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Un nouveau bilan pour les décisions communautaires

Par Jennifer Scott

Les collectivités des Maritimes ont été obligées à plusieurs reprises de sacrifier beaucoup de ce qui est important pour elles dans l’espoir d’obtenir des emplois promis. Des personnes éloquentes et intelligentes de toute la région ont interrompu le cours normal de leur existence pour réunir des preuves crédibles et bien documentées pour s’opposer à des projets de développement insensés. Elles mettent en doute des promesses qui ne sont pas tenues. Elles luttent pour trouver de l’information et chercher des réponses honnêtes. C’est un processus réactif et hautement décourageant.

L’énergie (et l’argent) dépensée par les promoteurs et les collectivités pour s’opposer les uns aux autres serait plus utile si elle servait à créer une vision positive pour l’avenir de chaque collectivité. Un avenir fondé sur un travail valorisant qui ne sacrifie pas le vrai fondement de l’économie rurale : le poisson dans les rivières, les arbres dans la forêt, les fermes sur la terre, l’eau pure et la culture.

Dans Hants County, cette lutte est maintenant sur le devant de la scène : près d’un tiers de la péninsule d’Avon (qui comprend les collectivités d’Avondale, Belmont, Mantua et Poplar Grove) va être transformée de bassin hydrographique boisé en mine de gypse à ciel ouvert. La société d’extraction minière à ciel ouvert, sise à Chicago, veut étendre ses activités actuelles et extraire au moins 50 millions de tonnes de gypse supplémentaire d’une région classée priorité agricole un d’après le zonage. Plusieurs milliers d’acres avoisinants ont déjà été exploités à ciel ouvert. Il y a eu peu ou pas de remise en état digne de mention et un autre millier d’acres sont maintenant en jeu. Des fermes, des maisons, des cours d’eau et des routes ont été avalées par les mines à ciel ouvert et de nombreux résidents se demandent si cette petite péninsule peut en supporter une de plus.

PARTICIPATION DE LA COLLECTIVITÉ
La revitalisation de l’économie rurale dépend de l’innovation, de l’esprit d’entreprise, de la production locale de nourriture et du respect du paysage rural. Il s’agit de certaines de meilleures terres agricoles de la Nouvelle-Écosse et peut-être de la plus grande concentration de fermes en activité de Hants County. Le zonage agricole prioritaire a été adopté en 1991 après des réunions publiques animées. Les résidents ont accepté un compromis pour le bien collectif et pour conserver la vie agricole traditionnelle de la région. Les résidents étaient sûrs de leurs convictions. Ils étaient disposés à faire quelques sacrifices (par exemple, on restreignait leur droit de vendre des parcelles de terres pour le développement résidentiel) pour le bien collectif (conserver les fermes dans la collectivité).

La proposition de mine à ciel ouvert, par contre, est un exemple d’un processus auquel la collectivité ne participe pas de façon significative. Il est difficile d’obtenir des réponses claires du promoteur et la destruction a commencé avant même que le promoteur n’ait présenté de demande au ministère de l’Environnement. Quand les gens ont commencé à poser des questions au sujet de la mine à ciel ouvert proposée, les portes ont commencé à se fermer et les fonctionnaires n’ont pu donner de réponses précises.

Les habitants de la péninsule d’Avon reconnaissent les avantages potentiels de la proposition. On extrait le gypse pour en faire des panneaux muraux et d’autres produits. Ils reconnaissent que les gens ont besoin d’un travail valorisant. Ils sont disposés à faire quelques sacrifices pour réaliser le bien commun. Mais dans ce cas, les sacrifices visibles pèsent beaucoup trop lourd par rapport aux avantages visibles. Ce n’est pas une situation où il faut choisir entre les emplois et l’environnement. Il s’agit de se demander si nous voulons opter pour un genre d’activité économique qui maintient et améliore l’environnement dont nous dépendons tous ou faire comme si l’environnement n’avait pas de valeur et comme s’il était logique de l’exploiter littéralement pour servir des intérêts à court terme. La collectivité mérite qu’on lui fournisse un exposé clair et honnête de tous les coûts et avantages associés à la proposition.

Le taux d’extraction du gypse de l’exploitation actuelle est maintenant de deux millions de tonnes par an. Le taux d’extraction augmenterait vraisemblablement encore avec l’ajout d’une nouvelle mine à ciel ouvert. Et avec chaque tonne extraite, nous perdons pour toujours du paysage, de sa valeur inhérente et des biens et services écologiques qu’il fournit à la région. Le gypse sera extrait à un rythme plus rapide que jamais auparavant par moins d’employés par tonne qu’auparavant et sans qu’aucune partie ne soit transformée localement.

L’expansion de la mine à ciel ouvert dans la péninsule n’a pas pour but de créer des emplois et de tirer la valeur maximale de chaque précieuse tonne extraite mais bien d’extraire autant de la ressource que possible dans un temps aussi court que possible pour réaliser un profit maximal pour les actionnaires américains. C’est peut-être logique pour les affaires des actionnaires, mais étant donné l’érosion du bien commun qu’elle causerait, cela n’a pas de sens.

EN HÂTE
La hâte avec laquelle on extrait le gypse pourrait être associée en partie à l’envasement de la rivière Avon. Le gypse est expédié des mines à ciel ouvert à Hantsport – située sur la rivière Avon – pour être chargé sur des bateaux en partance pour les États-Unis. C’est une région bien connue pour ses marées incroyables. Les bateaux doivent donc venir, être chargés et repartir avant que la marée ne diminue le niveau de l’eau de la rivière. Dernièrement, les vraquiers de gypse ont commencé à s’échouer sur la rivière Avon. C’est un problème sérieux.

Compte tenu du fait que l’envasement de cette rivière finira par rendre impossible le chargement du gypse à Hantsport, la société d’extraction à ciel ouvert a pris les mesures suivantes : accroître la capacité de chargement et raccourcir le délai de chargement à Hantsport, acheter selon ce que l’on raconte des camions de carrière d’une capacité de plus de 200 tonnes, effectuer une rotation presque continue des travailleurs, accroître les capacités d’extraction et utiliser maintenant des navires vraquiers de plus grande capacité et de plus faible tirant d’eau. Cette amélioration technologique totale permettra de réaliser des taux d’extraction encore plus élevés que le taux actuel de deux millions de tonnes par an.

Entre-temps, beaucoup de résidents de la péninsule veulent savoir comment les ressources de la mine à ciel ouvert en exploitation à l’heure actuelle peuvent être utilisées au mieux avant qu’aucune nouvelle proposition ne soit avancée. Ils veulent qu’on leur présente un plan de développement durable qui profitera aux employés actuels et garantira une bonne gérance et la remise en état des régions d’extraction minière à ciel ouvert actuelles. Les résidents veulent des plans honnêtes et clairs pour toute nouvelle proposition de développement et veulent avoir le pouvoir de participer à la prise de décisions qui se répercutent non seulement sur leurs propres vies, mais aussi sur des biens communs comme l’eau, la qualité de l’air, les services écologiques, les niveaux de bruit, le tissu social de la collectivité et le gypse lui-même.

SCEPTICISME
Un certain scepticisme a été exprimé à propos de la mine à ciel ouvert proposée. Le promoteur a déclaré publiquement qu’il ne créera pas de nouveaux emplois et ne fera que maintenir la main-d’œuvre actuelle quand la mine existante sera épuisée en 2012. Mais l’emploi n’est plus que d’un tiers de ce qu’il était tandis que les taux d’extraction ont augmenté. Beaucoup de résidents estiment que si l’on permet au promoteur d’ouvrir une nouvelle mine à ciel ouvert maintenant, le résultat final sera que la péninsule sera gâchée alors qu’aucun emploi ne sera créé.

En raison de la demande de gypse insatiable des États-Unis, l’attention se portera vraisemblablement sur les dépôts de gypse encore plus riches des terres agricoles de Mount Denson, autour de Hantsport et plus en aval le long de la vallée d’Annapolis vers Wolfville. Combien de fermes et de collectivités devront être sacrifiées avant que nous ne disions « Cela suffit! », avant que nous ne fassions preuve de l’humilité et de la prévoyance nécessaires pour comprendre que l’intensification de l’extraction compromettra les moyens de subsistance des générations futures? Compte tenu du lourd fardeau associé à l’extraction du gypse, notre société doit concentrer son attention sur une utilisation plus sage des ressources.

Un très bon exemple d’usage sage nous est fourni par la rénovation récente d’un vieux bâtiment à Halifax. L’Ecology Action Centre a acheté le bâtiment, l’a dépouillé et a réutilisé des matériaux disponibles sur place comme les vieux panneaux de plafond et les panneaux de faux bois pour rebâtir les murs. De plus, il a fait du plâtre avec des matériaux divers comme la terre, la paille et le gypse pour créer un intérieur remarquablement beau. Le matériau de cloison sèche utilisé était fait de gypse synthétique (un sous-produit du processus de nettoyage utilisé par les centrales thermiques au charbon). Les cloisons sèches faites de gypse synthétique sont identiques à celles qui sont fabriquées à partir du gypse tiré des mines. Leur coût est le même, et ce matériau est disponible en Nouvelle-Écosse. Cette rénovation a été un processus courageux, créatif et stimulant dans le cadre duquel on a utilisé beaucoup moins de gypse que dans une construction ou une rénovation typique.

Il est temps de prendre des mesures courageuses. Les collectivités ne doivent pas être forcées d’abandonner de précieuses ressources pour la création d’emplois qui ne correspondent pas à notre nouvelle compréhension du fondement environnemental de la prospérité économique. Les prédictions relatives à la création d’emplois sont souvent grandement surestimées alors que les coûts associés aux propositions sont souvent sous-estimés ou ignorés complètement. Nous avons besoin dès maintenant d’un nouveau bilan pour les décisions communautaires. En fait, nous en avions besoin dès le début.

Pour de plus amples informations, veuillez visiter le site http://www.avondalemedia.ca/APWPS/.

Cet article a été publié pour la première fois dans Rural Delivery en mai 2007 31(10): 10-12. Le CABC souhaite remercier l’auteur de lui avoir permis de l’afficher sur son site Web.

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Affiché en septembre 2007

 

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