
Essais de croissance d'ail biologique en Ontario
Paul Pospisil, maître-jardiner
Les « Essais de cultivars d'ail en petites parcelles » constituent
un projet de recherche sans précédent. Menés en utilisant les pratiques
culturales biologiques recommandées pour les potagers domestiques et les
jardins maraîchers, ils permettent d'évaluer la viabilité de l'ail sous
les climats difficiles. Les essais incluent des lignées de tous les groupes
de cultivars et visent à comparer, entre autres, le rendement des différentes
lignées à celles d'un témoin éprouvé. J'assure personnellement le financement
des essais, sans aucun soutien financier du gouvernement.
Lorsque j'ai entrepris ce projet, en 1991, j'ai adapté la régie biologique
de notre petit jardin maraîcher de Beaver Pond Estates pour les essais
sur l'ail.
Les essais de la phase 1 visaient à combler le besoin en information
sur la culture de l'ail. Les livres de jardinage n'offrent que de parcimonieux
renseignements à ce sujet et ceux-ci sont souvent trompeurs. À cette époque,
les quelques producteurs d'ail maintenaient le silence sur leurs techniques
comme s'il s'agissait de secrets d'État. Pareille situation était inacceptable
étant donné le potentiel nutraceutique de ce légume et la demande grandissante
pour l'ail frais dans tous les marchés fermiers de la région.
Les cinq premières années des essais ont servi à déterminer les bonnes
pratiques culturales sous le climat de la zone 5a du nord-est de l'Ontario,
puis à transférer cette information aux futurs producteurs. Même si cette
région n'est pas soumise aux grands froids de l'hiver canadien, le climat
n'en demeure pas moins plutôt rude. En effet, elle est située aux limites
de deux importantes zones climatiques, et la température hivernale passe
souvent du gel profond au redoux printanier, causant parfois le débourrement
des plantes. Une baisse de la température sous la barre du zéro anéantit
immédiatement les nouvelles pousses.
Ce climat peut être désastreux pour une plante vivace telle que l'ail.
Les essais de la phase 1 ont permis de fournir l'information technique
sur la protection hivernale, les rangs surélevés, le compostage et l'utilisation
d'engrais verts, sur la profondeur et l'espacement optimaux des semis,
les meilleures périodes de semis et de récolte, l'aménagement de l'espace,
la récolte, le traitement de l'ail récolté, de même qu'une foule d'autres
renseignements utiles aux maraîchers.
L'information recueillie lors des essais a été diffusée à grande échelle
dans un dépliant intitulé « Any Home Gardener Can Grow Garlic » (Cultiver
l'ail : à la portée du jardinier amateur), des articles dans la presse
rurale, les conférences « Growing Great Garlic » (Réussir la culture de
l'ail), le programme « Maîtres-jardiniers », des cours au Collège Algonquin,
des séminaires de formation et des ateliers au champ pour les futurs producteurs
d'ail.
En 1996, à titre d'activité parallèle au « 1st Glorious Garlic
Festival of Eastern Ontario » (le 1er Festival de l'ail magnifique
de l'Est de l'Ontario), les essais ont été étendus pour tester le rendement
de nouvelles lignées et de nouveaux cultivars d'ail. Ces nouveaux essais
visaient à promouvoir la production de l'ail dans cette région en fournissant
aux maraîchers des options pour diversifier leurs cultures.
L'objectif de la phase 2 des essais, dite « Essais de cultivars
en petites parcelles », consiste à évaluer les différentes lignées de
tous les groupes de cultivars. De nouvelles lignées sont introduites chaque
année. Une méthodologie normalisée permet les comparaisons avec des témoins
éprouvés. Ces essais sont réalisés selon les méthodes culturales mises
au point au cours de la phase 1 des essais.
L'ail occupe un tiers de notre jardin biologique. Une rotation de trois
ans est effectuée avec d'autres cultures. Chaque nouvelle lignée est cultivée
pendant trois saisons de croissance pour déterminer son taux de survie,
sa capacité d'adaptation aux conditions climatiques et ses qualités pour
la culture domestique et commerciale.
Les caractéristiques physiques des plantes sont notées, ainsi que d'autres
détails utiles aux producteurs : hauteur, poids à la récolte, apparence,
couleur, rendement par unité de surface, le rendement des semis, la date
de maturité, etc.
Depuis le début des essais, plus de 100 lignées ont été testées dans
le cadre de la phase 2.
Des semis de lignées évaluées sont mis à la disposition des producteurs
intéressés; les bénéfices servent à couvrir le coût des essais.
Tous les cultivars d'ail issus des essais sont certifiés biologiques
par l'OCPP. Les producteurs sont donc en mesure de les introduire dans
leur plan de culture tout en préservant l'intégrité biologique de leur
ferme. Comme les quantités disponibles pour chaque lignée sont limitées
et ne peuvent satisfaire à la demande des producteurs commerciaux, des
bulbes de semences sont proposés à ceux qui souhaiteraient constituer
leurs propres stocks de semences.
Les pratiques culturales établies au cours des essais conviennent aussi
bien au jardinier amateur qu'au petit maraîcher ou au producteur commercial.
Conjointement aux essais de cultivars, plusieurs autres essais de croissance
portant sur des questions précises sont menés dans les parcelles expérimentales.
Une parcelle est réservée pour produire des semences de lignées retirées
du marché. Ces lignées seront conservées jusqu'au moment où une banque
de semences sera trouvée pour conserver ce patrimoine génétique.
Chaque année, vers la fin juin, nous organisons une journée au champ
sur le site des essais sur l'ail. Les producteurs peuvent donc observer
eux-mêmes les différentes lignées au stade optimal de croissance et ainsi
comparer leurs différentes caractéristiques physiques.
Les essais sur l'ail ont permis de recueillir une quantité importante
de renseignements grâce à l'observation du comportement adéquat ou non
de cette plante tout aussi étrange que fascinante.
Paul Pospisil, rédacteur en chef,
The Garlic News
Beaver Pond Estates
3656, chemin Bolingbroke
Maberly (Ontario) K0H 2B0
No de téléphone : 613 273-5683
Courriel : garlic@rideau.net
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