et l'augmentation de l'incidence des
cancers du sein et de la prostate, de
la diminution du nombre de spermatozoïdes, et de la puberté précoce.
Depuis les années 1970, l'incidence des cancers a progressé, en général,
de 50 %. On n'observait que peu de cancers dans les sociétés préindustrialisées.
Bien que d'autres changements au mode de vie des Occidentaux puissent
être en cause, la hausse du nombre de cancers coïncide avec la croissance
spectaculaire de l'utilisation de produits chimiques et de polluants industrialisés
et avec les changements apportés à notre alimentation pendant cette même
période. La Royal Society a conclu qu'il n'existe aucune preuve directe,
à l'heure actuelle, relativement aux hypothèses qu'elle a étudiées, mais
que les données sont difficiles à interpréter et que les connaissances
scientifiques à ce chapitre sont en cours de développement.
En fait, les experts ne s'entendent pas : certains soutiennent que
le système actuel d'essai et de réglementation des produits chimiques
de synthèse est rigoureux et que des marges de sécurité sont prévues dans
ce système. En revanche, une minorité grandissante d'experts est d'avis
qu'il y a lieu de s'inquiéter.
Notre exposition aux produits chimiques de synthèse est plurielle :
certains de ces produits sont des additifs alimentaires et ne sont pas
conçus pour être toxiques. D'autres, comme les pesticides, sont utiles
précisément parce qu'ils sont toxiques et se retrouvent dans les aliments
sous forme de résidus à des concentrations très faibles. D'autres produits
chimiques de synthèse sont présents de manière accidentelle; ils polluent
l'environnement et s'accumulent dans la chaîne alimentaire.
Certains de ces produits, comme les composés organochlorés, sont persistants,
alors que d'autres, comme les composés organophosphorés (qui s'attaquent
au système nerveux) et les phthalates (des perturbateurs endocriniens
utilisés pour amollir le plastique) sont transitoires malgré que l'on
puisse y être exposé presque quotidiennement.
La Consumers' Association a dressé une liste, à partir des données du
gouvernement, des aliments qui contiennent systématiquement des résidus
de pesticides. Cette liste comprend la laitue, les pommes, le céleri,
les raisins, les poires, le saumon frais, les pêches, les nectarines,
les fraises et la farine de blé entier. Les composés organochlorés sont
particulièrement présents dans les espèces de poisson gras.
Les évaluations de l'innocuité des pesticides et des additifs alimentaires
sont fondées sur des essais toxicologiques réalisés sur des cellules et
sur des animaux en laboratoire. Les scientifiques commencent par déterminer
la dose à laquelle ils observent une « absence
d'effet indésirable aigu » sur des rats
ou des souris. Ils divisent ensuite cette dose par 10 (puisque l'être
humain est une espèce différente qui peut réagir différemment),
puis encore par 10 (donc par 100), de manière à établir un point de départ
pour le calcul des doses sécuritaires pour l'être humain tout en prévoyant
une marge de manoeuvre pour les variations d'un individu à l'autre. On
réalise par ailleurs des essais en vue d'observer toute une gamme d'effets
différents afin de déterminer si certains produits chimiques sont, par
exemple, cancérigènes, mutagènes ou neurotoxiques.
Si un produit chimique génère un effet inquiétant (par exemple, s'il
entraîne des anomalies congénitales), le coefficient de sécurité pourrait
être majoré de 100 à 1 000. Les autorités de réglementation établissent
alors des absorptions journalières sécuritaires qui tiennent compte de
ces évaluations.
L'enchaînement alimentaire : deuxième partie
Le professeur David Coggon est le président d'un comité consultatif gouvernemental
sur les pesticides et professeur de médecine du travail et de l'environnement
au Medical Research Council de la Southampton University. Selon lui, il
importe de mettre ces risques en perspectives. « Je
ne crois pas que les gens doivent être particulièrement inquiets au sujet
des résidus de pesticides présents dans les aliments. Bien entendu, il
y aura toujours une incertitude du point de vue de la science, c'est inévitable.
Mais nous avons déjà adopté une attitude très prudente. Nous devons nous
fier à des preuves indirectes provenant d'essais toxicologiques. Au final,
bien que les risques potentiels imputables aux nouvelles technologies
soient préoccupants, leur incidence globale a conduit à une augmentation
de l'espérance de vie. »
M. Coggon reconnaît que les produits chimiques dont les effets
toxiques sont amplifiables (les produits, par exemple, susceptibles de
perturber les hormones ou d'endommager l'ADN) sont plus préoccupants,
mais soutient que les marges de sécurité tiennent compte de cette inquiétude.
« Je ne suis pas blasé, mais je m'inquiète
bien davantage du réchauffement climatique et de la résistance aux antibiotiques,
qui sont des phénomènes potentiellement catastrophiques, que des résidus
de pesticides. »
Alistair Hay, professeur de toxicologie environnementale à la Leeds
University et auteur d'un ouvrage intitulé The Pesticide Handbook,
faisait partie, jusqu'à tout récemment du comité consultatif gouvernemental
sur les pesticides. Bien qu'il fasse pousser ses propres fruits et légumes
biologiques et s'inquiète de la quantité de pesticides utilisés dans les
cultures, il croit que les résidus de pesticides dans les aliments ne
dépassent pas des niveaux sécuritaires.
« J'ai eu l'occasion d'examiner les
concentrations présentes dans les aliments pendant que je faisais partie
de ce comité, et je ne suis pas inquiet outre mesure des quantités trouvées.
Les coefficients de sécurité sont plutôt élevés et tiennent compte autant
des risques pour les enfants que des risques pour les adultes. »
Cela dit, il conclut en disant que « la
prudence suggère que nous utilisions des quantités moindres de ces produits
et que nous les abandonnions carrément dans les cas où nous avons pu en
mesure l'impact. Tous les éléments probants suggèrent qu'un style de vie
plus végétarien est meilleur pour notre santé en général et réduit l'incidence
du cancer. »
Les autres membres du comité ne sont pas tous d'accord avec cette affirmation.
Selon le Dr Charlie Clutterbuck, un expert en matière de santé
et d'innocuité et membre du comité consultatif gouvernemental sur les
pesticides, les coefficients de sécurité sont établis de façon arbitraire.
« Il n'y a rien de scientifique dans
les coefficients de sécurité. Ce qu'on observe, c'est qu'un coefficient
de sécurité est établi dans les cas où il y a des doutes. Les estimations
sont fondées sur quelques essais sur des animaux, puis les résultats sont
extrapolés pour les êtres humains. C'est truffé de trous et d'omissions.
Les études sont souvent régies par la confidentialité commerciale. Même
en tant que membre du comité, je dois souvent me battre pour obtenir une
partie des données. »
Les coefficients de sécurité sont fondés sur la présomption que c'est
la dose qui fait le poison. Certains experts croient aujourd'hui, en revanche,
que c'est le moment de l'exposition, plutôt que la dose, qui pourrait
bien faire le poison. Ils soulignent que les preuves nouvellement apportées
semblent indiquer que même des quantités infinitésimales de certains produits
chimiques peuvent opérer un effet. Il pourrait également exister ce qu'il
convient d'appeler un « effet
cocktail. »
Vyvyan Howard est pathologiste spécialisé en toxicologie du développement
à la Liverpool University et membre, lui aussi, du comité consultatif
gouvernemental sur les pesticides. Ses recherches ont démontré que certaines
combinaisons de pesticides soumises à des essais se sont avérées plus
toxiques que les constituants pris individuellement. La Food Standards
Association a récemment mandaté le comité sur la toxicologie pour réaliser
une étude sur la potentialité d'un tel effet cocktail. Ce dernier a réclamé
de nouvelles études.
« Nous n'avons pas les outils nécessaires
pour analyser l'activité des produits chimiques mélangés. Et nous ne les
aurons probablement jamais, affirme le Dr Howard. Pour
tester, par exemple, les 1 000 produits chimiques toxiques les
plus courants en combinaisons de trois, il faudrait réaliser au moins
116 millions d'essais distincts. Cela dit, quand nous réalisons ce
genre d'essai, nous sommes surpris des résultats. La seule solution logique
à cette situation, c'est de réduire l'exposition autant que possible. »
Une étude exhaustive de toutes les recherches réalisées sur les pesticides
a été publiée le mois dernier par le Ontario College of Family Physicians.
Cette étude suggère aux gens de réduire autant que possible leur exposition
aux pesticides. Elle a démontré qu'il existe des liens probants entre
l'exposition aux pesticides et plusieurs types de cancer, y compris les
cancers du cerveau, du rein, de la prostate et du pancréas, de même que
la leucémie et d'autres maladies neurologiques et problèmes du système
reproducteur. Selon cette étude, les enfants sont particulièrement
à risque.
Il n'est pas nécessairement facile de réduire son exposition à ces produits
chimiques, comme on a pu le constater d'expérience avec un groupe de pesticides
particulièrement inquiétants : les composés organochlorés. Avant
que ne soit découvert l'effet perturbateur de l'accumulation de DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane)
dans la chaîne alimentaire sur le système hormonal des oiseaux, les pesticides
dérivés de composés organochlorés étaient considérés comme un cadeau du
ciel.
On les a d'abord utilisés en grandes quantités pendant la Seconde Guerre
mondiale : le DDT était alors utilisé dans les solutions antipoux
destinées aux soldats et dans les insecticides contre les moustiques responsables
de la transmission du paludisme. Une fois la guerre mondiale terminée,
c'est la « guerre aux bibittes »
qui a commencé.
Les composés organophosphorés ont également vu le jour dans le cadre
de l'effort de guerre : ils ont été créés par les Allemands comme
agent neurotoxique. Les pesticides, les plastiques, les colorants, les
désodorisants, les fragrances, les agents de blanchiment, les agents stérilisants
et réfrigérants, les produits de préservation du bois et les solvants
ont tous été fabriqués à partir de composés organochlorés.
Mais ces nouveaux produits étaient malheureusement assortis d'une liste
de polluants dangereux : les chlorofluorocarbones (CFC) qui,
bien que non toxiques, sont les principaux responsables de la destruction
de la couche d'ozone; les biphényles polychlorés (BPC) qui ont été utilisés
à grande échelle comme agents réfrigérants et comme isolants électriques
jusqu'à la fin des années 1970 où ils ont été interdits après qu'on eut
découvert qu'ils étaient cancérogènes; les dioxines et les furanes, des
produits chimiques chlorés résultant de l'incinération des déchets et
de différents procédés industriels comme le blanchiment de la pâte à papier
au moyen de chlorure. Les dioxines et les furanes sont tous deux de puissants
perturbateurs endocriniens et agents cancérogènes.
La règle heuristique du Dr Howard
s'énonce comme suit : « Si l'être
humain a évolué de concert avec une substance, il a des chances de pouvoir
vivre avec elle. En revanche, si ce n'est pas le cas, cette substance
pourrait bien lui être dommageable. Quand certains produits demeurent
dans notre organisme, c'est que ce dernier ne parvient pas à les décomposer.
De plus, si nous savons que ces produits sont toxiques, ils sont doublement
dangereux. »
Certains experts sont d'avis que l'augmentation du nombre de cas de cancer
est imputable à la prolongation de l'espérance de vie. Le Dr
Howard estime quant à lui que l'augmentation de l'espérance
de vie est plutôt une augmentation moyenne qui résulte principalement
du taux de survie nettement plus élevé des enfants de moins de 12 ans
grâce à l'immunisation et aux antibiotiques. De plus, les cas de cancer
progressent aussi bien chez les jeunes que chez les personnes âgées. « Aujourd'hui,
la personne moyenne véhicule dans son organisme des centaines de nouveaux
composés chimiques qui n'existaient pas il y a 60 ans. On peut les mesurer
chez les adultes et dans les tissus foetaux. Nous avons modifié l'environnement
chimique de l'utérus » explique-t-il.
Les pesticides et les polluants industriels ne sont pas la seule source
d'exposition aux perturbateurs endocriniens. En effet, le rapport rédigé
par la Royal Society cite en exemple plusieurs types d'exposition aux
oestrogènes qui n'existaient pas il y a 50 ans. Le régime alimentaire
moderne à faible teneur en fibres et à haute teneur en sucres pourrait
également être responsable de la modification du taux d'oestrogènes biodisponibles,
tout comme l'obésité d'ailleurs qui est pointée du doigt puisque le gras
corporel peut convertir certaines hormones stéroïdes en oestrogènes.
Les femmes qui utilisent des contraceptifs oraux excrètent des oestrogènes
de synthèse qui sont aujourd'hui présents à des niveaux très bas dans
l'eau potable. Avant que les oestrogènes anabolisants ne soient interdits
en Europe, en 1981, on en donnait régulièrement au bétail, constituant
de ce fait une source importante d'exposition entre les années 1950 et
1970. Cet usage est toujours encours aux États-Unis. Puis, il y a le soja,
une des plus importantes sources d'oestrogènes de source végétale. Le
soja est omniprésent dans les aliments transformés. Les pratiques dans
les exploitations laitières ont également changé. L'élevage intensif exige
que les vaches soient continuellement en lactation, même lorsqu'elles
sont gravides, ce qui produit des taux élevés d'oestrogènes.
« Nous ne savons pas dans quelle mesure
ces oestrogènes sont actifs dans le tube digestif de l'être humain, ni
à quelles quantités d'oestrogènes les consommateurs sont exposés »,
poursuit le rapport.
Les débats entourant les additifs alimentaires sont articulés principalement
autour des mêmes arguments. Quiconque fait une recherche sur les additifs
alimentaires sur le site Web de la FSA sera rassuré d'apprendre qu'ils
ne constituent pas une invention récente et qu'ils ont d'importants effets
désirables comme le retardement de la péremption des aliments.
« Nous n'autoriserions pas
l'utilisation d'un produit qui n'est pas sécuritaire dans les aliments,
déclare le Dr Andrew Wadge, chef de la politique de sécurité
alimentaire à la FSA. Tous les additifs alimentaires doivent répondre
aux exigences de plusieurs experts indépendants en ce qui a trait à leur
innocuité. » Il ajoute que d'importants dispositifs de sécurité sont
prévus dans la réglementation. Bien que très peu d'additifs sont autorisés
dans les aliments pour bébés, « ce n'est pas pour des raisons de
sécurité, mais plutôt pour des questions de nutrition. »
Les détracteurs du système d'essais ont émis des doutes relativement
à bon nombre des 540 additifs alimentaires jugés sécuritaires par
les organismes de réglementation. Par exemple, il a été démontré que certains
des colorants de synthèse font progresser l'incidence de tumeurs chez
les rats de laboratoire. Ainsi, des groupes comme le US Center for Science
in the Public Interest a formulé des inquiétudes non seulement au sujet
des colorants, mais au sujet des édulcorants, des exhausteurs de goût,
des antioxydants et des agents de conservation artificiels.
Certains produits ont interdit l'utilisation d'additifs qui sont encore
en usage au Royaume-Uni. Erik Millstone est maître de conférences
en sciences politiques à la University of Sussex et auteur d'un ouvrage
sur les additifs alimentaires. Des additifs autorisés, il estime que 320 sont
raisonnablement sécuritaires, mais il émet des doutes quant à l'innocuité
des autres. Il explique que les aromatisants ne font pas obligatoirement
l'objet d'essais; ils sont plutôt contrôlés au cas par cas advenant qu'on
en démontre l'innocuité.
Les enzymes et les agents technologiques ne sont pas, non plus,
soumis à l'approbation des organismes de réglementation. La plupart des
additifs alimentaires ont été approuvés il y de nombreuses années, avant
même que les données provenant des essais ne soient rendues publiques.
« La majorité des données disponibles
provenait de l'industrie et avait été passée en revue par des consultants
payés par cette même industrie. On ne peut pas dire qu'il s'agissait là
de données indépendantes », déclare M. Millstone.
Comme c'est le cas avec les pesticides, il subsiste certains
doutes quant à l'opportunité d'appliquer des données tirées d'essais sur
des animaux à la consommation humaine et à l'existence d'un effet cocktail.
En outre, les essais sont généralement réalisés sur une population homogène
d'animaux de laboratoire. « Pour démontrer
un effet statistiquement significatif, il faudrait probablement qu'au
moins 30 % des sujets deviennent malades avec une dose moyenne. Seuls
les effets extrêmement toxiques pour une grande partie des sujets seront
détectés. Ainsi, les effets de faible toxicité chez 1 à 10 % des
sujets ne seraient probablement pas détectables », poursuit M. Millstone.
Après avoir réalisé une étude exhaustive des recherches réalisées à ce
sujet, M. Millstone a démontré
que l'intolérance aux additifs alimentaires (asthme, eczéma, hyperactivité,
etc.) demeure sous-estimée.
Quant au Dr Howard, il étudie actuellement, de concert
avec son équipe, l'effet que peuvent avoir sur les cellules du cerveau
des mélanges d'édulcorants et de colorants de synthèse. À l'instar de
M. Millstone, il suggère que nous réduisions notre exposition à ces
produits, d'autant plus que ces additifs sont souvent présents dans des
aliments transformés à faible valeur nutritive.
Le régime alimentaire occidental riche en viande est composé principalement
d'aliments qui se trouvent plus haut dans la chaîne alimentaire où les
concentrations de polluants sont plus importantes, explique-t-il. Les
fruits et les légumes ont par ailleurs un effet protecteur contre les
cancers, ce qui en fait un choix santé dans tous les cas. Il recommande
également de consommer des aliments biologiques dans la mesure du possible
pour réduire son exposition aux résidus de pesticides. Il vaut mieux choisir
des aliments qui se situent tout au bas de la chaîne alimentaire.
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