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La fin d'une époque : 10 ans de militantisme environnemental
Il y a dix ans, Christine Stewart, alors ministre de l'Environnement, négociait puis signait le protocole de Kyoto. Depuis ce jour, très peu d'efforts ont été déployés pour concrétiser les espoirs que Christine Stewart avait fondés relativement à l'atteinte, par le Canada, de ses engagements et de la prospérité qui en aurait découlé.

Suzanne Atkinson, envoyée spéciale, Ontario Farmer, 27 février 2007

De sa voix douce et posée, la grand-mère demande une fois de plus à sa petite-fille : « Mimi, es-tu bien certaine que tu ne veux pas suivre un cours? On pourrait t'inscrire à un cours, tu sais. »

Au bas de la petite pente à Kirby, tout près de chez elle, la petite fille répond d'un ton sans appel. Sa planche à neige bien fixée à l'une de ses bottes, elle se dirige vers le remonte-pente pour tenter sa chance une fois de plus. Christine Steward la regarde en souriant, discute avec une amie, puis retourne au chalet pour attendre Mimi qui la rejoindra dans une heure, après avoir résolu le mystère de la planche à neige.

Il y a dix ans, Christine Stewart n'aurait pas pu déambuler anonymement dans un tel décor.

Aujourd'hui, les inquiétudes relatives au protocole de Kyoto se multiplient, et la position du Canada à l'égard de ses propres engagements est remise en question presque quotidiennement, mais l'ex-ministre de l'Environnement qui a négocié et signé le protocole au nom du Canada est tombée dans l'anonymat. Son engagement ne s'est pourtant pas étiolé, et sa vision pourrait éventuellement se concrétiser, malgré qu'elle ait été mise à rude épreuve au cours des dix dernières années par un gouvernement peu enclin à saisir les occasions à long terme liées aux questions environnementales, ce même gouvernement qui a plutôt fondé ses actions sur les coûts économiques à court terme.

« Pour moi, les changements climatiques étaient un genre de panacée pour le monde entier. Mais nous avons attendu dix ans de trop. Le ministre des Finances n'arrivait jamais à trouver de l'argent pour Kyoto, ce qui était extrêmement décevant pour moi. Mais la politique, c'est la politique. Si les débats liés à la santé vous permettent de gagner une élection, ce sont ces débats qui retiendront l'attention. Au fond, j'essayais de stimuler l'économie. À cette époque, on n'accordait pas beaucoup d'importance à l'environnement. »

Christine Stewart n'est pas particulièrement douée pour les critiques à son endroit et pousse un soupir en songeant à cette époque.

En revanche, la frustration est un sentiment qu'elle sait bien gérer.

« J'ai eu ma chance », conclut-elle. On sent monter en elle la passion lorsqu'elle parle de ce qui aurait pu arriver, comment les engagements du Canada à l'égard du protocole de Kyoto auraient pu être atteints en appliquant certaines mesures à l'échelle nationale comme une gestion équilibrée des champs pétrolifères des Prairies et l'application d'initiatives visant l'économie d'énergie. Ensuite, poursuit-elle, le Canada aurait pu tirer encore davantage de bénéfices en concevant de nouvelles technologies qui auraient été mises en oeuvre dans les pays en voie de développement.

« Est-ce que ça coûte moins cher de réduire d'une tonne les gaz à effet de serre dans le système scolaire que dans le secteur industriel... En ce qui me concerne, une réduction d'une tonne demeure une réduction d'une tonne, et ce n'est pas négligeable. Si ça coûte moins cher de faire une réduction d'une tonne en Chine, et bien, faisons-le », poursuit Christine Stewart. Elle souligne en outre qu'elle s'est sentie menottée par des militants comme Elizabeth Mays et David Suzuki qui, eux, prétendaient que tous les engagements du Canada devaient être atteints ici même au pays.

Si tous les intervenants avaient réagi au moment de la signature du protocole de Kyoto, il y a dix ans, le secteur de l'industrie aurait pu se mettre aux méthodes écologiques et on aurait pu concevoir à ce moment des énergies renouvelables, ce qui aurait fait du Canada le chef de file en la matière. En l'occurrence, c'est plutôt son propre gouvernement (libéral) qui a refusé d'agir, alors même que le secteur industriel était prêt à faire le grand saut.

« Il y avait tellement de discours différents, et on nous demandait d'établir un consensus. C'est pas sérieux : il nous fallait du leadership. Si tous les intervenants avaient été sur la même longueur d'onde, on aurait pu s'attaquer aux défis un par un. »

« Quand le secteur industriel s'est rendu compte, après un an, que le gouvernement ne bougeait pas, tous les efforts ont été stoppés, se souvient-elle. Je me souviens d'un vice-président du secteur de l'industrie qui m'a dit qu'ils étaient prêts à faire plus, mais qu'ils ne percevaient aucune volonté à cet égard de la part du gouvernement. »

Christine Stewart souligne que c'était Stéphane Dion qui était ministre des Affaires fédérales-provinciales à l'époque, et que ce dernier n'était pas en faveur du protocole de Kyoto.

« Quand un premier ministre est attaqué de tous côtés, comment peut-on s'attendre à ce qu'il soit coopératif? Aujourd'hui, l'Europe a pris une énorme avance sur nous », soupire-t-elle une autre fois. « Si nous avions appuyé l'idée, nous aurions pu consacrer tous nos efforts à développer cette technologie », ajoute-t-elle en précisant que le Canada aurait pu mettre au point une technologie du charbon épuré pour la Chine, ou des cuisinières alimentées à l'énergie solaire pour les pays en voie de développement. Cela aurait suffi à remplir les engagements du Canada à l'égard du protocole de Kyoto.

« Toute action devrait être récompensée. J'avais déclaré que la majorité des efforts seraient concentrés à l'échelle nationale », poursuit-elle.

Christine Stewart estime que, même si Jean Chrétien était un leader extraordinaire, « il ne comprenait rien à l'environnement. » Elle dit également que le ministre des Ressources naturelles, Ralph Goodall, l'avait accompagnée afin de « rassurer » les sociétés pétrolières canadiennes, étant donné la volte-face largement souhaitée à l'égard de Kyoto.

Cela dit, la Chambre des communes abritait de nombreux politiciens convaincus que « Kyoto mènerait le Canada à la faillite ».

« Quant à moi, je parlais des occasions présentées par Kyoto.»

En 1999, le conjoint de Christine Stewart a reçu un diagnostic de cancer, et cette dernière a été écartée du Cabinet. Elle a dû annuler un voyage en Chine sur lequel elle fondait de nombreux espoirs de se voir ouvrir des portes menant à des partenariats, après qu'elle eut reçu chez elle le ministre chinois de l'environnement et sa délégation dans le cadre d'une visite de la centrale nucléaire de Darlington.

Aujourd'hui, elle se contente de son rôle d'observatrice et évite de se prononcer sur le sujet. « On me dirait : "trop tard, vous avez déjà eu votre chance". Mais c'est quand même très frustrant. »

© Copyright 2007, Ontario Farmer

Le Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC) remercie Ontario Farmer pour l'autorisation de reproduire cet article sur son site Web.

 

Publication : mai 2007

 

 

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