
Pas de hausse du prix des céréales malgré la pénurie : les acheteurs
asiatiques font la vie dure aux producteurs biologiques
Par Jeff Carter, Envoyé spécial de Ontario Farmer, Le
mardi 14 juin 2005
Même si les réserves d'épeautre et de blé sont extrêmement basses, une
hausse importante des prix ne semble pas près de survenir, selon un négociant
actionnaire de la Great Lakes Organic inc.
Roger Rivest constate en effet que les acheteurs, en particulier les
Asiatiques, montrent maintenant plus de fermeté après que les prix aient
augmenté d'environ 20 % depuis deux ans pour ces cultures.
« Le prix de l'épeautre biologique s'établit à environ 450 $/t et celui
du blé à 280 $/t », déclare M. Rivest. Les producteurs récoltent normalement
1,25 t d'épeautre/acre, mais souvent plus. « Nous perdons des ventes.
Les prix excessifs freinent la croissance de toute l'industrie du bio,
affirme M. Rivest. Le coût faramineux du grain biologique destiné à l'alimentation
animale décourage les nouveaux producteurs de bétail biologique », poursuit-il.
Pendant trois mois, l'an dernier, sa compagnie a dû importer du grain
biologique du Brésil et de la Chine, et la situation se répète cette année.
Les pluies abondantes de l'automne dernier dans l'Indiana, l'Illinois
et l'Ohio ont entraîné des baisses de rendement de l'épeautre et du blé
d'hiver. Le gel a aussi causé des pertes considérables dans le Michigan
et en Ontario. Selon M. Rivest, le rendement total pour ces deux
cultures a diminué d'environ 50 % dans la région des Grands Lacs.
Cette perte de récolte laisse présager un ralentissement de la croissance
pour la Great Lakes Organic, ce qui comporte tout de même un aspect positif
: « En effet, au cours de la prochaine année, les actionnaires disposeront
de plus de temps pour mieux positionner l'entreprise et pour planifier
l'avenir », explique M. Rivest. C'est que le chiffre d'affaires de la
compagnie a augmenté de 300 % chaque année depuis sa création en novembre
1999.
D'après M. Rivest, l'engagement des grands détaillants alimentaires
à offrir des produits biologiques constitue le principal moteur de la
croissance de l'industrie biologique en Amérique du Nord. De plus, plusieurs
d'entre eux placent maintenant les produits biologiques avec les produits
conventionnels, plutôt que de leur réserver une section particulière.
« Les ventes ont dès lors été multipliées par 6 ou 7 », affirme M.
Rivest.
La compagnie profite des installations appartenant à ses actionnaires
pour transborder et traiter le blé, le maïs, l'épeautre, le soya, le tourteau
de soya et d'autres cultures. Il existe maintenant deux usines en Ontario,
trois au Michigan et une en Ohio.
Le dernier investissement de la Great Lakes Organic a consisté en l'achat
d'un petit moulin à farine en partenariat avec Organic Bean and Grain,
entreprise située au Michigan. Cette transaction a permis la création
de la filiale Heritage Mills. Située à Caro (Michigan), l'usine fonctionne
maintenant depuis plusieurs semaines et a une capacité de production de
2 t/heure.
Roger Rivest explique que le moulin a été acquis à bon prix et qu'il
a été modernisé grâce à un prêt de 80 000 $ garanti aux États-Unis. M.
Rivest ajoute que les gouvernements du Québec et des états américains
reconnaissent, plus que l'Ontario, l'importance des entreprises à valeur
ajoutée et de la production biologique.
La marque de commerce adoptée par la compagnie, The Daily Grind, était
destinée à la vente au détail. Actuellement, presque toute la production
est vendue en vrac aux boulangeries. « Nous allons produire le plus de
farine d'épeautre possible et faire fonctionner l'usine 24 heures par
jour. »
M. Rivest affirme que la demande en produits biologiques augmente dans
la région des Grands Lacs. L'offre provient actuellement de producteurs
biologiques de producteurs déjà établis qui accroissent leur superficie
en culture.
C'est ce qu'ont fait M. Rivest et son fils, Jeff, près de Staples dans
le comté d'Essex. Ils cultivent 900 acres à l'heure actuelle et prévoient
agrandir encore cette superficie.
Le Centre d'agriculture biologique du Canada (CABC) remercie Ontario
Farmer de lui avoir permis de reproduire et de publier cet article
sur son site Web.
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